Un élu rêve d’une maison pour les pères divorcés

Ville de Genève Un texte demande à l’Exécutif de mettre en place une structure pour les pères lors d’une séparation.

Image d’illustration. La maison des pères serait composée de dix logements meublés de 3 à 4 pièces.

Image d’illustration. La maison des pères serait composée de dix logements meublés de 3 à 4 pièces. Image: GAETAN BALLY

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L’idée d’une «maison des pères» est née sur le terrain, dans les groupes de paroles de l’Association des Familles Monoparentales de Genève. Cette dernière venait de s’ouvrir aux hommes lorsque Isabelle Descombes en a repris la direction en 2012. «J’ai rapidement constaté que le logement était un problème récurrent chez les pères fraîchement séparés.» Dans la grande majorité des cas, ce sont eux qui quittent le domicile familial. «Même avec un salaire, il n’est pas simple de se loger. Et j’ai eu la désagréable surprise de constater que certains d’entre eux devaient momentanément dormir dans leur voiture.»

L’idée a fait son chemin. L’élu PDC Alain de Kalbermatten déposera ce soir au Conseil municipal une motion demandant la mise en place de ce projet de logis destiné aux papas.

Partager l’intimité

Le texte demande à l’Exécutif de prévoir au prochain budget l’élaboration d’une structure composée de dix appartements meublés, de 3 à 4 pièces, accessibles aux pères en situation de séparation, pour une durée de six mois non renouvelable. Le but? Permettre à ceux qui en ont besoin de prendre le temps de se retourner, tout en pouvant accueillir leurs enfants les jours de garde. L’accès irait en priorité aux personnes en emploi, les autres pouvant bénéficier d’aides différentes. Un loyer «raisonnable» serait demandé en relation avec le revenu. Selon Isabelle Descombes, plusieurs fondations seraient susceptibles de financer la construction d’un petit immeuble.

«Avec la crise immobilière, trouver un logement convenable, si possible pas trop loin des enfants, nécessite du temps. Il faut faire en sorte d’éviter les situations précaires, qui contribuent à casser le lien entre le père et les enfants», explique Alain de Kalbermatten. Isabelle Descombes abonde: «Les enfants ont besoin de partager une intimité avec leur père. Lorsqu’il quitte la maison, le quotidien est coupé d’un coup. Se voir de temps en temps pour manger au restaurant, ce n’est l’idéal pour personne.»

Rétablir l’équité

Felipe Fernandez, membre du comité de l’Association Père pour toujours Genève, voit cette initiative d’un bon œil. «Le logement est un vrai souci, qui crée des tensions énormes. Il n’existe aucune réponse institutionnelle à ce problème, qui jusqu’à maintenant semblait n’intéresser personne.» Il relève aussi le nombre élevé de structures venant en aide aux mères. «C’est une très bonne chose, mais l’ennui c’est qu’il n’existe rien pour les hommes.»

La motion vise d’ailleurs «à rétablir une équité», selon Alain de Kalbermatten. «Le père est trop souvent l’acteur oublié dans une histoire de divorce.»


Christian n’a pas pu voir grandir son fils durant un an

Christian (prénom d’emprunt), père d’un garçon de 6 ans, témoigne: «Le problème, lorsque vous êtes entrepreneur, que vous n’avez pas de famille ici et que vous devez partir de chez vous du jour au lendemain parce qu’il s’agit d’une nécessité, c’est que vous vous retrouvez à dormir dans votre bureau. Sans un bon réseau, trouver un appartement prend des mois. Votre départ vous plonge donc sans délai dans une situation précaire, ce qui vous empêche d’accueillir votre enfant.

»Mon fils avait 1 an lors de la séparation. Au début, je n’ai été autorisé à le voir que 45 minutes par mois, pour passer finalement à une heure par semaine. Après deux ans d’une bataille qui n’est pas terminée à ce jour, j’ai obtenu une garde à 40%. Je me bats encore pour une vraie garde partagée. Je suis aujourd’hui extrêmement flexible pour mon fils, je n’ai jamais eu besoin de recourir à une nounou et c’est un véritable bonheur.

»Par contre, durant la première année de la séparation, je n’ai pas pu le voir grandir. Ce qui me manquait pour être à ses côtés, c’était un logement.» A.VA.

Créé: 07.06.2016, 07h18

«Les allégations pour abus sexuels augmentent»

L’avis de Julie André, avocate et présidente de l’Association des familles monoparentales.

Quels sont les problèmes spécifiques des pères?

Ils doivent souvent faire face à des contributions financières lourdes. Même s’il existe des méthodes confirmées par le Tribunal fédéral, dans la réalité, on a de la peine à calculer une contribution d’entretien. Les besoins de l’enfant passent en premier. Et on réserve souvent un minimum vital pour le père, qui ne tient pas compte de la charge des impôts. Certains se retrouvent endettés tout en ayant peu de relation avec l’enfant. On vit dans un monde où la mère est l’élément central. Le père a souvent le sentiment que le monde judiciaire est contre lui. Mais la situation évolue. Depuis deux ans, le juge peut ordonner une garde partagée alors qu’avant les deux parents devaient être d’accord. Les pères ont une magnifique lutte à conquérir pour prendre leur place, qui n’est pas encore tout à fait entérinée par le droit.

La précarisation est la première difficulté?

Pour la classe moyenne, le divorce est une catastrophe financière. Il n’est pas rare que des ex-conjoints prêts à s’entendre se retrouvent en conflit pour des raisons financières. La question du logement, surtout à Genève, est cruciale. La loi dit qu’un enfant doit être accueilli dignement. Dans un divorce conflictuel, si le père se retrouve dans un studio, on va lui interdire de recevoir son enfant.

D’où l’importance d’une Maison des pères?

On ne peut qu’y être favorable, mais le logement n’est qu’une petite partie de ce qu’il faut construire après la séparation. La rupture de lien entre le père et l’enfant découle d’une accumulation de problèmes.

Un exemple?

On assiste à une recrudescence alarmante des allégations pour abus sexuels dans le cadre des procédures de séparation, ce qui les complexifie énormément. C’est inquiétant.

Comment remédier à tout cela?

Dans une séparation, il faut prendre le temps de discuter. Or, au tarif des avocats, d’autant plus à Genève, c’est impossible pour la classe moyenne, qui n’a pas droit ici à l’assistance juridique. A l’association, on rencontre beaucoup de familles qui ne peuvent pas payer ces frais. Je rêverais d’une structure accessible financièrement qui rassemblerait médiateurs, psychologues, assistants sociaux et avocats. Car dans un divorce, les questions humaines sont plus nombreuses que les questions de droit.

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