Les élues se déchirent sur les violences faites aux femmes

SociétéLa droite accuse la gauche de faire dans l’angélisme. Le PS dénonce une récupération politique sur le dos des étrangers.

Les vice-présidentes du PS et la coprésidente des femmes socialistes proposent un plan pour lutter contre les violences faites aux femmes.

Les vice-présidentes du PS et la coprésidente des femmes socialistes proposent un plan pour lutter contre les violences faites aux femmes. Image: Keystone

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Il n’y aura pas d’union sacrée des femmes pour s’opposer aux violences, dont elles sont victimes. Pire, les récentes agressions survenues à Genève et à Zurich tournent au combat politique entre élues de gauche et de droite. Le débat sur l’origine (présumée étrangère) des agresseurs fait la une des journaux outre-Sarine. Et c’est dans ce contexte que des élues socialistes ont présenté cinq mesures pour prévenir les violences faites aux femmes (voir encadré). Un catalogue axé sur la prévention qui fait hurler la droite.

«Le Parti socialiste est complètement à côté de la plaque, réagit Barbara Steinemann (UDC/ZH). Ses solutions sont des illusions. Il faut avoir le courage de dire les choses. La violence contre les femmes est un problème lié aux Arabes et aux Maghrébins.» Pour elle, c’est la preuve de l’échec de la société multiculturelle.

«Je me suis demandé si cette conférence de presse n’était pas un gag, ajoute Natalie Rickli (UDC/ZH). Le PS a réussi à soigneusement éviter le mot étranger. La gauche profite des derniers événements pour réclamer plus d’État et de moyens, mais elle cache le véritable problème. C’est bien beau de faire des discours généraux sur la violence, mais dans ces cas précis, le facteur immigration a joué un rôle.» Elle parle d’un affront fait aux victimes de violences.

«Parler de prévention, c’est totalement déplacé, s’insurge Céline Amaudruz (UDC/GE), vice-présidente du parti. Qui le PS veut-il prévenir? Les victimes pour leur dire qu’elles risquent de se faire agresser dans la rue? Franchement, on parle ici de criminels. S’ils sont Suisses, il faut les punir lourdement, et s’ils sont étrangers, bien évidemment ils doivent aussi être punis lourdement, mais surtout il faut le dire et les renvoyer. Face à une telle violence, ce n’est pas de sensibilisation dont on a besoin mais d’une forte répression.»

«La masculinité toxique»

L’UDC n’est pas seule à tenir ce discours. «Il faut arrêter de se demander pourquoi les hommes ont des comportements violents et agir, s’énerve Babette Sigg, présidente des femmes PDC. Les étrangers sont surreprésentés dans les violences faites aux femmes. Les migrants qui ont un problème avec les femmes doivent savoir qu’ils n’ont rien à faire ici.»

Accusé d’angélisme, la gauche réplique. «La droite fait le lit du racisme dans cette campagne, rétorque Tamara Funiciello. C’est d’ailleurs amusant de voir que certaines UDC se réveillent féministes du jour au lendemain.» Pour la présidente de la Jeunesse socialiste suisse, il s’agit avant tout d’une question de sexe. Et de citer une étude de l’Université de Zurich. «Dans 93,4% des cas de graves violences domestiques, le coupable est un homme. Et pour lutter contre cette masculinité toxique, il faut agir sur la prévention.»

«C’est trop facile de tout mettre sur le dos de la migration, abonde Barbara Gysi (PS/SG). C’est d’abord un problème de genre avant d’être un problème de nationalité.» Martine Docourt, coprésidente des Femmes socialistes, rappelle qu’on ne connaît pas la nationalité des auteurs de l’agression de Genève. «Le seul élément avéré est qu’ils habitent en France voisine. En portant le discours sur l’origine des auteurs, la droite esquive la question des violences faites aux femmes.»

«Les hommes doivent comprendre qu’un non est un non», explique Géraldine Savary (PS/VD), qui plaide pour la prévention. Pour la vice-présidente du PS, la lutte contre la violence passe aussi par l’éducation et la place des femmes dans la société. «Comment voulez-vous qu’un adolescent puisse concevoir qu’une fille mérite autant de respect si sa mère gagne moins que son père et qu’elle n’est pas reconnue pour les tâches ménagères qu’elle effectue?»

Mais tout de même, la place des femmes n’est-elle pas directement liée à la culture? «Avant de tirer des conclusions, il faut avoir des chiffres précis sur les agressions liées au genre», répond la Vaudoise. Elle déposera un postulat en ce sens. «On saura alors s’il y a des groupes de population qui sont plus concernés.»

«Lorsqu’il faut voter un durcissement des peines contre les violeurs, le PS ne suit pas»

Les socialistes ne se gênent pas en outre de rappeler que, lorsqu’il a fallu signer la Convention d’Istanbul qui engage les pays à lutter contre la violence faite aux femmes, l’UDC manquait à l’appel.

«Simonetta Sommaruga elle-même dit que cette convention ne va pas changer nos lois», rétorque l’UDC Barbara Steinemann. «Lorsqu’il faut voter un durcissement des peines contre les violeurs, le PS ne suit pas», ajoute Natalie Rickli.

Une chose unit toutefois ces élues de droite et de gauche: le spectacle qu’elles offrent ne fait pas avancer la cause des femmes. «C’est dommage qu’on en soit là, regrette Géraldine Savary. On a aucun intérêt à nous diviser.» (24 heures)

Créé: 17.08.2018, 19h51

Le plan socialiste en cinq mesures

Prévention

Le PS veut une vaste campagne de prévention, qui serait cofinancée par les pouvoirs publics. Intitulée «Non, c’est non», elle doit rappeler aux hommes qu’un refus n’est pas «un défi romantique ou sportif».

Thérapie

#Metoo a libéré la parole des femmes, mais il manque des lieux où elles peuvent s’exprimer, estime le PS, qui veut renforcer les offres de conseil et de thérapie.

Accueil

Le PS réclame un nombre suffisant de foyers d’hébergement pour les femmes et suffisamment de places. Il n’existe que 300 lits, alors que 750 sont nécessaires. Il faut aussi assurer le financement de ces structures d’accueil.

Statistiques

Afin de disposer de données précises sur le phénomène de violences faites aux femmes et connaître son étendue, le PS propose la création d’une institution de monitoring.

Égalité
Rappelant que l’égalité juridique et effective entre les sexes est un élément essentiel de la prévention, le parti socialiste exige notamment l’égalité salariale ou la reconnaissance du travail à domicile, ou celui des proches aidants.

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