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L’embarrassant retour du castor

Ces bêtes qui nous embêtent (1/4)

Réintroduit en 1956, le castor a pris ses aises en Suisse, où l’on en compte 2800 aujourd’hui. Mais la cohabitation est délicate avec les agriculteurs. Principal problème: les champs et les chemins de desserte inondés suite à la construction de barrages sur les cours d’eau à proximité
Réintroduit en 1956, le castor a pris ses aises en Suisse, où l’on en compte 2800 aujourd’hui. Mais la cohabitation est délicate avec les agriculteurs. Principal problème: les champs et les chemins de desserte inondés suite à la construction de barrages sur les cours d’eau à proximité
CORBIS

A la fin du mois de juin, un castor courroucé mordait un enfant de 8 ans dans le Rhin, à Schaffhouse. Que l’on se rassure, l’incident s’est révélé sans gravité. D’autant que le castor préfère généralement l’écorce des arbres à la chair de marmot. Il est également friand de betteraves et de maïs, qu’il vient chiper dans les champs.

Réintroduit en 1956 en Suisse, le castor a pris ses aises sur nos cours d’eau. Malgré tout, sa cohabitation avec l’homme se révèle parfois compliquée. Le rongeur a tendance à refaçonner l’environnement à son goût. Sa manie de creuser les berges peut provoquer des inondations et rendre les champs voisins difficiles à travailler. L’Union suisse des paysans (USP) s’en préoccupe. «C’est un fait que les castors se sont fortement répandus ces dernières années, souligne la responsable de la communication Sandra Helfenstein. Ils posent problème à certaines exploitations, notamment en causant des dégâts aux cultures agricoles, mais également aux infrastructures comme les chemins et les drainages.» Le castor creuse effectivement ses terriers en dessous des berges, ce qui provoque un risque d’effondrement des chemins et des routes à proximité des cours d’eau.

Le canton de Genève n’a connu qu’un seul cas en quinze ans. La situation dans le canton de Vaud est un peu plus compliquée. Selon Frédéric Hofmann, chef de section «chasse, pêche et surveillance» du Canton, les plaintes d’agriculteurs ou de propriétaires forestiers sont en hausse. «Elles reflètent l’augmentation des effectifs ainsi que l’extension de l’aire de répartition du castor dans le canton. On enregistre entre 10 et 30 annonces de dommages par an, pour un montant global d’indemnisations variant de 3000 à 10 000 francs par an.»

Un Plan Castor qui divise

Quoi qu’il arrive, Christof Angst, à la tête du Service conseil castor au Centre suisse de cartographie de la faune, recommande aux agriculteurs de ne pas intervenir. «Il faut contacter le garde-faune, qui sait exactement quoi faire. Celui qui touche à un castor ou à un barrage risque une amende.» Le castor est en effet protégé par la Loi sur la chasse depuis 1962. Afin de minimiser les conflits, la Confédération a mis en place un Plan Castor, axé autour de solutions préventives. «Les dégâts les plus coûteux sont ceux qui touchent aux infrastructures. Le castor, qu’il y ait des routes ou pas à proximité, il s’en fiche. Il creuse, explique Christof Angst. Si l’on laisse 10 à 15 mètres entre l’eau et les infrastructures, cela résout totalement le problème.»

Plus facile à dire qu’à faire dans un pays aussi construit que la Suisse. «Mais on peut viser les cours d’eau particulièrement favorables aux castors, nuance le biologiste. Cette trop grande proximité avec les cours d’eau présente un problème tant pour la qualité de l’eau que pour la biodiversité.» Au parlement, plusieurs motions ont été déposées afin de prendre des mesures.

L’USP, elle, émet quelques réserves sur le Plan Castor. «Nous le considérons un peu unilatéral, remarque Sandra Helfenstein. Il met surtout l’accent sur la part «protection» et pas assez sur les problèmes qui sont liés au castor.» Les agriculteurs et les propriétaires forestiers ne sont indemnisés que pour les dégâts sur les cultures et les forêts. Les dommages aux infrastructures ne sont pas compris dans le Plan Castor. La Confédération réfléchit cependant à une prise en charge plus étendue. Le Canton de Vaud finance à hauteur de 80% les mesures de prévention, telles que des protections individuelles des arbres ou la pose de clôtures.

Christof Angst rappelle pour sa part que des mesures de régulation de population peuvent être prises contre le rongeur, au même titre que pour le loup. Et les barrages peuvent être détruits en cas de besoin. «Après, deux possibilités s’offrent à nous: soit on râle à chaque dégât en attendant le prochain, soit on prend les mesures nécessaires pour les éviter.»

Un as de la biodiversité

Car si le castor est protégé, c’est aussi parce que ses facultés de paysagiste lui valent d’être considéré comme le grand artisan de la biodiversité. Au moyen de ses barrages, le rongeur restructure le paysage et crée de nombreux habitats pour d’autres espèces. Il crée des plans d’eau et des zones humides, relevant ainsi le niveau de la nappe phréatique et provoquant un changement de la végétation. Dans les espaces aménagés par les castors, on trouve plus d’amphibiens, d’oiseaux, de libellules et d’espèces de poissons. Aussi bien la diversité des espèces que la densité des populations sont plus élevées que dans des eaux sans castor. «Un cours d’eau qui n’est pas occupé par les castors sera bordé d’une végétation peu variée. La différence avec un autre colonisé par une famille est spectaculaire, assure Christof Angst. Il accomplit ce qu’aucun être humain n’est capable de faire.» Même si des paysagistes s’évertuent à restructurer un cours d’eau, le résultat ne sera pas le même. «Ce sera joli, mais il manquera la dynamique, ajoute le biologiste. Le castor retravaille en permanence son territoire, ce qui permet de le renouveler en permanence et profite à la faune et à la végétation.»

A toutes ces considérations, Christof Angst ajoute une dernière remarque: «Les gens sont très heureux de la présence d’animaux sauvages, tant qu’ils n’empiètent pas sur leur territoire. Il est temps de penser à une meilleure cohabitation.»

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