Les EMS vaudois vont devoir améliorer la qualité des soins

AînésLes établissements du canton sont parmi les moins bien dotés du pays en soignants qualifiés. Les autorités tentent de réagir.

La dotation en soignants qualifiés est un critère primordial pour assurer la meilleure prise en charge des résidents.

La dotation en soignants qualifiés est un critère primordial pour assurer la meilleure prise en charge des résidents. Image: Christian Brun

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Les EMS vaudois possèdent l’une des dotations en personnel soignant qualifié la plus basse du pays. Avec l’équivalent de 26 postes pour 100 résidents, ils sont largement en dessous de la moyenne suisse de 37. C’est ce que révèle notre analyse des statistiques des établissements médico-sociaux publiées par l’Office fédéral de la santé publique.

La dotation en soignants qualifiés est un critère primordial pour assurer la meilleure prise en charge des résidents, estiment les experts. Ces professionnels sont les plus à même de réaliser des gestes techniques, notamment pour mobiliser les personnes âgées, ou pour administrer des médicaments.


A lire l'édito: Pour des places en EMS dignes de nos aînés


Chaque Canton est libre de fixer un taux minimum de personnel soignant qualifié. Jusqu’à l’année dernière, pour les établissements vaudois, la limite inférieure était fixée à 25%. Soit la moitié de ce qui est exigé à Berne ou à Zurich.

Comment expliquer la faible proportion de personnel qualifié en terres vaudoises? Les autorités invoquent le contexte historique. «Le canton a notamment été touché par des mesures d’économie jusqu’au début des années 2000», rappelle Fabrice Ghelfi, chef de service au Département cantonal de la santé. La priorité a ensuite été d’augmenter le nombre de places disponibles qui faisaient cruellement défaut, puis d’améliorer les conditions de travail du personnel.

Les EMS réclament du temps

Une directive datée de 2014 prévoyait pourtant de faire grimper le taux de personnel qualifié à 40% dès le 1er janvier 2018. Or, quelques jours avant cette échéance, le 22 décembre 2017, le ministre de la Santé Pierre-Yves Maillard signait un avenant qui assouplit cette directive et donne davantage de temps aux EMS pour augmenter leur quota de personnel qualifié. Au lieu des 40% espérés initialement, le seuil minimum exigé pour l’année 2018 a reculé à 29,3%. L’avenant fixe ensuite des valeurs «cibles» pour 2019 et 2020. Cette dernière année, le taux de personnel devrait finalement atteindre 37,5%.

«Les EMS vaudois et leur faîtière sont en faveur d’une augmentation de la qualification du personnel»

Pourquoi le Canton a-t-il décidé d’accorder un délai supplémentaire aux EMS? «Ces dernières années, mille personnes ont été recrutées pour mettre en service 25 nouveaux établissements et augmenter le taux de personnel qualifié, répond Pierre-Yves Maillard. Pour aller plus loin, les EMS ont demandé un délai et des moyens.» Selon les statistiques fédérales de 2016, les dernières disponibles, plus de la moitié des EMS vaudois (66 sur 125) étaient en dessous de la barre des 40%.

«Les EMS vaudois et leur faîtière sont en faveur d’une augmentation de la qualification du personnel, se défend François Sénéchaud, secrétaire général de l’Association vaudoise des établissements médico-sociaux (AVDEMS). Nous avons collaboré avec l’État à la rédaction de la directive et nous coopérons à sa mise en œuvre.» Voilà pour la volonté, mais dans les faits c’est un peu plus compliqué. «Les défis sont nombreux et ne doivent pas être sous-estimés, poursuit François Sénéchaud. Le nombre de personnes qualifiées sur le marché du travail n’est pas illimité et les EMS doivent faire face à la concurrence d’autres acteurs du système sanitaire.»

Formation en cours d’emploi

Pour favoriser l’augmentation du personnel qualifié, le choix s’est finalement porté sur le développement d’une formation en cours d’emploi. «Il s’agit de valoriser les compétences des gens qui travaillent déjà dans les EMS, justifie Pierre-Yves Maillard. Mais il n’y a pas de miracle, cela va prendre un peu de temps.» Cette solution évite que les établissements ne soient tentés de remplacer des employés expérimentés mais non qualifiés par des personnes plus jeunes qui viennent d’obtenir leur CFC d’assistant en soins communautaires et qui coûtent moins cher en début de carrière.

En attendant, les autorités se veulent rassurantes. «La qualité des soins et de l’hébergement en EMS est régulièrement contrôlée par des visites inopinées de la CIVESS, un organe de contrôle départemental spécialisé, rappelle Fabrice Ghelfi. Parmi les éléments contrôlés, il y a la dotation en personnel.» Lorsque des manquements sont constatés, la CIVESS vérifie que les EMS se mettent en conformité.

(24 heures)

Créé: 03.04.2018, 07h04

Genève a les EMS les plus pleins du pays

Une analyse des statistiques des établissements médicaux sociaux révèle que Genève détient le record de Suisse du taux d’occupation. En 2016, l’occupation moyenne des EMS du canton a dépassé le 100%. Un chiffre qui peut s’expliquer par l’ajout de lits temporaires. Tous les cantons romands affichent un taux extrêmement élevé, entre 98% et 100%, largement au-dessus de la moyenne suisse de 94%.

Si la saturation des EMS genevois n’est pas nouvelle, elle n’en est pas moins préoccupante. Conséquence: 180 personnes séjournent aux Hôpitaux universitaires (HUG) en attendant leur transfert en EMS. Des personnes trop faibles pour être renvoyées chez elles, mais qui n’auraient pas besoin d’être à l’hôpital. À titre de comparaison, le CHUV n’héberge «que» 21 personnes dans cette situation.

De nombreux autres Genevois attendent chez eux une place en EMS. La Fédération genevoise des établissements médico-sociaux (Fegems) estime qu’ils seraient environ 200. La situation ne semble pas préoccuper le Département de l’emploi, des affaires sociales et de la santé (DEAS), qui met en avant une récente création de lits, pas encore prise en compte dans les statistiques fédérales. «Avec 106 nouveaux lits en 2016 et 132 en 2017, l’accroissement du nombre de lits correspond actuellement au besoin de la population âgée», chiffre Laurent Paoliello, secrétaire général adjoint. Une évolution bienvenue, mais insuffisante pour la Fegems. «À chaque ouverture d’établissement, la situation se détend pendant deux ou trois mois, mais cela ne dure pas», observe la secrétaire générale Anne-Laure Repond. Et surtout, aujourd’hui, il n’y a pas ou peu de nouveaux projets – alors qu’il faut facilement compter une dizaine d’années pour les réaliser.

«La densification urbaine et le coût foncier élevé du canton de Genève freinent les projets d’investissements immobiliers. En particulier dans le secteur des EMS qui sont des institutions sans but lucratif et pour lesquelles existent des contraintes architecturales», souligne le DEAS.

En matière de soins à domicile ainsi que de structures intermédiaires justement, Genève, et plus généralement la Suisse romande, fait figure de pionnière. «D’un côté, c’est un exemple, souligne Andreas Christen, économiste à Credit Suisse et auteur d’une étude sur le secteur des EMS. D’un autre côté, il y a des voix plus critiques qui estiment qu’une occupation trop élevée peut empêcher une concurrence entre établissements du point de vue de la qualité de la prise en charge. Pour les personnes âgées, c’est évidemment mieux d’avoir une certaine liberté de choix.»

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