Des enfants syriens réfugiés à Genève racontent la guerre

TémoignageUne famille kurde originaire du nord-est de la Syrie a pu fuir le conflit commencé il y a 3 ans jour pour jour, et se mettre dernièrement à l'abri à Genève où leur fils Imad, marié à une Zurichoise, habite depuis 2008.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Ils ont entre 2 et 16 ans et sont frères et soeurs. Jusqu'au début du conflit syrien, ils vivaient paisiblement dans leur vaste maison familiale de 7 chambres, «située à mi-chemin entre l'église laissée par les Français et la mosquée», précise Imad, la trentaine, Syrien installé à Genève depuis plus de 5 ans et qui a récemment dû accueillir dans son appartement à Champel ses 4 neveux, leurs parents, sa soeur et sa mère.

Depuis le 5 décembre dernier, tout ce beau monde vit avec Imad, sa femme enceinte de 5 mois originaire de Zurich, et leur fils Sipan, 18 mois. Dans leur 5 pièces doté de 2 salles de bains, ils ne sont pas à l'étroit mais «il n'y a pas vraiment la place pour étudier», déplore Imad qui ajoute: «C'est dommage, car ils sont très motivés».

En classe d'accueil

Car les 4 adolescents -Alan, qui a eu 14 ans cette semaine, son frère Jwan, 12 ans et leur soeur Aveen, 16 ans- (en photo ci-dessus) sont tous scolarisés à Genève. Pour les 2 cadets, tout a été très vite: «deux jours après leur arrivée, ils étaient tous deux placés en classe d'accueil», explique leur oncle pour eux, encore trop timides pour se lancer en français. Pour Aveen, pour laquelle la scolarité n'est plus obligatoire, il a fallu attendre un mois. Quand on leur demande quelle est leur matière préférée, les 3 répondent: «le français!».

Peut-être tiennent-ils de leur tante, Anoud, la soeur d'Imad qui, à 47 ans, fait également partie du convoi. Diplômée en littérature anglaise, elle était directrice d'école jusqu'à ce que la situation se détériore au point que son établissement ferme ses portes. Elle aussi trépigne d'impatience d'apprendre notre langue. Pas un jour ne se passe sans qu'elle ne demande quand les cours vont commencer. Mais pour l'heure, la priorité est ailleurs.

Après avoir passé trois mois dans l'attente, un simple visa valable uniquement pour la Suisse pour visite familiale en poche, sans savoir s'ils tenteraient un retour en Syrie ou non, ils savent désormais mieux à quoi s'en tenir. Ils se sont résignés à demander l'asile et attendent leur permis N. «Désormais, ils peuvent prétendre aux programmes d'accompagnement de la Croix-Rouge, ou consulter un médecin», explique Imad qui n'a pas ménagé sa peine pour faire avancer leur dossier.

Ecoutez le récit du passage clandestin de la frontière turco-syrienne:

Une tuerie, la veille

Un médecin? Ils en ont bien besoin. La petite Jeen, 2 ans, a refusé longtemps de manger après le passage clandestin traumatisant de la frontière (écoutez leur récit ci-dessus), où la famille a été arrêtée dans sa lancée par l'armée turque. Jwan, 12 ans, a été épargné par les fonctionnaires de la procédure d'asile qui ne l'ont pas interrogé en raison de son âge. Mais Alan, de deux ans son aîné, est resté prostré plusieurs semaines après son arrivée à Genève. La tête dans les mains, il pleurait. Anoud, la directrice d'école, espère que son mari parvienne à la rejoindre tôt ou tard. Quant à la maman, 70 ans, l'éprouvant périple n'a certainement pas amélioré ni son diabète ni son hypertension.

Khaled, le chef de famille, est parti à contrecoeur pour mettre sa famille à l'abri. Mais les dernières nouvelles en provenance de Syrie ne peuvent que le conforter dans sa décision. Leur région, abandonnée par le régime en avril 2012, est contrôlée par les islamistes. La veille de notre rencontre, une cellule d'Al-Qaïda a pénétré dans un ancien hôtel de la ville, reconverti en mairie de fortune que faisaient fonctionner une poignée de bénévoles pour assurer l'essentiel administratif. Tous ont été tués. Parmi eux, une jeune femme de 24 ans enceinte de 5 mois, que connaissait la famille d'Imad et une autre jeune fille qui devait se marier la semaine prochaine.

Créé: 15.03.2014, 06h52

Dossiers

Les chiffres de l'Office fédéral des migrations

En 2013, 162 demandes d'asile ont été accordées à des Syriens en Suisse. Parmi elles, 98 émanaient de Syriens ayant de la famille en Suisse.
En septembre 2013, la Confédération a mis en place un projet-pilote de "Resettlement" «qui n'est pas spécifique pour les Syriens mais dans les faits, ce sont surtout des Syriens qui en bénéficient», explique la porte-parole romande de l'Office fédéral des migrations Céline Kohlprath. Le but: intégrer les réfugiés au marché du travail. Ce programme prévoit un suivi personnalisé pour chaque individu. Sept familles syriennes ont ainsi été accueillies fin novembre, dont 9 femmes et 15 enfants. Au total, 500 réfugiés pourront en bénéficier dans les 3 ans à venir. Coût: 12 millions de francs.

Galerie photo

La Syrie en guerre: les photos avant et après

La Syrie en guerre: les photos avant et après Plusieurs sites syriens classés au patrimoine mondial de l'humanité ont été endommagés par la guerre civile qui ravage le pays depuis bientôt trois ans.

Articles en relation

«Moi, Abou Al-ward, 36 ans, habitant de Damas»

Témoignage Deux ans jour pour jour depuis le début du conflit en Syrie, un Damascène témoigne de son quotidien dans la capitale en guerre civile. Plus...

«Les enfants sont recrutés, mutilés, violés, endoctrinés »

Conflits armés Le recrutement des enfants a atteint un niveau intolérable dans plusieurs pays en guerre, affirme l'ONU jeudi la représentante du secrétaire général de l'ONU pour les enfants et les conflits armés Leila Zerrougui. Plus...

Le conflit syrien fait souffrir 5,5 millions d'enfants

Guerre civile Le nombre des victimes de la guerre en Syrie a doublé en un an. Un million d'entre elles vivent dans des ruines ou des zones assiégées, sans accès à l'aide humanitaire. Plus...

La guerre en Syrie pourrait durer encore 10 ans

GUERRE CIVILE Selon des analystes géopolitiques, le conflit est parti pour durer, avec l'Iran et la Russie soutenant Assad et les groupes extrémistes envahissant le champ de bataille. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.