Sous enquête, le procureur en chef Lauber aggrave la crise

Ministère publicMichael Lauber attaque de front son Autorité de surveillance. Il veut qu’on le croie sur parole et joue la carte politique.

Michael Lauber est le procureur général de la Confédération depuis le 1er janvier 2012. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

«Je ne mens pas. J’ai toujours dit la vérité et je suis déçu que l’Autorité de surveillance ne m’accorde pas sa confiance. C’est une attaque non seulement contre moi mais aussi contre le Ministère public tout entier. On provoque ainsi une crise institutionnelle.» Michael Lauber, le procureur général de la Confédération, a fait sensation vendredi à Berne. Alors qu’il faisait profil bas ces dernières semaines face aux accusations, il a décidé de contre-attaquer. Mais en voulant crever l’abcès, il aggrave la crise.

Pour ceux qui n’ont pas suivi le film, rappelons que le procureur général s’est attiré les critiques pour avoir rencontré de façon informelle à trois reprises le patron de la FIFA, Gianni Infantino (lire l’encadré). Et c’est pour «éclaircir, sous l’angle du droit disciplinaire, d’éventuelles violations des devoirs de fonction du procureur général de la Confédération» qu’un peu plus tôt dans l’après-midi, l’Autorité de surveillance du Ministère public de la Confédération décidait d’ouvrir une enquête disciplinaire contre lui. Une première. Elle sera menée par un expert externe afin d’assurer toute l’indépendance nécessaire.

Michael Lauber veut bien reconnaître quelques erreurs, comme l’absence de protocole pour ces rencontres. Mais c’est à peu près tout. Il explique l’amnésie sur sa troisième entrevue par son agenda surchargé qui compte des milliers de rendez-vous. En résumé, il s’estime victime d’un acharnement médiatique et déplore «les théories du complot» qui sont agitées. «Je n’ai aucune raison de mentir sur ces rencontres. Je n’ai jamais touché d’argent et d’ailleurs je ne comprends rien au foot.» Pour lui, il s’agit non seulement de son honneur, mais aussi du travail des 240 collaborateurs qui souffrent de ces attaques permanentes. Trop, c’est trop, il est déterminé à se battre pour sa réélection. Ce ne sera pas une partie de plaisir et Michael Lauber le sait.

Le Soleurois est arrivé tendu comme une corde d’arc devant les médias. Celui qui est toujours à l’aise pour s’exprimer lisait mot à mot sa déclaration. La ronde des questions lui a donné un caractère plus combatif, même si on sentait l’animal blessé qui voulait vendre chèrement sa peau. Pris dans la nasse, Michael Lauber a désormais décidé de jouer son va-tout politique devant les commissions parlementaires qui doivent l’entendre ces prochains jours.

«Lauber aurait dû faire amende honorable»

Reste que la stratégie de Michael Lauber ne fait pas l’unanimité. «Attaquer l’Autorité de surveillance, ce n’est pas très malin. Il aurait dû faire amende honorable et se retirer», lâche Jean-Paul Gschwind. Le conseiller national PDC jurassien n’est pas n’importe qui dans cette affaire. C’est lui qui préside la commission judiciaire chargée de recommander ou non la candidature de Lauber au parlement pour un nouveau mandat à la tête du MPC. L’audition est prévue mercredi 15 mai, pour une élection qui devrait se tenir lors de la session parlementaire de juin.

La confiance est-elle rompue? «Il y a des soupçons et des points d’interrogation, reconnaît Ursula Schneider Schüttel (PS/FR). Mais avant de parler de rupture de confiance, je veux entendre ce qu’il a à dire.» Vice-président de la commission, Raphaël Comte (PLR/NE) attend lui aussi les auditions et la lecture des documents pour se forger sa propre opinion. Didier Berberat (PS/NE) appelle à ne pas se laisser influencer par l’agitation médiatique. «Pour l’heure, l’enquête disciplinaire ne fait que commencer et jusqu’à sa clôture, Monsieur Lauber est considéré comme n’ayant pas violé ses devoirs de fonction.»

Un scénario pourrait se dessiner pour éviter aux élus de devoir trancher sans avoir connaissance des conclusions de l’enquête: repousser l’élection. Comme le mandat de procureur général de la Confédération est officiellement renouvelé au 1er janvier 2020, il serait possible de voter lors de la session de septembre, voire de décembre. «C’est une option parmi d’autres, reconnaît Jean-Paul Gschwind. Mais je veux surtout attendre le rapport de la commission de gestion qui doit entendre Michael Lauber lundi, et surtout m’assurer que le simple fait d’être sous enquête ne constitue pas un motif d’inéligibilité.»

Créé: 10.05.2019, 21h36

Une affaire complexe

Carrière

Michael Lauber a été élu en 2011 à la tête du Ministère public de la Confédération (MPC). Le Soleurois devait être l’homme qui redonne ses lettres de noblesse à une institution ébranlée par la fin de parcours ratée de ses prédécesseurs.

Relations

En 2018, l’image du procureur général est salement écornée par des révélations des «Football Leaks». En cause: deux rendez-vous informels tenus dans des hôtels à Zurich et à Berne, qu’il aurait eus en 2016 et 2017 avec Gianni Infantino, le président de la FIFA. Là où l’affaire est explosive, c’est que le MPC enquête depuis sept ans sur des pratiques de corruption présumées au sein de la puissante organisation faîtière du football mondial.

Demandes de récusation

Ces rencontres secrètes sont d’autant plus troublantes qu’elles n’ont pas été protocolées, ce qui fait courir le risque d’une récusation de Michael Lauber. Plusieurs demandes en ce sens ont déjà été déposées.

Crise

Derrière ces affaires, en filigrane, se cache aussi la délicate et cruciale question de la confiance. S’il a reconnu l’existence de deux entrevues, Michael Lauber dit ne plus se souvenir d’un troisième rendez-vous, révélé par la suite par les médias. «S’il a menti, il doit partir», déclarait cette semaine Dick Marty, ancien procureur du canton du Tessin, dans «L’illustré».

Élection repoussée?

Désormais sous enquête disciplinaire, l’avenir de Michael Lauber s’assombrit. Sera-t-il réélu par le parlement en juin? Sera-t-il retenu comme candidat par la Commission judiciaire qui doit statuer sur sa candidature mercredi? Il se pourrait bien que cette dernière fasse durer le suspense et repousse l’élection à la session d’octobre en attendant les résultats de l’enquête.

Articles en relation

Sous enquête, Michael Lauber veut rester procureur général

Affaire FIFA Le chef du Ministère public de la Confédération est dans le viseur pour ses liens avec le patron du football mondial. Il entend néanmoins briguer sa réélection en juin. Plus...

La pression monte sur Michael Lauber, les enquêtes FIFA en danger

Le Matin Dimanche Quatre anciens dignitaires du football mondial demandent la récusation du procureur général de la Confédération à cause de ses tête-à-tête informels avec Gianni Infantino. Plus...

La pression s’accentue sur le procureur de la Confédération

Affaire FIFA On saura début mai si Michael Lauber a menti à l’Autorité de surveillance du Ministère public. Sa réélection à son poste est en jeu. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.