«Entrer en Suisse ou être refoulé, c’est aujourd'hui une loterie»

AsileAncien membre du Comité exécutif du CICR, le Tessinois Paolo Bernasconi dénonce l’arbitraire des gardes-frontières suisses

Paolo Bernasconi, avocat tessinois, ancien dirigeant du CICR.

Paolo Bernasconi, avocat tessinois, ancien dirigeant du CICR. Image: Keystone

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Depuis le début de l’été, les gardes-frontières suisses ont renforcé les contrôles à la frontière avec l’Italie. Désormais, seuls les migrants qui déclarent vouloir y déposer une demande d’asile peuvent entrer dans notre pays, a confirmé dimanche le conseiller d’Etat tessinois en charge de l’asile, Norman Gobbi.

Cette situation indigne l’ancien procureur général tessinois Paolo Bernasconi, membre durant près de trente ans du comité exécutif du CICR. «Entrer en Suisse ou être refoulé, c’est aujourd’hui devenu une loterie», dénonce-t-il. Entretien.

L’ouverture d’un camp de migrants à Côme était-elle prévisible?

Comme beaucoup d'autres, je suis de très près le sort des réfugiés à Côme, à Milan et au Tessin. La situation actuelle était facile à prévoir. On savait qu’après la fermeture de la route des Balkans, on aurait eu une augmentation des passages par la Méditerranée. C’est donc normal qu’il y ait des centaines de migrants qui essaient de rejoindre les pays du Nord. La gare de Milan est devenue un dortoir avec 300 à 500 réfugiés qui y campent, beaucoup de familles avec des jeunes enfants. Et cela depuis des années. Tout comme prévu.

La Suisse applique une politique plus restrictive à la frontière sud. Simonetta Sommaruga s’en est d’ailleurs réjoui. Qu’en pensez-vous?

Avec tout le respect que je dois à Madame Sommaruga, il ne suffit pas de se rendre quelques heures à la frontière pour se faire une idée de la situation. Les ONG directement actives sur le terrain ont relevé de nombreux cas d’arbitraire ces derniers mois. Par exemple une personne qui est refoulée trois fois à la frontière, et qui peut passer la quatrième fois. Ou deux frères qui arrivent ensemble: un est accepté, l’autre refoulé. Un nombre très important de personnes qui demandent l’asile - notamment des mineurs non accompagnés - sont refoulés. Bien sûr, certaines déclarations ne sont pas toujours fiables. Mais sur le plan statistique, on a la confirmation claire et nette que les conventions internationales sur le non-refoulement des personnes qui demandent l’asile, et sur le regroupement familial sont violées. Etre admis en Suisse ou être refoulé, c’est devenu aujourd’hui une loterie!

Comment améliorer la situation ? La Suisse doit-elle changer sa politique?

Il faut accompagner les migrants aux bureaux de douane pour s’assurer du respect très rigoureux des conventions internationales. Il s’agit d’êtres humains vulnérables et en détresse. Nous avons tous un devoir d’aider.

Vous appelez aussi les ONG suisses à s’impliquer à Côme.

Nous participons tous toujours avec grand plaisir aux récoltes de fonds pour les victimes de catastrophe ou de conflits. Aujourd’hui, nous avons 500 personnes, dont des femmes enceintes ou avec des tout petits enfants, dans une situation de détresse permanente et qui sont refoulées par la Suisse. Ce serait très facile d’organiser un service sanitaire, de nourrir et d’héberger des personnes. L’Italie fait ce qu’elle peut, mais les ONG suisses doivent prendre l’initiative de porter leur aide très efficace à 10 minutes de la frontière suisse.

La situation n'est-elle pas de toute façon ingérable?

Il n’y a rien d’ingérable. En Europe, on a géré des millions de réfugiés après la Deuxième guerre mondiale. Nous sommes le pays le plus riche du monde. Or face à l’urgence, notre seule réponse, c’est: restez où vous êtes. Or, ce qu’il faut, c’est deux choses. D'abord apporter l’aide humanitaire, c'est facile, c'est tout près. Et ensuite s’assurer que chaque officier de douane respecte les conventions. S’il faut des juristes, eh bien qu’on les engage. Nous sommes le pays de la perfection, mais dans le secteur des réfugiés nous sommes très loin de la perfection!

Créé: 17.08.2016, 19h42

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