«L’escalade entre Berne et Bruxelles va se prolonger»

DiplomatieLe clash entre la Suisse et l’UE reflète une relation qui s’est peu à peu détériorée. L’analyse d’un expert.

Gilbert Casasus est professeur d'études européennes à l'Université de Fribourg.

Gilbert Casasus est professeur d'études européennes à l'Université de Fribourg.

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On les croyait sorties de l’ornière, c’était une erreur. Les relations Suisse-UE sont plus embourbées que jamais. La décision de Bruxelles de limiter la reconnaissance de la Bourse suisse pour faire pression sur la signature d’un accord-cadre a suscité la colère du Conseil fédéral. Il menace de mesures de rétorsion. Le scénario a pris tout le monde de court. Interview de Gilbert Casasus, professeur d’études européennes à l’Université de Fribourg.

La situation s’est détériorée très vite. Êtes-vous surpris?
Totalement. Personne ne s’y attendait. Lorsque les premières manifestations de mauvaise humeur de Bruxelles sont apparues le week-end dernier, j’ai tenté de comprendre si un événement avait pu mettre le feu aux poudres. Je n’en ai pas trouvé.

Comment l’analysez-vous?
Je crois qu’il y a une différence de compréhension de l’état des relations entre la Suisse et l’UE. Pour le Conseil fédéral, le paiement du milliard de cohésion à l’Est était une façon de régler un chapitre et d’en entamer un nouveau. La Commission européenne estime de son côté que ce versement fait partie du calendrier. C’est un arriéré que l’on solde. Elle attend toujours un accord-cadre. Le peu d’empressement de la Suisse a précipité la riposte.

En avril, Bruxelles et Berne annonçaient le déblocage de tous les dossiers. L’UE a-t-elle joué un jeu de dupes?
Je ne pense pas. Pour l’UE, la priorité a toujours été la signature d’un accord-cadre. Le reproche qu’on peut lui faire est peut-être de ne pas avoir suffisamment expliqué à Berne que le milliard de cohésion ne suffirait pas à débloquer tous les autres dossiers.

La Suisse a émis des réserves sur une signature de l’accord au printemps, un calendrier avancé par l’UE. Cela a-t-il pu jouer un rôle?
Plusieurs gouttes ont fait déborder le vase. La démission de Didier Burkhalter a été perçue comme une mauvaise nouvelle par l’UE. Son remplacement par Ignazio Cassis, plus eurosceptique, n’a rien arrangé. Le fait que l’AELE soit souvent mise en avant comme alternative a aussi été vécu comme une provocation. Il ne faut pas oublier que l’AELE, créée pour concurrencer l’intégration européenne, n’a d’ailleurs jamais atteint son but.

Pourquoi Bruxelles s’en est-elle pris à la Bourse suisse?
Elle a voulu toucher là où ça fait mal. Imaginez que nos banques ne puissent plus être cotées sur les places européennes. Ici, le milliard de cohésion, c’est peanuts! L’économie en a conscience. Si ça se passe mal, je vois déjà les grandes entreprises se précipiter au Département fédéral des affaires étrangères pour exiger de lâcher du lest.

Comment expliquer que la diplomatie suisse n’ait pas anticipé cette escalade?
L’erreur est de ne pas avoir compris que l’UE de fin 2017 n’est pas celle de fin 2016. Elle est dans une meilleure forme, ce qui place Berne dans une situation plus défavorable. La décision sur la Bourse suisse est intervenue le même jour où Bruxelles a tapé du poing sur la table vis-à-vis de la Pologne, avec de possibles mesures de rétorsion. L’UE tient aussi une position de force vis-à-vis de la Grande-Bretagne. Et Londres commence à trembler en voyant que certains secteurs financiers pourraient quitter la City pour Paris ou Francfort.

Comment stopper la crise?
L’escalade va durer. Mais la Suisse a tout intérêt à jouer l’apaisement. Elle ne tient pas le couteau par le manche. On peut gonfler les muscles et dire que le peuple n’acceptera pas un accord-cadre. C’est efficace pour gagner des voix aux élections, mais c’est oublier que le destin européen de la Suisse dépend aussi de l’UE. D’ailleurs ce n’est pas Bruxelles qui a demandé un accord-cadre, c’est la Suisse qui l’avait proposé pour éviter une adhésion. (24 heures)

Créé: 22.12.2017, 19h20

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