L’état de santé des rivières suisses est inquiétant

EnvironnementL’Office fédéral de l’environnement tire la sonnette d’alarme. Près d’un tiers des cours d’eau est pollué.

Conformément à la loi sur la protection des eaux, la Morvaz, à Moiry, a fait l’objet de travaux de renaturation dont les résultats ont été présentés au début du mois de juin dernier.

Conformément à la loi sur la protection des eaux, la Morvaz, à Moiry, a fait l’objet de travaux de renaturation dont les résultats ont été présentés au début du mois de juin dernier. Image: Keystone

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Une pluie fine tombe sur Bätterkinden, petite commune bernoise à deux pas du canton de Soleure. C’est là que l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) a décidé jeudi de présenter les résultats de l’Observation nationale de la qualité des eaux de surface. Le village est cerné par deux cours d’eau. D’un côté la Limpach, ruisseau canalisé, dont le tracé rectiligne traverse des champs cultivés. De l’autre l’Emme, rivière au pied d’une falaise, dont les méandres s’étalent dans un large lit, donnant au tout un aspect quasi sauvage. D’un côté le mauvais exemple, de l’autre le bon.

Car, dans cette Suisse «propre en ordre», la qualité des rivières laisse à désirer. Selon les conclusions du rapport, les écosystèmes aquatiques sont sérieusement dégradés dans au moins 30% des stations de mesure. Les petits et moyens cours d’eau étant les plus vulnérables. Pour les poissons qui sont plus exigeants, la situation est pire: pour eux, deux tiers des rivières sont trop polluées.

Micropolluants à l’œuvre

Si le tableau n’est pas très rose, l’OFEV rappelle qu’il était plus noir encore avant. Grâce à la construction de stations d’épuration des eaux usées (steps), la qualité de l’eau s’est améliorée depuis les années 80. Les quantités de nitrates et de phosphores ont nettement diminué. Mais de nouveaux ennemis sont arrivés, ils s’appellent les micropolluants. L’analyse en a détecté 230. Inoffensifs pour les humains, ils affectent la diversité biologique. Parmi ces substances, des restes de médicaments, de cosmétiques, de produits de nettoyage ou de pesticides utilisés par l’agriculture.

Pour l’OFEV, ces résultats confirment qu’il est nécessaire d’agir. Diverses pistes sont analysées. En novembre, le parlement a donné son feu vert pour que les micropolluants soient mieux éliminés des eaux usées dans les steps; 1,5 milliard de francs seront investis pour améliorer les installations. On parle d’un traitement à base de charbon actif et d’ozonation. «Avec ces mesures ciblées, il sera possible de réduire les micropolluants de 50%», souligne Marc Chardonnens, directeur de l’OFEV. Chaque Suisse doit mettre la main au porte-monnaie par le biais d’une taxe annuelle de 9 fr. prélevée depuis le 1er janvier 2016. Mais ce n’est pas tout.

Agriculture dans le viseur

Des mesures sont aussi en discussion pour réduire l’impact de la pollution agricole. Un plan d’action est en consultation depuis juillet. Son objectif est de réduire les micropolluants en agissant en amont avec davantage de prévention, en changeant les pratiques ou le dosage des produits, et en se demandant si toutes les substances déversées sont vraiment utiles. Enfin, la loi sur la protection des eaux prévoit que les cantons, avec le soutien de la Confédération, régénèrent 4000 des 15?000 kilomètres de cours d’eau en mauvais état d’ici à la fin du siècle.

Sitôt le rapport publié, certaines organisations sont montées au front. «Ces résultats sont effrayants, mais pas surprenants, lance Michael Casanova, chef de projet en politique de protection des eaux chez Pro Natura. Des études antérieures ont déjà montré que nos eaux charrient de véritables cocktails de pesticides.» Pour thématiser ce problème, l’organisation a lancé une campagne intitulée «Stop aux pesticides dans nos eaux!» il y a quelques semaines. On y voyait un tracteur à côté d’une rivière…

Face à ce doigt accusateur, Jacques Bourgeois (PLR/FR) ne se laisse pas démonter. «L’agriculture n’est pas la seule en cause. Il y a les particuliers et les communes qui produisent aussi des micropolluants, rétorque le directeur de l’Union suisse des paysans (USP). Vous pensez qu’on arrache les mauvaises herbes à la main pour nettoyer les voies de chemin de fer? C’est dommage que Pro Natura continue à nous accuser, alors que l’agriculture a déjà largement réduit son utilisation de pesticides et qu’elle poursuit ses efforts.» (24 heures)

Créé: 14.07.2016, 20h56

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