Exit les diplomates, Maurer nomme un fonctionnaire

NégociationsEn choisissant Jörg Gasser, Ueli Maurer réoriente le rôle du Secrétariat d’Etat aux questions financières internationales.

Ueli Maurer (à dr.) a choisi Jörg Gasser comme nouveau secrétaire d’Etat aux questions financières internationales.

Ueli Maurer (à dr.) a choisi Jörg Gasser comme nouveau secrétaire d’Etat aux questions financières internationales. Image: Keystone

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Il s’est présenté vêtu d’un costume bleu électrique et d’une cravate rose, mais c’est bien une souris grise de l’administration qui remplacera le flamboyant diplomate Jacques de Watteville comme secrétaire d’Etat aux questions financières internationales (SFI). Jörg Gasser, 46 ans, actuel secrétaire général du Département fédéral des finances entrera en fonctions le 1er juillet. Sa nomination a été entérinée mercredi par le Conseil fédéral.

Si le nom de Jörg Gasser circulait depuis quelque temps à Berne, sa nomination marque un changement de cap pour le SFI. Créé en 2010 alors que la Suisse était menacée d’être placée sur la liste grise de l’OCDE, le Secrétariat d’Etat devait permettre de faire face à la pression internationale. Pour affronter la tempête, le Conseil fédéral a toujours misé sur de hauts diplomates. Avant Jacques de Watteville, Michael Ambühl occupait ce poste. A droite comme à gauche, on s’étonne d’y voir propulsé un fonctionnaire sans passé diplomatique. Thomas Aeschi (UDC/ZG) dit tout haut ce que d’autres pensent tout bas: «Je suis étonné qu’on n’ait pas choisi quelqu’un avec une carrière diplomatique.» Et Olivier Feller (PLR/VD) de s’interroger: «Est-ce que la Suisse sera bien défendue sur la scène internationale avec ce genre de profil?»

«Je suis étonné qu’on n’ait pas choisi quelqu’un avec une carrière diplomatique»

Ces critiques n’ébranlent pas Ueli Maurer: «Les diplômes ne sont pas l’aspect le plus important pour moi. Jörg Gasser a toutes les compétences requises. Sur les très nombreux dossiers que nous avons reçus, il était la meilleure candidature», explique le ministre des Finances. Le Conseil fédéral met d’ailleurs en avant la longue expérience du futur secrétaire d’Etat dans l’administration et ses relations avec les milieux politiques, les autorités publiques et le secteur financier.

Jörg Gasser a en effet occupé un poste de cadre au Comité international de la Croix-Rouge (CICR) avant d’entrer au service de la Confédération en 2008, auprès d’Eveline Widmer-Schlumpf. Il a notamment assuré l’intérim à la tête de l’Office fédéral des migrations. Devant la presse, il fait valoir son expérience de négociateur en tant qu’ancien collaborateur du CICR, notamment en Iran et au Pakistan. Quant au réseau diplomatique, «il est également lié au poste», estime-t-il.

Des priorités intérieures

Cette nomination en dit long sur la vision qu’Ueli Maurer a du Secrétariat d’Etat aux questions financières internationales. Quand il a détaillé les devoirs du SFI, le ministre des Finances a d’abord mis en avant le rôle de liaison avec l’administration fiscale et les banques suisses, avant de parler des négociations avec l’étranger.

Cette redéfinition des priorités ne doit rien au hasard, estime-t-on à Berne. «Ueli Maurer a une vision plus intérieure qu’extérieure de son département», observe Olivier Feller. «En ce sens, c’est une nomination qui lui ressemble», confirme Manuel Tornare (PS/GE).

Même Thomas Aeschi, qui vient pourtant du même parti qu’Ueli Maurer, se montre sceptique et prévient: «Il est important que la Suisse reste présente dans les forums, là où se discutent les futurs standards internationaux.» Plus sévère, Carlo Sommaruga (PS/GE) tranche: «Secrétaire d’Etat, c’est par définition une fonction tournée vers l’extérieur. Ueli Maurer pense qu’on peut minimiser l’international et être fort chez soi, mais il se trompe.»

«Ueli Maurer pense qu’on peut minimiser l’international et être fort chez soi, mais il se trompe»

Car, si le gros du travail a été fait – l’accord pour résoudre le conflit fiscal avec les Etats-Unis a été négocié et l’échange automatique de renseignements est devenu la norme –, il reste encore d’importants dossiers à traiter, notamment l’accès aux marchés internationaux.

Avec sa vision, Ueli Maurer est-il en train d’affaiblir le Secrétariat d’Etat aux questions financières? «Il en a en tout cas une vision au rabais!» critique Carlo Sommaruga. Sans cette dimension internationale, Olivier Feller s’interroge: «On peut se demander s’il est encore utile…»

Créé: 20.04.2016, 20h20

Jacques de Watteville en embuscade

Jacques de Watteville quittera officiellement fin juin ses fonctions au Secrétariat d’Etat aux questions financières internationales. A cette fonction, il a contribué à l’échange automatique de renseignements fiscaux et a permis l’adaptation de la législation suisse aux normes internationales de lutte contre le blanchiment d’argent et le terrorisme.

Bien qu’il ait atteint l’âge de la retraite, le diplomate ne quittera pas pour autant la Berne fédérale. Au Département fédéral des affaires étrangères, il poursuivra ses activités de négociateur en chef avec l’Union européenne. Et dans ce cadre, il mettra encore la main dans le cambouis des litiges fiscaux. «La majorité des problèmes financiers qu’il reste à régler concerne l’Europe, explique le parlementaire Dominique de Buman (PDC/FR). On peut donc imaginer un duo avec Jörg Gasser.»

Ce partage des tâches permettrait aussi de mettre fin à la guerre que se livrent le Département fédéral des affaires étrangères et le Département des finances sur ce thème, glisse un élu. Lorsqu’il est question de fiscalité avec l’Union européenne, les deux dicastères veulent avoir le lead, avec parfois des conflits de compétence. La nomination de Jörg Gasser, moins porté sur l’international, pourrait clarifier les choses. «C’est peut-être aussi une possibilité pour Ueli Maurer de ne pas se mêler de ce dossier», souligne Manuel Tornare.

Le nouveau secrétaire d’Etat doit-il craindre l’ombre que lui fera Jacques de Watteville sur la scène internationale Carlo Sommaruga ne le croit pas. «La résolution des litiges fiscaux avec l’Union européenne pourrait se précipiter, alors que de grands chantiers vont s’ouvrir.» Et le Genevois de citer par exemple les nouvelles négociations sur la transparence des multinationales.

Reste que de nombreux parlementaires osent la comparaison entre les deux hommes, le diplomate connecté au monde et le haut fonctionnaire classique. «Ne faisons pas de procès d’intention et attendons de voir», coupe Manuel Tornare.

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