L’ex-maire d’Alep évacué en ambulance sur la place des Nations

Guerre en SyrieAu 24e jour de sa grève de la faim, Brita Hagi Hassan manifestait ce lundi devant l’ONU, à Genève, en pleine canicule.

Brita Hagi Hassan sur la place des Nations à Genève lundi.

Brita Hagi Hassan sur la place des Nations à Genève lundi. Image: DR

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Son visage est comme figé par la souffrance. Son corps se tord de douleur. Difficile de reconnaître l’ancien maire d’Alep, Brita Hagi Hassan, assis à l’ombre de la chaise géante au pied cassé. Sur cette place des Nations envahie, ce lundi à Genève, de manifestants pakistanais scandant leurs slogans et de touristes posant pour un selfie devant l’ONU, on a le plus grand mal à repérer cet homme pourtant drapé des couleurs syriennes. Il faudra l’arrivée d’une ambulance pour qu’un cercle se forme autour de lui et que des curieux interrogent les trois compatriotes qui l’accompagnent. Qui est-il? Que veut-il?

«Il faut absolument faire cesser ces bombardements criminels! Ce qui se passe à Idlib (ndlr: ville du nord-ouest de la Syrie) est d’une cruauté inouïe. Non seulement la communauté internationale a laissé détruire 37 écoles, 24 hôpitaux, 15 centres de casques blancs (ndlr: des secouristes), mais les civils n’ont nulle part où fuir les frappes du régime. Lors des pilonnages sur Alep, Hama, Homs ou encore Deraa, la population pouvait au moins se réfugier à Idlib justement! À présent il n’y a plus d’échappatoire, même la frontière turque est verrouillée», s’insurge celui qui fut maire d’Alep, l’ancienne capitale économique du pays.

"Ils parlent mais ne font rien!"

Comme lui, une trentaine de Syriens en Europe ont entamé une grève de la faim pour tenter de réveiller la communauté internationale. Brita Hagi Hassan en est à son 24e jour sans ingurgiter d’aliments. «Samedi j’ai réussi à le convaincre de me laisser dissoudre dans son eau un peu de sucre et de minéraux. Mais avec ces chaleurs extrêmes, il ne pourra pas tenir longtemps», souffle Ahmad Majbour, un Syrien de Suisse, jadis formé à la médecine. C’est lui d’ailleurs qui appellera l’ambulance quand son ami commencera soudain à divaguer…

L’ancien maire d’Alep aura tout de même eu le temps de dénoncer les grands discours sur les droits de l’homme et sur l’action humanitaire qui ne mènent à rien de concret sur le terrain. «Ils parlent, parlent encore, parlent toujours, mais ne font rien pour arrêter le massacre. Il faut mettre la pression sur Bachar el-Assad et sur ses alliés iranien et russe! Où donc est passée la volonté politique?» s’énerve-t-il devant ce Palais des Nations où se réunit, ces jours-ci, la 41e session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU.

"Et la trêve d'Astana?"

Huit ans après le début de «la tuerie organisée par le régime d’Assad en Syrie», Brita Hagi Hassan réclame «au moins qu’on arrête ces bombardements meurtriers et qu’on achemine de l’aide humanitaire aux civils d’Idlib. Est-ce vraiment trop demander? Les Russes ne vont-ils même pas respecter la trêve qu’ils ont convenue dans l’accord d’Astana?»

«Mon corps est ici, mais mon cœur et mon âme sont restés là-bas», souffle-t-il encore, lui qui a cherché réfuge en France il y a deux ans. Mais sur cette brûlante place des Nations, c’est bien son corps qui cède. Bientôt l’ambulance l’emporte, sous le regard étonné des curieux.

Créé: 01.07.2019, 21h18

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