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EspionnageDes experts suisses réfutent la thèse de Maurer

Les renseignements suisses collaborent avec les Etats-Unis, mais cela n'est pas nouveau, selon des experts. Mercredi, le président de la Confédération niait toute collaboration avec la NSA.

Le président de la Confédération Ueli Maurer a nié mercredi toute collaboration avec la NSA.
Le président de la Confédération Ueli Maurer a nié mercredi toute collaboration avec la NSA.
Keystone

«Il est techniquement impossible d'écouter une conversation téléphonique sans écouter les milliers d'autres qui se sont déroulées sur la même ligne, au même moment», explique un expert suisse des renseignements désirant demeurer anonyme. Il poursuit: «Une collaboration est donc nécessaire à travers le monde au moment de 'recoller les morceaux'».

La collaboration n'est pas obligatoire, selon cet expert. «Mais si les Etats-Unis fournissent un certain nombre de renseignements à la Suisse, il est normal qu'un jour, cette dernière soit appelée à donner, elle aussi, des informations. C'est du donnant-donnant».

Maurer nie en bloc

Selon les experts contactés, la Suisse collabore donc avec des services de renseignements des Etats-Unis. Mercredi, le président de la Confédération Ueli Maurer niait toute collaboration avec la NSA.

Le document confidentiel, mais non daté, d'Edward Snowden, publié par le journal espagnol El Mundo, cite d'ailleurs la Suisse dans une liste de pays qualifiés par la National Security Agency (NSA) de «Focused Cooperation».

Selon Albert A. Stahel, directeur de l'Institut d'études stratégiques de Wädenswil, la classification «Focused Cooperation» signifie que la collaboration est potentiellement relative au terrorisme ou au crime organisé. M. Stahel considère par ailleurs que le document évoqué par «El Mundo» est crédible.

Changement de cibles

Le rôle de plaque tournante de la Suisse dans le monde du renseignement n'est pas nouveau.

Alexandre Vautravers, professeur de Relations internationales, rappelle l'existence de rencontres entre représentants des services de sécurité et de renseignements européens depuis l'entre-deux-guerres. «De par son emplacement géographique, la Suisse a un rôle important dans ce domaine depuis la 1re Guerre mondiale», complète-t-il.

La Suisse est donc un pays observé -comme l'a répété Ueli Maurer- et observateur parmi d'autres. Depuis la fin de la guerre froide, les cibles d'écoute sont davantage des personnes ayant un rôle international, par exemple des terroristes, que des pays, explique l'expert anonyme.

Alexandre Vautravers est en revanche d'avis que «le terrorisme n'est pas une culture hors-sol, qu'il bénéficie fréquemment de la complicité de certains Etats».

Conscience du danger

Cette globalisation des échanges de renseignements, liée aux développements technologiques, représente-t-elle un danger pour la Suisse? Stéphane Koch, spécialiste en sécurité de l'information, estime que les politiciens helvétiques n'ont pas suffisamment conscience du problème, et que les experts en la matière ne sont pas assez nombreux.

Alexandre Vautravers considère qu'il faut surtout se donner les moyens de protéger les données: «Les moyens techniques existent: la Suisse est un des leaders dans le domaine de la cryptologie et de la sécurité informatique.» Il rappelle un principe enseigné à l'armée: «Se taire, mettre sous clé et camoufler».

Selon lui, «toutes les techniques de protection des données existent, mais la base est une prise de conscience - tout comme fermer son domicile à clé, ou ne pas égarer ses clés par exemple... Il faut éduquer ses employés à une véritable culture de la sécurité».

Bonnes vieilles méthodes

Selon l'expert anonyme, il est en théorie possible de tout décrypter: «La NSA a la plus grande concentration de mathématiciens au monde, mais celui qui veut vraiment échapper aux services de renseignements y parvient. Il suffit de penser aux talibans, qui recourent notamment aux pigeons voyageurs.»

«Cela dit, ni vous ni moi ne sommes susceptibles d'intéresser ces services», relativise-t-il. Avant de conclure en rappelant que «le temps où il suffisait de placer deux pinces crocodiles sur la ligne téléphonique de la personne espionnée est révolu...».

(ats)

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