Il voulait que la mère de ses enfants soit jetée du barrage

Crime manquéUn charpentier de 35 ans sera jugé ce mardi à Fribourg pour tentative d’instigation à assassinat sur celle qui l’avait quitté.

Le barrage de Rossens (FR), du haut duquel l’accusé avait voulu faire précipiter son épouse, en faisant appel à un ex-employé.

Le barrage de Rossens (FR), du haut duquel l’accusé avait voulu faire précipiter son épouse, en faisant appel à un ex-employé. Image: DR

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Jeudi 3 mai 2018, alors qu’une bise noire soufflait en cette pluvieuse journée de printemps, Jérôme* s’est entretenu pour la quatrième fois en trois mois avec un certain Pawel*, ancien employé polonais de sa petite entreprise familiale de charpente. À en croire l’acte d’accusation signé par le procureur Jean-Luc Mooser, ce Fribourgeois alors âgé de 34 ans aurait manifesté une «volonté pressante d’un passage à l’acte au plus tard le lundi 7 mai». À savoir: éliminer son épouse Fabienne*, 29 ans, en la jetant du haut d'un barrage (l'ouvrage de Rossens (FR), au nord du lac de la Gruyère, culmine à 83 mètres de hauteur.), afin de faire passer le crime pour un suicide. En échange du «service»: la somme de 10'000 francs et une Mini Cooper.

Fabienne, dont Jérôme vivait séparé depuis dix mois, est la mère de ses trois enfants. Le plan diabolique ne s’est heureusement pas déroulé comme prévu, Pawel ayant dénoncé le commanditaire à la police le 4 mai 2018. Jérôme est incarcéré depuis ce jour. Mardi devant le Tribunal de Fribourg, le trentenaire devra principalement répondre de tentative d’instigation à assassinat. Selon le Ministère public, il aurait planifié que le Polonais, «seul ou faisant appel à des compatriotes», séquestre Fabienne dans son véhicule à Farvagny (FR) un lundi entre 22h30 et 23h, soit l’heure de sortie habituelle de la Fribourgeoise de l’un des cafés de ce village voisin du barrage.

«Une idée idiote»

«C’est une idée idiote qui est née d’une rencontre fortuite avec cet ex-employé, dans un cadre professionnel: cela n’a pas fait l’objet de recherches de la part de mon client, nous confie l’avocat du charpentier, Me Olivier Carrel. Ce personnage lui a déclaré avoir des débiteurs qui ne paient pas, qu’il serait parfois indiqué d’en éliminer, et que cela serait possible en Pologne.»

L’homme de loi ne nie pas que la récompense ait été évoquée lors des discussions avec Pawel: une clé de la Mini et un peu plus de 13'000 francs en liquide ont été retrouvés au domicile du charpentier. Il conteste en revanche que Jérôme ait véhiculé le «tueur à gages» devant la maison de Fabienne afin de permettre à ce dernier de se familiariser avec la configuration du village.

«On est face à une réaction de souffrance de mon client après différents événements qui se sont déroulés l’année précédente, poursuit Me Carrel. Dans son esprit, ce plan aurait été une façon pour régler ses problèmes… alors que cela n’aurait rien réglé du tout. Il en est aujourd’hui bien conscient.»

Surprise en pleins ébats

Pour la défense, l’élément déclencheur est survenu lors de la séparation du couple, en juillet 2017. «C’était un premier monde qui s’écroulait. Une rupture très douloureuse pour mon client, qui a dit au revoir à sa femme le matin et à midi, Madame était partie avec les enfants. Il y a aussi un contexte professionnel là-derrière, sachant que l’épouse tenait la comptabilité de l’entreprise.» Bien que les époux aient continué à se voir, notamment en partant en vacances ensemble durant l’été, le charpentier a sombré dans la dépression, et s’est fait prendre en charge en milieu hospitalier. «Ce qui s’est passé en septembre a été le choc final pour lui, qui l’a fait basculer…»

Il était près de minuit ce soir-là lorsque Jérôme a surpris Fabienne dans sa voiture garée sur le parking du parcours Vita de Rossens, alors qu’elle entretenait une relation intime avec un autre homme. Le père de famille l’a violemment sortie du véhicule, à moitié nue, en la tirant par les cheveux, afin de la faire monter dans sa voiture à lui et la conduire à son atelier. Après lui avoir ordonné de se coucher sur un tas de panneaux en bois, le trentenaire fou de rage a brisé un tableau en verre et aurait brièvement touché les parties intimes de son épouse.

Le procureur Mooser l’a renvoyé pour contrainte, séquestration, enlèvement et lésions corporelles simples, la victime ayant présenté de nombreuses griffures et ecchymoses au visage, aux jambes et à un bras à la suite de cet épisode. Mais aussi pour vol et dommage à la propriété, sur plainte de Fabienne, qui accuse son mari de s’être rendu chez elle en son absence et d’avoir lacéré un pantalon en similicuir au niveau des fesses, tout en dérobant son alliance, un bon dans une maison d’hôte d’une valeur de 400 francs ainsi qu’une paire de baskets.

Depuis une année, la plaignante a fait en sorte que les trois enfants du couple – âgés entre 4 et 10 ans – puissent rendre visite à leur père en prison. Elle-même sera à Fribourg mardi pour faire face à celui qui a failli avoir sa mort sur la conscience. * Prénoms d’emprunt

Créé: 17.06.2019, 09h41

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