Suspecté de meurtre à Genève, il est interpellé seize ans après

«Cold case» à GenèveUn Serbe, né en 1966, a été arrêté en Hongrie. Il est soupçonné d’avoir tiré une balle dans la tête d’un Français de 42 ans.

La police arrive sur le lieu du drame en 2002.

La police arrive sur le lieu du drame en 2002. Image: OLIVIER VOGELSANG

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La police tient enfin un suspect dans le meurtre des Libellules. Il aura fallu pour cela seize ans de travail et de patience. Selon nos renseignements, arrêté à la fin de l’an dernier en Hongrie, un Serbe né en 1966 a été extradé vers Genève. Détenu à la prison de Champ-Dollon, il est prévenu désormais d’un crime, particulièrement froid et encore mystérieux.

Un chien qui hurle

Cette exécution avait ébranlé à l’époque le quartier défavorisé de Vernier. Un matin de printemps, un Français de 42 ans est retrouvé couché sur le ventre dans un studio au numéro 12 du chemin des Libellules. Premier constat macabre: l’homme a été tué d’une balle dans la tête. Au pied de l’immeuble, enfermé dans sa voiture, son chien hurle depuis deux jours. Sur place, les policiers procèdent aux perquisitions. «Plusieurs personnes semblaient vivre ici», relève d’emblée une source.

Pourtant, au début de la visite domiciliaire, rien de très relevant à signaler dans le logement: quelques factures impayées, une valise et un appareil photo. Puis, les agents dénichent deux téléphones portables et en extraient des numéros en mémoire et des appels reçus et effectués. Côté traces et ADN, la Brigade de police technique et scientifique recueille des éléments intéressants: un homme a laissé des empreintes avec ses semelles de chaussures et ses mains. S’agit-il de celles du tireur? À l’époque, rien ne filtre.

Dans un deuxième temps, les policiers font une troublante découverte: des armes (pas celle du crime), des gilets pare-balles, un scanner, des talkies-walkies ainsi qu’un appareil de visée nocturne. Un matériel plus que suspect stocké dans une cave louée par la victime, à Genève. Selon toute vraisemblance, le Français devait préparer un acte délictueux. À moins qu’il ne cachât cet attirail pour le compte d’autres malfrats. Autant d’énigmes qui demeurent encore aujourd’hui irrésolues.

Seules certitudes: le défunt, qui aimait jouer aux cartes dans un café du quartier de Saint-Jean, avait de bien mauvaises fréquentations et avait déjà eu maille à partir avec la justice. Il était connu des services de police, pour des délits liés à du trafic de stupéfiants et des vols, dont certains avec violence. Condamné, il était même interdit de séjour en Suisse.

Alors que faisait-il encore à Genève dans ce studio verniolan en avril 2002? À l’époque, d’après une enquête de voisinage, une toxicomane sous-louait à des tiers le logement dans lequel a été retrouvé le défunt. Préparait-il un nouveau brigandage avec l’arsenal retrouvé dans sa cave ou s’adonnait-il encore au trafic de drogue? Cette dernière hypothèse se précise aujourd’hui.

Trafic de cocaïne

En effet, un an après le meurtre, les inspecteurs ont arrêté un homme qui aurait agi comme intermédiaire dans le cadre d’une transaction de cocaïne. Interrogée, cette personne, non mise en cause pour le meurtre, évoque une affaire de 5 kilos de drogue entre la victime et deux hommes, un inconnu et un Serbe, le fameux suspect. L’échange, arrêté au tarif de 50'000 fr. le kilo, aurait-il mal tourné? C’est une des possibilités abordées dans le cadre des investigations.

Interrogé au sujet de l’arrestation du prévenu serbe, Me Daniel Meyer, l’avocat de l’épouse de la victime, n’a pas souhaité faire de commentaire pour le moment: «Ma cliente est aujourd’hui décédée», fait simplement savoir le pénaliste. Présumé innocent, le suspect a-t-il admis les faits reprochés? Les conteste-t-il? A-t-il un alibi? Qui était l’inconnu présent sur les lieux du crime? Contacté, l’avocat du prévenu n’a pas non plus souhaité s’exprimer concernant cette instruction.

Comment la police a-t-elle finalement réussi à mettre la main au collet du suspect? Selon nos renseignements, le prévenu a été identifié il y a plusieurs années par les enquêteurs. Sans que l’on sache pourquoi, l’arrestation n’a pu avoir lieu qu’en 2017. Ce Serbe ne fait pas partie des prévenus en cavale repêchés par le Groupe fugitifs de la police genevoise (lire encadré). (24 heures)

Créé: 02.05.2018, 08h22

La traque aux fugitifs

Le Groupe fugitifs de la police genevoise recherche plus de 4600 personnes. La plupart d’entre elles doivent exécuter une peine de prison, plus ou moins longue, ou sont mises en cause dans une procédure judiciaire. Le nombre d’individus sous mandat ne cesse d’augmenter depuis 2011. C’est donc pour faire face à ce phénomène, et rendre la traque plus efficace, que les forces de l’ordre genevoises ont créé en 2016 une structure spécialisée dans les fugitifs, composée de cinq policiers.

Quels profils chassent-ils en priorité? «Nous visons surtout les prévenus et les condamnés à plus d’un an de prison, relevait en 2016 Olivier Juillard, responsable du Groupe fugitifs. Certains ont disparu de la circulation depuis plus de dix ans.» Et le policier de citer des cas généraux sur lesquels a planché la cellule: meurtriers en cavale, évadés de lieux de semi-détention, présumés braqueurs, violeurs et trafiquants de stupéfiants. Ainsi, un meurtrier éthiopien en fuite pendant quinze ans après s’être évadé d’une prison genevoise de semi-détention a été appréhendé en juillet à Marseille. Un ex-diplomate syrien en cavale pendant quinze ans, après sa condamnation pour viol, a été retrouvé en décembre 2016 à Versailles. Quant à l’assassin de la doctorante Valentina, tuée en pleine rue le 11 avril 2016 à Plainpalais, il est toujours en fuite et dans le collimateur du Groupe fugitifs.

Libellules: quatre crimes en seize ans



Printemps 2016
Un Camerounais de 35 ans est tué de plusieurs coups de feu au chemin des Libellules, devant la boulangerie Assia. C., le meurtrier, peine à expliquer ce qui l’a amené à vider son chargeur de pistolet contre le malheureux.

Novembre 2012
Un quinquagénaire a été agressé dans son appartement. Il est mort un mois plus tard. À l’époque, trois hommes ont été arrêtés. Les prévenus convoitaient la recette de la victime, connue par eux pour être un petit dealer occasionnel. Leur plan a échoué et le locataire a été roué de coups. Après cette agression, le trio est reparti avec 20 fr. et un peu de marijuana. L’un d’eux a écopé en 2014 de treize ans de prison.

2004
Au 9e étage d’un immeuble des Libellules, une femme de 38 ans est retrouvée morte sur son lit, mains et jambes ligotées. Un toxicomane sera arrêté et écopera de huit ans de prison.

2002
Un Français est retrouvé couché sur le ventre dans son studio. Mort d’une balle dans la tête. Un suspect est depuis peu sous les verrous.

F.M.

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