Un chevreuil fou blesse quatre personnes en deux jours

Canton de GenèveL’animal a été abattu. Son taux d’hormones particulièrement élevé peut expliquer son comportement.

José Taboada, employé à la Voirie de Collonge-Bellerive, s’est fait encorner par un chevreuil il y a un mois.

José Taboada, employé à la Voirie de Collonge-Bellerive, s’est fait encorner par un chevreuil il y a un mois. Image: Steeve Iuncker-Gomez

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C’est une histoire invraisemblable. Un chevreuil en rut a attaqué quatre personnes en moins de quarante-huit heures à Collonge-Bellerive. Un fait rarissime pour cet animal réputé farouche. C’était à la fin du mois de juillet à quelques dizaines de mètres des maisons. Le mammifère a depuis été abattu par les gardes de l’environnement et la commune lacustre a retrouvé sa quiétude. Mais José Taboada, aujourd’hui remis de ses blessures, n’est pas près d’oublier son aventure avec le brocard fou.

Il est environ 10 h, le 25 juillet, quand cet employé de la Voirie part en camionnette entretenir les bords du chemin du Petray, une ruelle située entre la route d’Hermance et celle de Thonon. Sur place, son attention est rapidement détournée de sa mission. Quelque chose bouge dans le champ de tournesols qui borde la zone villas. Le sexagénaire pense à un lièvre. «Il y en a beaucoup dans la commune.»

Bête déchaînée

Soudain, l’animal bondit hors des plantations. C’est un chevreuil. L’imposant ruminant ne se trouve plus qu’à une dizaine de mètres du véhicule. Charmé par ce spectacle singulier, José Taboada veut immortaliser l’instant. Il sort de la voiture, prend un premier, puis un deuxième cliché avec son smartphone et s’apprête à repartir quand le cervidé surgit dans son dos et l’assaille. L’animal en furie s’acharne sur lui. «Il se dressait sur ses deux pattes arrière et me chargeait, il ne voulait plus me lâcher, se souvient l’employé. J’ai essayé de l’attraper par les cornes mais ça glissait. J’avais peur qu’il me touche au ventre ou au visage.» La bête déchaînée abandonne d’elle-même sa victime après un intense combat de plusieurs minutes.

Cinq points de suture

Le Collongeois a eu de la chance. Sa solide carrure – 1,70 m pour 80 kg – l’a protégé. Il s’en sort avec une égratignure au coude et cinq points de suture derrière la cuisse, mais ça aurait pu être beaucoup plus grave. Les gardes de l’environnement en sont conscients. Alertés en l’espace de quelques heures de quatre incidents impliquant un chevreuil déchaîné dans la même région, ils ont préféré abattre l’animal pour éviter toute nouvelle attaque.

Alain Rauss, chef des gardes de l’environnement à l’Etat de Genève, se veut toutefois rassurant: «Ce genre d’agression est exceptionnel.» En vingt ans, le spécialiste n’a jamais entendu une histoire pareille. «Le chevreuil est un animal très craintif, il a peur de l’homme», précise-t-il.

Comment expliquer alors le comportement du brocard de Collonge-Bellerive? Des examens ont été réalisés sur le corps de l’animal pour détecter une éventuelle maladie. «Certains ruminants ont des vers dans le museau qui les rendent fous», note Alain Rauss.

Ne pas s’approcher

Dans le cas précis, la bête était saine. Seul son taux d’hormones s’est révélé particulièrement élevé. «En période de rut, les mâles sont plus agressifs, avance le spécialiste. Certains animaux perdent toute crainte de l’homme et considèrent tout ce qui bouge autour d’eux comme une concurrence potentielle.»

Selon Alain Rauss, mieux vaut donc éviter de s’approcher des animaux sauvages. «On ne sait jamais quel comportement ils peuvent avoir, même blessés», précise-t-il. Pour les cervidés, il conseille de rester au minimum à une distance de vingt mètres.

L’avertissement n’est pas inutile car, à Genève, les chevreuils se comptent par centaines. Et selon le spécialiste de l’environnement, leur population est en hausse. Ils vivent essentiellement dans les forêts mais peuvent aussi se satisfaire de petits bois.

Il y a encore deux ans, le Bois de la Bâtie abritait quatre chevreuils. Jugées trop fragiles, les bêtes ont été relogées dans le Jura. «Ce sont des animaux très sensibles aux bruits et aux vibrations, ils paniquent vite», résume Jean-Gabriel Brunet, responsable de l’entretien des espaces verts en Ville de Genève. Il confie toutefois n’avoir jamais observé d’agressivité de leur part.

Collaboration: Sophie Roselli (24 heures)

Créé: 25.08.2016, 08h40

la photo que José Taboada a prise de l’animal juste avant qu’il ne l’attaque.

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