Le décès d'Olivier Guéniat suscite une vague d'émotion

SuisseCeux qui ont côtoyé le chef de la police judiciaire neuchâteloise saluent son professionnalisme et son humanité.

Olivier Guéniat est décédé à l’âge de 50 ans.

Olivier Guéniat est décédé à l’âge de 50 ans. Image: OLIVIER ALLENSPACH -A

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Il était certainement le policier le plus connu des Romands. Un policier un peu atypique. Ce métier, il l’exerçait avec brio. Olivier Guéniat, chef de la police judiciaire neuchâteloise, est décédé à l’âge de 50 ans. Il a été retrouvé mort, lundi en début d’après-midi à son domicile de Fresens (NE). Selon le communiqué de la police cantonale neuchâteloise, tout laisse penser qu’il a mis fin à ses jours. Le ministère public a ouvert une enquête. Sa disparition inattendue a ému toute la Suisse romande. Et en particulier son institution, où «sa personnalité avait laissé une vive admiration et une très large sympathie».

Olivier Guéniat, c’était d’abord une image. Costume sombre, crâne rasé, barbichette et fines lunettes. C’était aussi une voix, sympathique et experte. A la fois malicieuse et posée, que l’on entendait souvent car les médias aimaient l’interviewer. Sur les questions liées à la drogue, notamment, un sujet sur lequel il avait fait sa thèse de doctorat en sciences forensiques à l’Université de Lausanne.

«Il a créé le dialogue et a mis en place des solutions innovantes en matière de drogues»

Il défendait la régulation du cannabis, par pragmatisme et par souci de sécurité. «Il a eu la force et l’intelligence de dépasser les barrières idéologiques. Cela aurait été plus facile de rester là où il était», salue Jean-Félix Savary, directeur du Groupement romand d’études des addictions (GREA). «Il a créé le dialogue et a mis en place des solutions innovantes en matière de drogues. Il a pris un risque en s’exprimant comme il l’a fait au sujet de la prohibition.» Le policier ne craignait pas non plus d’aller à contre-courant lorsqu’il parlait de la jeunesse. Il n’a eu de cesse de rappeler les chiffres, qui montrent que la violence juvénile diminue.

La réflexion et le terrain. Ceux qui l’ont côtoyé évoquent sa passion pour l’enquête et son professionnalisme. André Duvillard, actuel délégué du Réseau national de sécurité, a travaillé quinze ans avec lui au sein de la police neuchâteloise. «L’institution sortait d’une crise, et nous avons rebâti ensemble les fondements. Nous partagions la même approche de la criminologie. Avec son background scientifique, il a su moderniser la police judiciaire. Il m’a beaucoup apporté dans ma carrière.»

Ancien procureur général du Canton de Neuchâtel, Pierre Cornu l’a lui aussi côtoyé. «Il connaissait à fond les métiers de la police et avait un vrai flair pour l’enquête. Il avait aussi le sens des priorités. Et lors d’événements difficiles, il a su rester avec ses troupes.»

La science et l’humain. Il y avait chez Olivier Guéniat une dimension supplémentaire que tous saluent, qui le rendait peut-être un peu différent et médiatisé. «Par rapport à un simple technicien de l’enquête, il avait une vision plus large du monde, de la criminalité, de l’être humain et de ses faiblesses», résume Pierre Cornu.

Les origines de cette passion? Son père, dentiste, aurait voulu devenir policier scientifique, nous racontait-il en avril 2016. La vie en a décidé autrement; mais chez lui, il y avait la Revue internationale de criminologie et de police technique et scientifique. «La revue de presse des braquages dans le monde me passionnait. Ça me faisait voyager et imaginer le monde criminel.»

Fan de Morrison et Lou Reed

Pourtant, Olivier Guéniat avouait en 2007 qu’à l’âge de 16 ans, il n’était «surtout pas attiré par le bras armé de l’Etat». Il a écouté Jim Morrison et Lou Reed, a chanté Bob Dylan dans les rues lausannoises pour payer ses études. Il était encore doctorant lorsque Charles Juillard l’a recruté au sein de la police jurassienne. «C’était un visionnaire. Il croyait aux grands projets. Intellectuellement, il était brillant. Humainement, il était chaleureux», salue le conseiller d’Etat jurassien. Bien plus tard, le Jura fera à nouveau appel à lui pour assurer l’intérim de la police cantonale et réfléchir à un rapprochement avec celle neuchâteloise.

«En investissant sur des dossiers qui dépassent largement les frontières cantonales, il a acquis une renommée dans tout le pays»

Du Jura à Neuchâtel, le natif de Porrentruy est resté fidèle à sa région. Sa notoriété, elle, allait au-delà. «En investissant sur des dossiers qui dépassent largement les frontières cantonales, il a acquis une renommée dans tout le pays, souligne André Duvillard. Il était une figure marquante du métier.» Il a été membre de commissions, comme la Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse ou celle sur les questions liées aux addictions. Sans oublier son blog, ses articles et ses ouvrages.

Sur sa vie privée, Olivier Guéniat restait plus discret. Divorcé, il était pacsé et sans enfants. «Il me parlait parfois de grandes promenades avec son chien», se souvient Pierre Cornu. Il affichait dans son bureau sa passion pour la photographie animalière. «J’avais du plaisir à aller boire un verre avec lui après une opération. Il savait beaucoup de choses et s’intéressait à beaucoup de choses. C’était une personne intéressante, réfléchie et plutôt de bonne humeur. Juste quelqu’un de bien.» (24 heures)

Créé: 15.05.2017, 21h58

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