Face au choc, «les jeunes sont aidés par leur jeune âge»

Tragédie de SierreAussi dure soit la douleur, la vie reprendra le dessus pour la plupart des jeunes survivants de l’accident de car de Sierre, estime le psychologue Philipp Jaffé, professeur à l’Institut universitaire Kurt Bösch à Sion.

Les jeunes survivants viennent de petites communautés et verront toujours ces autres familles qui ont perdu leurs enfants. Ce seront des piqûres de rappel à tout jamais, juge le psychologue Philipp Jaffé.

Les jeunes survivants viennent de petites communautés et verront toujours ces autres familles qui ont perdu leurs enfants. Ce seront des piqûres de rappel à tout jamais, juge le psychologue Philipp Jaffé.

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Psychothérapeute et expert auprès de tribunaux, Phillip Jaffé dirige l’unité Droit de l’enfant de l’institut valaisan.

Qu’implique l’accompagnement des familles après un tel drame?

L’idée, c’est que ces familles ne soient pas seules. Elles sont dans un état d’hébétement, de choc psychologique, de grande douleur pour certaines qui savent déjà que leur enfant est décédé. D’autres ne peuvent pas encore connaître l’étendue des dommages physiques des blessés, car tous les tests ne sont pas encore effectués. Nous sommes en effet à moins de 24 heures de l’événement.

L’idée est donc de les accompagner, d’être présents, de les séparer en petits groupes – quatre, six, huit proches – pour qu’ils ne soient pas seuls et qu’un esprit de solidarité s’instaure.

Il faut être présent en tant que professionnel mais ne pas faire peser l’aspect professionnel. Il faut être là en tant qu’être humain, comme personne-ressource. Ne pas être trop envahissant. Respecter la sphère intime. Il s’agit parfois d’être simplement assis à côté de ces personnes, d’offrir des cafés. Se montrer prévenant.

L’élément d’information est crucial aussi. Ces gens sont en quête d’informations. Et d’espoir. Souvent de faux espoirs. Les accompagnateurs font donc des relais d’informations. Il faut aussi veiller aux dérapages de familles où les gens hurlent, sont mal, s’évanouissent. L’idée est de fournir un cadre qui est soutenant et assiste la fragilité de ces personnes.

Puis, au fur et à mesure, il y a l’idée de leur laisser le champ pour tenter de s’exprimer sur ce qui s’est passé. Mettre en mots. Mais ces personnes sont en déplacement. On ne va pas les réunir dans des salles pour faire de la théorie. L’idée est simplement d’être là pour les aider.

Quelles sont les exigences d’un accompagnement à plus long terme d’enfants ou de jeunes adolescents qui survivent à un tel accident?

Il existe plusieurs écoles. Dans tous les cas, l’idée est d’offrir une aide pour ceux qui le souhaitent ou expriment le besoin d’en faire usage. Certains seront preneurs dès le départ. Pendant des mois, il y aura ensuite des piqûres de rappel très diplomatiques, suggérant la disponibilité de psy.

Selon une école, l’idée est donc de rendre cette possibilité optionnelle. Se montrer trop envahissant, trop vouloir imposer une marche à suivre, un déroulement du débriefing, souvent irrite un certain nombre de personnes, dont des enfants.

Certains enfants récupèrent relativement bien, ou récupèrent mieux simplement en étant entourés de leurs proches. Il faut respecter le rythme et les exigences de chacun.

Une autre école, plus anglo-saxonne, cherche à définir une marche à suivre un peu plus structurée, qui donne aussi des résultats. Elle prévoit des étapes de rencontres, des rendez-vous aux parents ou aux enfants.

Mais au fond, il faut adapter à chaque personne une prise en charge sur mesure, dans le moyen et le long terme. Ce qui est important ici, c’est qu’il s’agit d’enfants de dix-douze ans.

Il faut bien comprendre que le psy peut être important pour certain, mais qu’être rassuré par ses parents est bien plus important, surtout pendant les premières phases. La première priorité est de faire arriver les parents. Il est biologiquement inscrit dans le travail des parents de rassurer leurs enfants.

Pour certains de ces enfants, il y aura à moyen ou long terme des sentiments de culpabilité. Pourquoi est-ce que moi j’ai survécu et pas mes camarades?

Justement, comment ressort-on d’un tel trauma lorsqu’on a dix ou douze ans?

En règle générale, la vie reprend. Les jeunes sont un peu protégés par leur jeune âge. Ce n’est certainement pas un événement insignifiant. Un certain nombre d’entre eux auront des cauchemars, pendant un long moment. Ils vivront des angoisses, des symptômes psychologiques peut-être même importants. Mais la vie reprend.

D’une certaine manière, les victimes enfants d’un événement unique comme celui-là s’en sortent relativement pas mal. Simplement parce qu’ils reprennent le cours de la vie. On les encadre, on les aide, ils retombent dans les activités de l’enfance, vont à l’école, etc.

Un enfant traumatisé à vie, qui ne pourra plus jamais retourner à l’école et devenir un citoyen heureux, sera donc plutôt l’exception. Mais ils auront des séquelles, c’est sûr. Ce n’est pas un événement anodin dans leur vie. Et comme ils viennent de petites communautés, ils verront toujours ces autres familles qui ont perdu leurs enfants. Ce seront des piqûres de rappel à tout jamais.

C’est douloureux. Mais il faut bien comprendre que des tragédies, on en connaît depuis toujours. Et qu’heureusement, l’esprit humain est ainsi fait qu’on est résilients et que la plupart des personnes, si on leur offre un minimum d’encadrement et de soutien, peuvent reprendre le fil de la vie et redevenir des citoyens heureux. A fortiori quand on est un enfant.

Créé: 14.03.2012, 19h56

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