Le mari étrangleur aurait tué par passion

GenèveIl s’agit d’un crime d’instinct et non d’un assassinat, soutient Me Hayat. Le verdict sera rendu ce  jeudi en fin de journée.

Au premier plan, le mari, puis l’interprète et un homme accusé d’avoir aidé au transport de la victime. Derrière, une des sœurs de la défunte. Image: Patrick Tondeux

Au premier plan, le mari, puis l’interprète et un homme accusé d’avoir aidé au transport de la victime. Derrière, une des sœurs de la défunte. Image: Patrick Tondeux

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A l’addition des plaidoiries de mercredi: cinq longues heures de prises de parole contradictoires pour un seul homme, jugé depuis lundi devant le Tribunal criminel pour avoir, en juillet 2012, étranglé sa femme au domicile familial, avant de jeter son cadavre dans le Rhône.

Dans les faits examinés, tout oppose les plaideurs du jour. Cet homme qui sanglote, veuf inconsolable par sa propre faute, privé de ses enfants depuis plus de deux ans, n’est qu’un «être froid, calculateur, qui ment à un rythme respiratoire», aux yeux de la partie plaignante. Me Robert Assaël ne croit pas un seul instant à «un acte impulsif». La préméditation a sa chronologie, elle fait son lit dans un contexte de violences conjugales aggravées.

L'angoisse face à la séparation
«En février 2012, quand la police intervient en urgence pour mettre en sécurité cette femme battue et menacée de mort, sur l’appel d’une voisine, c’est l’annonce de l’homicide à venir», poursuit l’avocat d’une voix forte qui accuse. Il tient son os et ne le lâche plus, davantage que l’autorité saisie qui, à l’époque, n’est visiblement pas parvenue à faire respecter les mesures protectrices prises. L’éloignement administratif fixé à 300 mètres: le prévenu s’en moque. Matin et soir, les bornes activées sont celles du domicile.

Cela figure au dossier; cela est rappelé par Me Yaël Hayat. Un détail qui accable son client? Non, qui atteste de son angoisse face à la séparation, qui souligne son immaturité affective, son impossibilité à envisager l’éloignement de l’autre comme une chose bien réelle. «C’est un homme qui aime trop, qui aime mal, mais qui aime», résume l’avocate de la défense avec une conviction qui la pousse à se risquer sur le territoire intime de la mort une fois advenue.

«Il prend sa femme dans les bras et la porte ainsi jusqu’à la berge.»

Le meurtrier aurait pu s’épargner un effort inutile et traîner le cadavre de sa compagne jusqu’au fleuve. «C’est le contraire qu’il choisit de faire, poursuit Me Hayat. Il prend sa femme dans les bras et la porte ainsi jusqu’à la berge.» Ce geste, tellement fusionnel, il ne pourra pas le répéter, par pudeur, avec l’inspectrice qui lui sert de plastron lors de la reconstitution.

Fusionnel rime avec passionnel. C’est ce crime-là que l’on juge et doit condamner, de l’avis de la défense qui demande une peine privative de liberté de 5 ans, contre les 18 ans du Ministère public, convaincu comme la partie plaignante qu’il s’agit d’un assassinat.

Deux sanctions, deux visions d’un même homicide. Quant au supposé comparse qui aurait aidé à transporter le cadavre, la réplique de la défense est encore plus claire. Me Simon Ntah a plaidé pendant une heure l’acquittement. Avec une batterie d’arguments solidement étayés. (24 heures)

Créé: 21.01.2015, 21h39

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