«Il s’est construit sur des failles et des gouffres»

Procès de Fabrice A.On ne peut pas enfermer Fabrice A. pour toujours dans sa monstruosité, dit la défense. Elle rejette la prison et l’internement à vie.

Procès de Fabrice A.: Mes Simon Ntah, Yann Arnold et Léonardo Castro

Procès de Fabrice A.: Mes Simon Ntah, Yann Arnold et Léonardo Castro Image: Patrick Tondeux

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C’est la fin des débats. Fabrice A. se lève pour prononcer ses derniers mots avant le verdict, qui sera rendu mercredi. S’il a renoncé à demander pardon à la famille d’Adeline, explique-t-il au Tribunal criminel, c’est parce que cela lui semblait «vertigineusement dérisoire» par rapport à la «peine» causée.

Il a également indiqué, hier, qu’il avait scrupuleusement écouté les experts psychiatres. «Ils ont expliqué que je devais passer par un état d’effondrement pour accéder à une thérapie efficace. Mon intention est la suivante: je veux atteindre cet état d’effondrement avec l’aide de mon psychiatre.»

Une mère froide

Auparavant, son avocat, Me Yann Arnold, s’était opposé à la prison et à l’internement à vie réclamés, jeudi, par le procureur général. A ses yeux, «on n’a pas le droit de dire que Fabrice A. restera toujours enfermé dans sa monstruosité». Il demande aux juges de garder une «distance» et une «indépendance» par rapport aux pressions politiques et populaires. «Bien juger, c’est bien comprendre», répète-t-il, tout en retraçant l’enfance chahutée de son client.

Une mère qui ne savait pas le prendre dans ses bras ni le consoler, qui le privait de nourriture et qui l’humiliait. Un père alcoolique qui lui décrivait en termes scabreux ses aventures sexuelles ou qui le battait à coups de ceinturon. Une tentative de suicide à l’âge de dix ans. «Fabrice A. n’a pas eu d’autre choix que de construire sa personnalité sur des failles et des gouffres», souligne son conseil. Alors qu’il a paru impassible durant tout le procès, le prévenu semble ici se recroqueviller.

«A la Pâquerette, on savait qu’il allait acheter un couteau; le site de Victorinox a été consulté avec un sociothérapeute. Où est la ruse?» Me Yann Arnold, avocat

La défense considère «qu’il n’y a pas eu de préméditation méticuleuse du meurtre d’Adeline». Il n’était pas le grand manipulateur qu’on tente de dépeindre. Tout le monde à la Pâquerette savait qu’il allait acheter un couteau pour le centre équestre; le site du magasin Victorinox a été consulté avec un sociothérapeute. «Où est la ruse?» demande Me Arnold. «Aucun protocole n’était prévu entre la Pâquerette et le manège Anima pour donner l’alerte en cas de retard, mais Fabrice A. l’ignorait.» Si l’avocat admet que son client est «le seul auteur des faits», il souligne tout de même que «les conditions particulières à la Pâquerette ont permis à ses fantasmes de se développer. Et le manque de limites dans cet établissement a favorisé la mise en action de ces fantasmes.»

«Ne le privez pas d’espoir»

Il assure que le prévenu avait envisagé de neutraliser Adeline sans la tuer (un post-it dans ce sens a été retrouvé dans sa cellule). Tout a basculé au cours de leur sortie, ce 12 septembre 2013, lorsque la sociothérapeute a sorti son portable. «Il panique et le processus qui l’amènera à cet acte atroce se déclenche.» S’agit-il d’un assassinat? L’avocat laisse le soin au tribunal de trancher. Mais compte tenu de la responsabilité pénale légèrement restreinte du prévenu retenue par les experts suisses, il s’oppose à la perpétuité.

Quant à la mesure, il considère qu’un internement à vie est inutile car «un internement ordinaire protège suffisamment la société. Fabrice A. n’est pas près de sortir.» Et de préciser: «Un pédophile condamné en 2000 est toujours sous mesure d’internement, un violeur condamné en 1986 également.» Me Arnold admet que «le tableau est noir», mais il y a «des petites taches de clarté», et il s’adresse aux juges: «Ne le privez pas de tout espoir.»

Verdict mercredi. (24 heures)

Créé: 19.05.2017, 20h21

Nouvelles aberrations au sujet de la Pâquerette

Lorsque le compagnon d’Adeline fait remarquer à la directrice de la Pâquerette que Fabrice A. dispose d’un accès trop facile à Internet et regarde avec trop d’insistance les sites montrant des couteaux, elle lui répondra: «On fait toute une histoire d’Internet, mais je n’ai jamais vu un couteau sortir de l’écran!» L’anecdote est rapportée par Me Simon Ntah, avocat de la famille d’Adeline, au cours sa plaidoirie, hier, devant le Tribunal criminel. Il en a d’autres, tout aussi surréalistes et a posteriori effrayantes. Comme celle de cette jeune stagiaire que Fabrice A. harcelait. Elle s’en était ouverte à la directrice en disant que cet homme-là n’avait pas sa place à la Pâquerette. Réponse: «Si vous dites qu’il n’a pas sa place à la Pâquerette, c’est que vous n’y avez pas votre place…» La jeune stagiaire est Polonaise. Fabrice A. l’accapare. Il veut qu’elle l’aide à retrouver son ex polonaise qui l’obsède depuis des années. Le compagnon d’Adeline trouve cette obsession et ses recherches compulsives sur cette femme bizarres. Il consulte le dossier, s’inquiète, et avertit la directrice. On lui répond qu’il ne faut pas accorder trop d’importance à ce qui est écrit dans les dossiers. «Je n’ai aucun doute sur le fait que l’institution a fauté, plaide Me Ntah. Mais ce n’est pas le couteau qui tue, c’est l’assassin qui le tient.» Il souligne que Fabrice A. n’est pas un détenu comme les autres. Les autres, dont il est parfois l’avocat, se réjouissent comme d’une fête de leur première sortie après des années derrière les barreaux. Mais lui, il n’a qu’une chose en tête: massacrer son ex polonaise sur la photo de laquelle il a écrit «Tout vient à point à qui sait attendre». Pour l’avocat, «cela faisait quinze ans qu’il rêvait d’égorger». C’est la malheureuse Adeline qui en a fait les frais. Et d’avertir les juges: «Fabrice A. n’a pas changé après son premier viol, il n’a pas changé après son deuxième viol, il n’a pas changé après l’assassinat d’Adeline. Il ne changera pas.» C.F.

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