«Il faut arrêter de prendre les locataires pour des idiots!»

Marché du logementLa bataille est lancée autour de l’initiative «Pour davantage de logements abordables». Interview de Carlo Sommaruga (PS/GE).

Carlo Sommaruga, président de l'Asloca.

Carlo Sommaruga, président de l'Asloca. Image: Keystone

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Le comité d'initiative pour «Davantage de logements abordables» a lancé mardi sa campagne. Le président de l'Association suisse des locataires (Asloca) et conseiller aux États Carlo Sommaruga (PS/GE) défend le texte.

Une étude dit ce mardi que les loyers ont baissé l’an dernier. Votre initiative sert-elle encore à quelque chose?
Cette baisse des loyers est une légende. Il suffit d'aller voir les chiffres officiels de la Confédération. L'Office fédéral de la statistique dit que l'indice suisse des loyers augmente année après année. On parle d’une hausse de 20% depuis 2005. Les loyers courants restent élevés et les nouvelles locations restent très chères. Je vous donne un exemple. Lorsqu'un locataire quitte un appartement qu'il payait 1000 francs par mois, si ce dernier est reloué à 1800 francs contre 1850 francs l'année précédente, cela reste une augmentation. Il faut arrêter de prendre les locataires pour des idiots!

En quoi la situation est-elle grave?
Aujourd’hui, des ménages paient jusqu'à 40% de leurs ressources pour leur loyer. C'est plus que pour les primes maladie et un poids énorme sur leur budget. Il faut se rendre compte que dans un logement d'utilité publique, sur un an, le locataire paie deux à trois mois de loyer en moins que s’il s’agit d'un logement du marché libre. Ça signifie davantage de ressources pour les ménages. Une économie qui permet de faire face à d’autres dépenses ou qui pourrait être mise de côté pour leurs vieux jours.

Ce discours passe peut-être dans l’arc lémanique, mais est-il crédible dans les régions périphériques où les prix restent abordables?
Il y a besoin partout de logements qui échappent aux spéculateurs. Même là où il y a 10 à 12% de logements vacants, comme à Sion ou à Sierre, les prix ne baissent pas. Ceux qui investissent dans des logements dans des zones où il n’y a pas de véritable demande refusent de baisser les loyers réels. C’est une attitude spéculative. On constate donc que même à l'extérieur des grandes villes, il manque des logements d'utilité publique.

Est-ce vraiment à l’État de contrôler l’offre?
On ne demande pas un contrôle de l’offre. On demande simplement que Confédération, Cantons et Communes travaillent ensemble pour définir une stratégie permettant que 10% des logements nouvellement créés soient des logements d’utilité publique, c’est-à-dire des logements abordables. Il faut donc que ces pouvoirs publics mettent à disposition des terrains aux acteurs, comme les coopératives, qui fondent les loyers sur les coûts et ne recherchent pas le profit ou un surprofit, comme les spéculateurs. Nos exigences sont modestes. Avec 10% de nouveaux logements en logements d’utilité publique, il reste 90% de logements que peuvent se partager les autres acteurs économiques comme les caisses de pensions, etc. Ça n'a donc rien à voir avec une étatisation dont parlent nos adversaires.

En cas de rejet de l’initiative, le parlement promet 250 millions pour le fonds de roulement pour des prêts aux coopératives. Insuffisant?
Oui clairement. On parle d'un montant sur 10 ans, soit 25 millions par an, et donc moins d'un million par an par canton. Ce n’est pas avec ça que vous allez augmenter sensiblement le parc immobilier des logements à loyer abordable. Il faut bien davantage de moyens pour répondre aux besoins des classes moyennes et populaires qui n'arrivent pas à se loger correctement. Idéalement, il faudrait le but et les instruments de l’initiative avec un volume de prêts plus important à travers le fonds de roulement. C’est un investissement gagnant pour tous puisque les prêts ont toujours été remboursés, des intérêts ont été payé et il y a davantage de logements abordables.

Créé: 07.01.2020, 15h15

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