«Il faut dire stop à l’Union européenne»

Président suisse de l'UDCAlbert Rösti critique la faiblesse du Conseil fédéral qui «lâche tout» et lance une initiative pour abolir la libre circulation des personnes.

Albert Rösti reste convaincu que, même si la Suisse resserre ses frontières, «l’UE ne va pas actionner la clause guillotine».

Albert Rösti reste convaincu que, même si la Suisse resserre ses frontières, «l’UE ne va pas actionner la clause guillotine». Image: Florian Cella

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En 2018, l’UDC n’aura pratiquement que deux mots à la bouche: Union européenne. Elle lancera dans quelques jours une initiative populaire pour remettre en cause la Libre circulation des personnes (LCP) avec l’UE. Si celle-ci n’accepte pas une renégociation, l’accord sera dénoncé. Quelle vision développe l’UDC par rapport à l’UE? Nous sommes allés le demander au président du parti suisse, Albert Rösti. Il nous a reçus lundi dans son bureau spartiate à Uetendorf, dans la campagne bernoise. Les murs sont en béton apparent, style abri PCi. La décoration? Une peinture moderne de vaches et des photos de sa femme.

Vous lancez à la mi-janvier une initiative qui remet en cause la libre circulation des personnes. Pourquoi?
L’immigration nette de 80'000 personnes par année n’est pas supportable.

Ce n’est plus 80'000 mais plutôt 60'000…
Certes. Mais il n’en reste pas moins que, de 2006 à aujourd’hui, l’immigration nette se monte à plus de 800'000 personnes en Suisse, soit la population du canton de Vaud. Si on veut que la Suisse reste la Suisse, ce n’est pas supportable. Nous ne voulons pas compter 10 millions d’habitants. L’immigration est nécessaire mais nous voulons la gérer. Et faire venir uniquement la main-d’œuvre dont nous avons besoin. Or aujourd’hui, ce n’est pas le cas. Les étrangers encaissent davantage de la caisse de chômage qu’ils ne cotisent. Et puis le PIB par habitant n’a pas augmenté depuis 2006. Il n’y a pas de croissance car les gains en plus sont mangés par les dépenses d’infrastructures comme les hôpitaux ou les écoles. Ce n’est pas un développement durable.

C’est une déclaration de guerre. Sans libre circulation des personnes, l’UE ne donnera plus un accès facilité à son marché intérieur.
L’UE fait pression, c’est normal. Elle voit que le Conseil fédéral et la plupart des partis ne résistent pas. On l’a vu avec la non-application de notre initiative «Contre l’immigration de masse».

À vous écouter, tout paraît facile. Or l’UE a déjà durci le ton. Doris Leuthard a tapé du poing sur la table mais cela ne débouche sur rien.
Oui, la stratégie du Conseil fédéral de traiter l’UE comme un ami a échoué. Regardez ce qui a été fait. Pour faire plaisir à l’UE, notre initiative sur l’immigration n’a pas été appliquée. Puis on a promis de verser 1,3 milliard pour la cohésion aux pays de l’Est sans contrepartie. Le gouvernement s’est conduit comme un parent avec un enfant gâté qui réclame du chocolat. Il a tout donné en croyant que cela allait le calmer. Il faut changer la façon de négocier! Croyez-vous que l’Allemagne, dix fois plus peuplée que la Suisse, accepterait chaque année une immigration de 800'000 personnes par an? Ce serait la révolution. Et nous sommes le 3e partenaire commercial de l’UE.

Ces arguments ont déjà été avancés par le Conseil fédéral et Doris Leuthard…
Non. Leuthard a souri et donné gratuitement 1,3 milliard à Juncker. C’est un scandale, ce qui s’est passé. On ne respecte pas la volonté populaire. Il faut dire stop à l’UE et ne pas tout lâcher.

Sans les facilités au marché intérieur, les entreprises suisses vendront moins dans l’UE et donc la Suisse sera moins prospère. Est-ce le prix à payer pour une plus grande souveraineté du pays?
L’inverse est vrai. Nous payons un prix exorbitant pour la LCP. Le Conseil fédéral nous avait promis que cette immigration nette serait de 8000 personnes par an. C’est près de dix fois plus. Il en résulte une pression sur les salaires et une grande difficulté pour les plus de 50 ans de retrouver un emploi car considérés trop chers. Et l’UE ne va pas actionner la clause guillotine et dénoncer les 6 contrats bilatéraux liés à la LCP.

Pourquoi donc?
Parce que la majorité de ces accords bilatéraux I sont en sa faveur. Prenons l’accord aérien. L’UE ne va pas punir la Suisse alors que Swiss est une vache à lait financière pour Lufthansa! L’accord sur les marchés publics a empêché l’entreprise helvétique Stadler Rail de remporter une grosse soumission en Suisse. J’imagine à cause de ses salaires élevés. Ou l’accord sur l’agriculture. La croissance des importations de fromages en Suisse depuis l’entrée en vigueur de l’accord est plus importante que la croissance des exportations de la Suisse dans l’UE. Aucune étude économique ne montre d’ailleurs que, sans les Bilatérales I, nous aurions une diminution significative du PIB. Et c’est logique car nous avons près de 200 accords bilatéraux.

Et l’élimination des obstacles techniques au commerce?
Oui, là cela complique les choses, et c’est certainement le prix à payer d’une dénonciation de l’accord. Cela dit, nous avons quand même une protection de l’OMC via des recours. Et nos entreprises peuvent aussi ouvrir des filiales à l’étranger pour contourner l’obstacle. Point positif en revanche: nous simplifions la vie des entreprises ici avec la suppression des mesures d’accompagnement qui génèrent une grande bureaucratie.

Quelle est votre vision des échanges avec l’UE si les Bilatérales I tombent?
Le contrat le plus important que nous ayons avec l’UE, c’est l’accord de libre-échange de 1972. Ce dernier n’est remis en cause par personne. Nous ajoutons à cela tous les accords bilatéraux qui ne sont pas contestés. Nous sommes prêts aussi à négocier un accord sur l’électricité. Mais il n’y a pas que l’UE et son important marché. La part des échanges avec la Chine et les USA n’a cessé d’augmenter ces dernières années.

Vous avez fait élire Ignazio Cassis au Conseil fédéral. Qu’attendez-vous de lui?
Il a bien commencé en défendant une ligne plus bourgeoise. Notamment sur la défense militaire. Et puis sa réaction à Paris sur l’équivalence boursière refusée était claire et tranchée. Il a répété que la reprise automatique du droit européen et les juges étrangers étaient inacceptables pour lui. Nous verrons s’il tient parole. Nous avons remarqué que la présidente du PLR Petra Gössi a déjà changé de discours. Elle avait milité pour la fin de la clause guillotine sur les Bilatérales. Or aujourd’hui, elle dit avoir été mal comprise. La Suisse doit se préparer à défendre fermement sa souveraineté. Comme nous l’avons fait plusieurs fois par le passé quand la gauche voulait nous faire rejoindre le système communiste des Soviets dans les années 1968, ou en 1992 quand le peuple a rejeté l’admission à l’Espace économique européen.

Vous faites vraiment un parallèle entre l’Empire soviétique et l’UE?
Non. Ce sont certains pays de l’Est qui le disent: «Avant on recevait des ordres de Moscou. Maintenant ils viennent de Bruxelles.» L’UE, qui était au départ un bon projet, devient de plus en plus centralisateur et peu respectueux des nations. (24 heures)

Créé: 09.01.2018, 06h51

Rösti embarrassé par l’affaire Amaudruz

Quand il s’agit de critiquer l’UE ou le Conseil fédéral, le président de l’UDC Albert Rösti a la langue bien pendue. Quand en revanche on examine le récent linge sale du parti, le sympathique Bernois devient muet comme une carpe.

Un exemple? L’affaire Céline Amaudruz, vice-présidente suisse de l’UDC. On se souvient que, suite aux accusations de harcèlement à l’encontre de Yannick Buttet, la Genevoise était sortie du bois. Sans donner de noms, elle avait témoigné que plusieurs parlementaires avaient eu des gestes complètement déplacés à son encontre.

Encensée par la gauche pour son courage, Amaudruz avait subi les foudres d’une partie de son groupe parlementaire. Le conseiller national Roger Köppel l’accusait carrément de l’avoir bien cherché vu son habillement. «Je ne l’ai jamais vue sans robe courte ou sans haut moulant», a-t-il déclaré.

Alors Albert Rösti est-il choqué que sa vice-présidente soit plus ou moins traitée d’allumeuse? «Je soutiens Céline Amaudruz et je l’ai toujours soutenue. Mais je ne tiens pas à commenter cette histoire de harcèlement sexuel car assez de gens l’ont fait.» On ne tirera pas un mot de plus du président, même en lui reprochant un manque de courage dans cette affaire.

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