Faut-il autoriser les enfants à rouler avec leur vélo sur le trottoir?

MobilitéLe Conseil fédéral veut permettre aux cyclistes jusqu’à 10 ou 12 ans de circuler sur les voies réservées aux piétons. Le thème est sensible. Débat.

Le conseil fédéral veut permettre aux enfants jusqu'à 12 ans de rouler sur les trottoirs. La mesure est controversée.

Le conseil fédéral veut permettre aux enfants jusqu'à 12 ans de rouler sur les trottoirs. La mesure est controversée. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Une nouvelle catégorie d’usagers va faire son apparition sur les trottoirs suisses: les jeunes cyclistes. Actuellement, seuls les vélos de jeu et ceux sans pédales peuvent circuler sur les voies réservées aux piétons. Le Département des transports dirigé par Simonetta Sommaruga planche sur un élargissement de cette règle qui permettra aux enfants de rouler sur le trottoir avec une «vraie» bicyclette.

Malgré de fortes oppositions – celles entre autres communiquées par la Fédération suisse des aveugles et malvoyants, la FSA, dont le secrétariat romand est à Lausanne –, il veut donner cette possibilité à toute personne âgée au plus de 10 ans, voire de 12 ans, comme le prévoit son projet initial.

«Fluidifier la circulation»

Fin 2018, le gouvernement a mis en consultation une modification de l’Ordonnance sur les règles de la circulation routière destinée à «fluidifier la circulation et à améliorer la sécurité routière». Cette consultation s’est terminée en janvier 2019.

Dans le paquet de mesures proposé, cette disposition s’est attirée une salve de critiques: «Les enfants jusqu’à l’âge de 12 ans peuvent circuler à vélo sur les chemins pour piétons et les trottoirs. […] Ils doivent notamment avoir égard aux piétons et leur laisser la priorité.»

Dans son rapport, le Conseil fédéral justifie l’article par la volonté de promouvoir les bicyclettes «auprès des enfants manquant d’assurance». Les «conséquences des accidents impliquant des enfants à vélo et des véhicules motorisés sont plus graves que celles des accidents impliquant des enfants à vélo et des piétons», détaille-t-il sur la base de statistiques concordantes. Il précise par ailleurs que les pistes cyclables doivent être utilisées quand elles existent.

Quelle limite d’âge?

Si l’association faîtière de défense des cyclistes, Pro Velo, soutient la proposition, le Bureau de prévention des accidents ou l’association Mobilité piétonne, entre autres acteurs de ce débat sensible, la rejettent. Ils plaident pour une limite d’âge de 8 ans au plus. Le Conseil fédéral semble avoir écarté cette option, mais il pourrait revoir un peu à la baisse son plan initial.

Selon toute vraisemblance, le seuil sera fixé soit à 10 ans, soit à 12 ans. D’après le quotidien alémanique «Tages-Anzeiger», l’Office fédéral des routes serait largement favorable à une limite à 12 ans. Ce dernier ne souhaite pas commenter cette perspective et se borne à indiquer que la nouvelle mesure entrera en vigueur cette année.


«Cette solution est un mal nécessaire»

Rolin Wavre, Vice-président de Pro Velo Suisse et député au Grand Conseil de Genève (PLR) est pour.

«L’usage du vélo dans le trafic urbain pose un vrai problème de sécurité pour les jeunes. Tout cycliste le sait, il doit se battre pour avoir une place sur la chaussée. Nous n’avons pas, ici, de réseau continu comme au Danemark ou aux Pays-Bas. La conduite peut dès lors se révéler acrobatique.

Si c’est gérable pour un adulte, cela peut avoir des conséquences dramatiques de lancer un enfant dans le trafic routier quand il n’existe pas de piste cyclable.

La stagnation – voire la baisse – du nombre de jeunes cyclistes que nous constatons est à notre avis une conséquence directe de ces préoccupations sécuritaires. Permettre aux enfants jusqu’à 12 ans, voire 10 ans, de monter avec leur deux-roues sur le trottoir est une solution que nous soutenons clairement lorsqu’il n’existe pas de piste cyclable.

Le Conseil fédéral envoie un double signal. Il faut favoriser la pratique du vélo chez les plus jeunes et le réseau actuel est terriblement insuffisant pour garantir leur sécurité.

Faire du trottoir une zone à partager entre deux catégories d’utilisateurs n’est cependant jamais une réponse idéale. C’est plutôt un mal nécessaire qui ne doit pas remplacer la nécessité de créer un réseau de pistes continues.

Rapatrier des jeunes sur le trottoir entraînera des conflits, c’est vrai. Pour garantir la sécurité des piétons, nous les appellerons à se comporter comme des invités sur le trottoir. Il sera difficile d’éviter toute incivilité, mais ce n’est pas une raison suffisante pour obliger un très jeune enfant à rouler à côté d’un camion ou de grosses voitures.»


«Le sentiment d'insécurité augmentera»

Ursula Schneider Schüttel, Comité de Mobilité piétonne et conseillère nationale (PS/FR) est contre.

«Une telle mesure serait incompréhensible, elle ne prendrait même pas en considération les inquiétudes du Bureau de prévention des accidents. À 12 ou 10 ans, on peut déjà rouler passablement vite sur des deux-roues imposants. Cela aura pour conséquence de rendre les trottoirs dangereux.

Non seulement il y aura moins de place pour les piétons, mais en plus les risques d’accidents augmenteront. Que les piétons aient la priorité ne changera rien au sentiment d’insécurité qui en découlera, en particulier pour les personnes âgées ou à mobilité réduite qui auront moins d’aisance pour réagir en cas de confrontation avec un vélo.

Permettre aux enfants de rouler sur le trottoir n’offre d’ailleurs qu’une apparence de sécurité. Les risques de collisions restent élevés. Il faut penser aux sorties de garages et de parkings, notamment. C’est d’autant plus problématique en Suisse, où les trottoirs sont généralement étroits. La mesure rendra aussi floues les règles sur qui peut emprunter le trottoir. À force de voir des jeunes y circuler, il pourrait y avoir un effet d’entraînement: si on peut à 12 ans, on peut à 14 ans, se diront des cyclistes, et ainsi de suite, jusqu’à donner l’impression que le trottoir est ouvert à tous. Il ne faut pas ouvrir cette boîte de Pandore.

Je comprends le besoin de sécurité pour les enfants mais nous avons à faire ici à une réponse simpliste et sans vision. La solution, c’est de faire plus de pistes cyclables et de serrer la vis aux automobilistes, pas de péjorer la situation des piétons.»

Créé: 19.01.2020, 17h06

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.