Attaqué, Rime lutte pour sauver sa tête à l’USAM

PMELa faîtière osera-t-elle modifier ses statuts pour garder l’UDC romand à sa présidence? Au sein des membres, la manœuvre dérange.

Jean-François Rime a fêté cette année ses 69 ans. La ligne partisane musclée de l’élu UDC heurte dans le milieu des PME.

Jean-François Rime a fêté cette année ses 69 ans. La ligne partisane musclée de l’élu UDC heurte dans le milieu des PME. Image: ALESSANDRO DELLA VALLE/KEYSTONE

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Candidat à sa propre réélection au Conseil national, Jean-François Rime n’a aucun souci à se faire pour le scrutin de ce dimanche. En fait, l’avenir politique du Fribourgeois se jouera davantage mercredi prochain. S’il veut décrocher un nouveau mandat à la tête de l’Union suisse des arts et métiers (USAM), l’élu UDC devra convaincre tant le comité directeur de la faîtière que son parlement de changer les statuts de l’association. Le dernier mot revenant de toute façon au Congrès suisse des arts et métiers, prévu en avril 2020.

Révélé par la «NZZ» jeudi, ce coup de force fait grincer des dents à l’USAM. Il faut dire que le statut en question a été adopté en mai de l’an dernier. Il interdit notamment aux membres du comité directeur de se représenter pour un nouveau mandat, une fois l’âge de 68 ans atteint. Si cela est la règle dans d’autres organisations, l’attaque visait directement Jean-François Rime, qui a fêté cette année ses 69 ans, et dont la ligne partisane musclée heurte dans le milieu des PME.

Mais le vieux briscard défend sa légitimité à rester. «Je suis le premier francophone à ce poste. Si je dois quitter la présidence, il n’y aura plus de Romands durant de très nombreuses années», explique Jean-François Rime. Il précise toutefois que ce n’est pas lui qui est à l’origine de la demande de modification des statuts. Et le Fribourgeois de nous rappeler qu’il a l’avantage de parler les deux principales langues nationales, de siéger sous la Coupole et de ne pas être de la même couleur politique que le directeur de l’USAM, le PLR Hans-Ulrich Bigler. En plus, pour lui, cette limite d’âge n’a pas lieu d’être. «Je suis toujours actif professionnellement et gère trois entreprises qui génèrent plus de 45 millions de chiffre d’affaires par année. Mais nous verrons bien ce que les organes de l’USAM décideront mercredi.» Membre du comité directeur de la faîtière, Casimir Platzer n’était pas présent lors de la dernière séance, mais s’interroge sur la manœuvre. «Vouloir changer un statut deux ans après qu’il a été adopté, au niveau démocratique, c’est un peu spécial. Mais mes collègues doivent avoir de bons arguments pour le proposer.»

Politicien très profilé

Ce bras de fer illustre les luttes internes qui se jouent au sein de l’USAM. On reproche à Jean-François Rime de faire de l’association un instrument politique de l’UDC. «On se demande toujours s’il sert son parti ou les PME», glisse un membre de l’USAM qui requiert l’anonymat. Une anecdote a fait hérisser le poil des détracteurs de Jean-François Rime. Le Fribourgeois est allé sur le plateau d’«Infrarouge», sur la RTS, pour combattre la directive sur les armes, alors que l’USAM appelait officiellement à soutenir le texte par crainte de perdre les Accords de Schengen, qu’elle jugeait essentiel pour l’économie. À ses débuts à la tête de l’USAM, Jean-François Rime a aussi crispé les alliés historiques de la faîtière, l’Union patronale suisse (UPS) et EconomieSuisse, en prenant ses distances sur plusieurs dossiers. Aujourd’hui, la guéguerre est terminée, assure-t-on du côté d’EconomieSuisse. La collaboration se passerait bien. Reste le hic de l’étiquette politique: «Jean-François Rime est un politicien très profilé. Et nommer de telles personnalités, c’est prendre le risque qu’il y ait des conflits entre le président et l’organisation», réagit Fabio Regazzi (PDC/TI), membre du comité directeur de l’UPS et qui siège aussi au parlement de l’USAM. En plus de la directive sur les armes, il cite les discussions sur la libre circulation des personnes, sur la SSR ou sur la stratégie énergétique.

Bernard Rüeger, membre du comité directeur d’EconomieSuisse, va plus loin. «Comme entrepreneur, je suis choqué qu’on fasse de la politique politicienne à la tête d’une organisation économique. Quand j’inscris mon entreprise dans une association économique, c’est parce que je souhaite défendre les conditions-cadres pour développer l’économie dans ce pays, pas pour que les cotisations servent un quelconque projet politique.» Pour lui, c’est clair, le président de l’USAM ne devrait pas être un élu du parlement. «Et je ne dis pas ça parce que Jean-François Rime est UDC. Ça devrait être le cas indépendamment du parti. Il faut séparer les pouvoirs.»

Sur le fond, Bernard Rüeger ne comprend pas non plus pourquoi Jean-François Rime veut rester président. «Il faut du sang neuf, et intégrer les nouvelles générations d’entrepreneur. Et je ne crois pas à l’idée qu’il n’y aurait pas de relève en Suisse romande. Des jeunes chefs d’entreprise qui parlent les langues nationales, je vous en trouve des dizaines, à condition qu’on ne les oblige pas à être des élus à Berne.»

Congrès crucial en 2020

Alors que la polémique ne désenfle pas, certains appellent à la retenue. «Ni le comité directeur ni le parlement de l’USAM n’ont encore tranché cette question des statuts, rappelle Bernhard Salzmann, vice-directeur de la Société suisse des entrepreneurs. Il ne faut pas y voir un débat émotionnel autour d’une candidature, mais une réflexion sur comment l’USAM peut représenter au mieux les intérêts des PME.» Sur la même longueur d’onde, Olivier Feller (PLR/VD), directeur de la Chambre vaudoise immobilière, pense que la question de la durée des mandats et de l’âge du président vaut la peine d’être débattue, notamment à l’heure ou l’on parle d’une flexibilisation de l’âge de la retraite jusqu’à 70 ans. L’âge de Jean-François Rime lors du congrès crucial de l’an prochain.

Créé: 17.10.2019, 19h05

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