Johanna Gapany s'impose en étoile montante du PLR

Elections fédéralesFaisant mentir tous les pronostics, la Bulloise devient à 31 ans la plus jeune sénatrice du pays. Portrait d’une surdouée politique.

Johanna Gapany a fait sensation en devenant dimanche, à 31 ans, la première sénatrice de l'histoire de Fribourg.

Johanna Gapany a fait sensation en devenant dimanche, à 31 ans, la première sénatrice de l'histoire de Fribourg. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Au bout du fil, l’émotion est palpable. «Cette fille est géniale, lâche Doris Fiala, présidente des femmes PLR. Je l’ai vue s’engager à fond. Elle provoque un tremblement de terre. C’est exactement le genre de femmes compétentes qu’il nous faut à Berne.» La jeune femme en question, c’est Johanna Gapany, 31 ans, qui vient d’écrire l’histoire dans son canton. La PLR est devenue dimanche la première sénatrice fribourgeoise. Et celle qui prive les démocrates-chrétiens d’un fauteuil qu’ils détenaient depuis 1857. Une éternité.

Cette issue inespérée s’est longtemps fait attendre en raison de couacs techniques. Mais alors que ce cafouillage faisait passer les militants PLR par l’ascenseur émotionnel, Johanna Gapany restait calme. «Je me suis endormie samedi soir en me disant que la prime au sortant allait profiter au PDC, nous confie-t-elle au lendemain de son exploit, désormais validé par la Chancellerie. En fait, je n’avais rien à perdre. Quand j’ai vu que je pouvais gagner, je me suis dit que ce serait génial, mais dans une élection, il faut être prêt à accepter tous les résultats.»

Une famille non politisée

Dans ce premier contact, on comprend vite que Johanna Gapany est une politicienne déjà bien aguerrie. «Dans la campagne, elle a fait étalage de la maîtrise à la fois de ses nerfs et des réseaux sociaux», écrit Serge Gumy, rédacteur en chef de «La Liberté». Au téléphone, les réponses de la Bulloise fusent avec assurance et il est parfois difficile de la couper. Un mélange de spontanéité et de perfectionnisme, qui colle à son image télégénique de femme blonde souriante, mais déterminée. «J’ai voulu faire une campagne autrement, plus humaine, en jouant sur ma personnalité et pas avec la machine de guerre des partis. Je pense que c’est ça aussi qui a séduit les électeurs.»

Elle a beau avoir à peine dépassé la trentaine, Johanna Gapany a déjà une jolie carrière politique. «Elle la mène tambour battant», reconnaît Jacques Bourgeois, qui fut un temps pressenti pour cette course aux États, avant de lui laisser la place. Le conseiller national ne tarit pas d’éloges sur elle. «Il fallait la voir lors des débats, elle avait bossé ses dossiers et régatait avec Christian Levrat ou Beat Vonlanthen. Et dès son élection, on l’a vu tout de suite revêtir le costume de sénatrice. Pragmatique, elle prenait déjà ses responsabilités. Ça ne m’étonne pas, elle baigne depuis longtemps en politique.»

«Elle a de l’ambition, mais apporte aussi cette fraîcheur que les gens attendent» Claudine Esseiva, ex-secrétaire générale des Femmes PLR

Issue d’une famille non politisée mais active dans les sociétés locales, Johanna Gapany grandit à La Tour-de-Trême. Son père est agriculteur. Elle étudie à la Haute École de gestion de Fribourg, et travaille aujourd’hui comme chargée de communication. Son engagement «politique» commence avant sa majorité, lorsqu’elle combat la fusion de La Tour-de-Trême avec Bulle. Mais c’est un peu par hasard qu’elle adhère au PLR, après avoir fait une tournée des partis pour voir lequel lui correspondrait le mieux. En 2016, elle devient coprésidente des Jeunes PLR avec Andri Silberschmidt (ZH), qui vient aussi de décrocher un siège au National. En parallèle, elle gravit les échelons de la politique locale, avec une élection au parlement cantonal et à l’Exécutif de Bulle. Pour le grand saut sous la Coupole fédérale, elle devra toutefois améliorer son allemand.

Si la victoire de Johanna Gapany s’inscrit dans ce désir de politiciens plus jeunes et féminins, un événement a boosté sa campagne: l’émission de la RTS «C’est ma Suisse». «Après cette apparition, les gens me reconnaissaient dans la rue, raconte-t-elle. Du jour au lendemain, ça devenait beaucoup plus facile d’entrer en contact et d’échanger.»

«J’ai les pieds bien sur terre»

«Décrocher ce siège était impossible, et pourtant elle l’a fait», réagit Claudine Esseiva, ex-secrétaire générale des femmes PLR, qui a donné des conseils à Johanna Gapany pour la préparer aux débats. «Elle a de l’ambition, mais apporte aussi cette fraîcheur que les gens attendent. Il se dégage de sa personne une grande solidarité. Quand elle est là pour quelqu’un, elle l’est vraiment.»

Philippe Nantermod la connaît aussi très bien. «Johanna et moi, nous sommes collègues de parcours politique. Elle m’a succédé aux jeunes PLR, et aujourd’hui encore nous sommes proches. Alors forcément, c’est une grande joie.» Le Valaisan, vice-président du PLR suisse, se dit d’ailleurs peu surpris de la retrouver à Berne. «Quand le PLR fribourgeois a eu l’audace de la présenter, je me suis dit qu’elle pouvait créer la surprise. Elle, elle n’y croyait pas. Elle est brillante, mais parfois trop modeste, et surtout elle sait mieux arrondir les angles que moi.»

Parmi les centaines de remerciements qu’elle a reçus, Johanna Gapany retient-elle un message? Elle hésite. «Il y en a beaucoup de personnels. Une personne m’a dit que mon élection lui faisait à nouveau croire en la politique, car ce n’était pas toujours les partis qui gagnaient, mais aussi les personnes. Ça, ça vous touche.»

Le temps d’un instant, on sent la femme apparaître derrière la politicienne. Est-elle encore un peu sur ce nuage qui l’a portée vers les sommets? «J’ai énormément de respect devant la tâche qui m’attend. Et je veux la mener à bien par respect pour ceux qui m’ont élue. Ce matin, j’ai les deux pieds bien sur terre.»

Créé: 11.11.2019, 18h17

La Suisse romande atteint la parité hommes-femmes

Menacées de disparition en début d’année, les sénatrices tiennent leur revanche. Le nombre de sièges qu’elles occupent à la Chambre haute pourrait atteindre un record à l’issue des seconds tours qui se terminent dans deux semaines. Une première historique est déjà actée depuis dimanche. Grâce à l’élection de Johanna Gapany (PLR) à Fribourg, chaque canton romand envoie désormais un duo homme-femme aux États. La grève des femmes du 14 juin dernier a porté ses fruits.

Hormis l’UDC, cette poussée féminine concerne tous les partis. Les écologistes tirent leur épingle du jeu avec Céline Vara (NE), Adèle Thorens (VD) et Lisa Mazzone (GE). En Valais, c’est Marianne Maret (PDC) qui a offert le siège de sénatrice à son canton. Dans le Jura, Élisabeth Baume-Schneider (PS) occupera un des deux fauteuils.

«C’est réjouissant pour la Suisse romande, réagit Adèle Thorens, mais le bilan global reste peu glorieux. Même s’il y a une progression, les femmes resteront minoritaires.» Du côté des cantons alémaniques, qui composent le gros des troupes, seules quatre ont déjà été élues: Eva Herzog (PS/BS) et les PDC Heidi Z’Graggen (UR), Andrea Gmür (LU) et Brigitte Häberli-Koller (TG). Une cinquième viendra de Bâle-Campagne, puisque le duel oppose Daniela Schneeberger (PLR) à Maya Graf (Verts). Selon le résultat du second tour à Berne, Regula Rytz (Verts) pourrait les rejoindre. Ce qui porterait le total à 12 sur 46. On est loin de la parité.

Articles en relation

Fribourg élit sa première sénatrice en cafouillant

EF2019 La PLR Johanna Gapany vole le siège du sortant PDC Beat Vonlanthen. Un bug informatique fait déjà craindre le dépôt d’un recours. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.