L’UDC romande se rebiffe contre Blocher

Campagne électoraleLe tribun accuse les sections romandes d’avoir été paresseuses lors de la campagne. Trois ténors du parti lui répondent.

Pour Christoph Blocher, la Suisse romande doit devenir une priorité pour le parti.

Pour Christoph Blocher, la Suisse romande doit devenir une priorité pour le parti. Image: Keystone

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La séance de crise est agendée à vendredi. La direction de l’UDC se réunit pour aborder la défaite des dernières élections fédérales. Si le parti reste le premier du pays – et de loin – avec 25,6% des voix, il a perdu 3,8 points et 12 sièges depuis 2015. C’est énorme. Dans une interview au «Tages-Anzeiger» la semaine passée, Christoph Blocher a déjà trouvé des coupables. Certaines sections ont été «paresseuses», et il n’hésite pas à dire lesquelles: «Notre performance en Suisse romande est affligeante. C’est un problème auquel la direction du parti doit s’attaquer en priorité», martèle le tribun.


Lire l'édito: Blocher doit écouter les Romands


Le message est-il passé auprès d’Albert Rösti? «J’ai toujours dit que le potentiel de croissance était en Romandie. Aujourd’hui, l’UDC y perd des sièges, alors qu’elle est à un niveau plus bas qu’en Suisse alémanique, c’est un fait. Pour le reste, attendons d’analyser tous les résultats avant de tirer des conclusions et de prendre des mesures», répond le président de l’UDC.

Le problème de la relève

Albert Rösti a beau arrondir les angles, les déclarations de Blocher passent mal de ce côté-ci de la Sarine. «C’est facile de critiquer, sachant que les Romands n’ont jamais voix au chapitre, rétorque un UDC. On fait semblant de les écouter, mais ils n’entrent pas en discussion dans l’élaboration de la politique.» Pour un autre qui requiert aussi l’anonymat, «à l’UDC, on part du principe que les Romands, c’est rigoler, jamais travailler».

Du côté des principaux responsables du parti en Romandie, on se défend de toute paresse. «Le résultat national montre que les Alémaniques n’ont pas été meilleurs que nous, rétorque Oskar­ Freysinger, chargé de la campagne. La direction de l’UDC a du mal à comprendre les réalités de la Romandie.» Pour lui, on ne peut pas parler de paresse. «J’ai été partout, et il y avait de l’engagement. Notre clip de campagne a aussi été un succès. Il y a eu des problèmes à l’interne de certaines sections – quand les meilleurs chevaux refusent d’entrer dans la course pour des raisons de calculs personnels, c’est dévastateur – mais si l’UDC a reculé, c’est surtout parce qu’un thème, le climat, a éclipsé tous les autres.» Pour lui, tout n’a pas été négatif. «Nous avons progressé dans le Jura et le Haut-Valais. À Fribourg, ce sont les apparentements qui nous ont été mortels. À Neuchâtel, enfin, on est face à une section qu’il faut reconstruire depuis la base. Et malgré cela, nous y faisons encore plus de 13%.»

Pour Kevin Grangier, ancien coordinateur romand du parti, c’est d’abord la direction de l’UDC qui porte la responsabilité de l’échec. «L’UDC a commis avec le climat l’erreur que ses adversaires ont longtemps faite avec l’immigration. La question climatique a fortement mobilisé l’opinion publique et, dès lors, il est faux pour un parti de nier un problème ressenti comme important par les gens. Entre le PLR qui a naïvement verdi son discours et le choix de l’UDC de nier le problème, il y a assurément une voie médiane dans laquelle nous devons aller.»

Cela étant dit, il ne nie pas les problèmes en Romandie. «Le premier, c’est la relève. Nous avons été incapables de l’organiser depuis la génération victorieuse de 2003, à l’exception de quelques personnalités telles que Céline Amaudruz, Michaël Buffat ou Jean-Luc Addor.» Celui qui vise la présidence de la section Vaud regrette aussi que l’UDC romande vive «sous perfusion de l’UDC Suisse». «Prenons l’exemple paradoxal de mon canton. On a un conseiller fédéral, mais aucun élu dans les municipalités de plus de 7000 habitants.» Cette dépendance a des conséquences en cas de coups durs: «Quand l’UDC Suisse toussote, les sections romandes perdent.» Pour s’imposer l’UDC romande devrait-elle s’affranchir de Zurich? «Il faut rester fidèle au socle commun et savoir quand il est nécessaire de le dépasser», répond Kevin Grangier.

«Il faut se montrer solidaire»

Vice-présidente romande du parti, Céline Amaudruz fait justement partie de celles qui ont osé dépasser le socle. «Il y a l’ADN du parti qu’il ne faut pas changer – la sécurité, la souveraineté et la non-adhésion à l’UE – mais sur les autres thèmes, il faut que chaque élu se sente à l’aise avec ses positions, détaille la Genevoise. Et s’il y a une différence entre Romands et Alémaniques, il ne faut pas la cacher. Par exemple, j’ai pris des positions plus progressistes que mon parti sur les questions d’égalité ou de congé paternité; et aujourd’hui encore, je les assume. Je ne pense pas que cela m’ait coûté beaucoup de voix. Au contraire, je pense avoir pu séduire au-delà de mon électorat.»

Dans ce contexte, trouve-t-elle les critiques de Christoph Blocher adaptées? «Je n’ai pas regardé si, proportionnellement, nous avons perdu plus ou moins que les Alémaniques.» Pour elle, l’important est ailleurs. «Se remettre en question est primordial et sain. Je suis prête à le faire en Romandie, mais j’attends que les dirigeants alémaniques le fassent aussi. Lorsque l’on perd, il faut se montrer solidaires, et non pas se renvoyer la balle pour chercher qui a fait plus mal que l’autre.

Créé: 28.10.2019, 19h30

L’UDC a reculé dans toute la Suisse romande

Le seul canton romand où l’UDC a progressé le 20 octobre est le Jura, avec un petit gain de 1,6% des suffrages par rapport à 2015. Partout ailleurs, les scores s’affichent en négatif. Tour d’horizon.

Vaud



Avec une perte de 100'000 voix en quatre ans, l’UDC vaudoise a perdu son 4e siège au Conseil national. Avant cela, le parti a déjà reculé aux Cantonales 2017. Les sortants Jean-Pierre Grin, Michaël Buffat et Jacques Nicolet ont été réélus. Bien qu’il ait validé son siège à Berne, Jacques Nicolet lâche la présidence du parti vaudois. Rien à voir avec le résultat des élections, sa décision ayant été prise ultérieurement, assure-t-il cependant.

Genève



L’UDC genevoise n’est pas trop mal comparée à ses confrères romands. Avec une perte de –4,6% des voix – une première après des années de progression – le parti conserve ses deux sièges à Berne, qui seront une nouvelle fois occupés par Yves Nidegger et Céline Amaudruz. Cette dernière est encore en course pour le Conseil des États.

Valais



Il s’en est fallu de peu pour que l’UDC valaisanne perde l’un de ses deux sièges. Jean-Luc Addor a certes été réélu avec une avance confortable, mais le reste de l’UDC affiche un recul dangereux pour le parti, avec une perte de 35 000 voix. C’est grâce au très bon score de l’UDC du Haut-Valais, qui profite du recul du PDC dans la région, que le parti conserve son deuxième siège.

Fribourg


La non-réélection du président de l’USAM Jean-François Rime est probablement l’une des plus grosses surprises de ce scrutin. La défaite de cette figure de l’UDC romande, au profit du Vert Gerhard Andrey, coûte à son parti un siège. Désormais, seul Pierre-André Page représentera l’UDC fribourgeoise à Berne.

Neuchâtel



Raymond Clottu étant hors de course, l’UDC neuchâteloise misait sur Yvan Perrin pour assurer son unique siège au National. L’opération est un échec, tant pour le parti, qui enregistre un recul de 7,7%, que pour Yvan Perrin, qui se retire définitivement de la politique.

Berne


Dans l’ensemble du canton, l’UDC bernoise a perdu deux des neuf sièges qu’elle détenait jusqu’alors. Surtout, avec la non-réélection de l’élu du Jura bernois, Manfred Bühler, le canton perd son unique représentant francophone.

Lucie Monnat

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