Regula Rytz attaque officiellement Ignazio Cassis

Conseil fédéralLa présidente des Verts annonce officiellement sa candidature. Le groupe tranchera ce vendredi sur la stratégie à adopter.

Regula Rytz est, selon la formule consacrée, candidate à la candidature.

Regula Rytz est, selon la formule consacrée, candidate à la candidature. Image: Keystone

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Pour son rendez-vous avec l’Histoire, Regula Rytz a cinq minutes d’avance. Cinq minutes durant lesquelles la présidente des Verts a tenu en haleine la foule de journalistes présents dans ce bâtiment moderne de la gare de Berne. «Nous sommes dans un lieu symbolique de mon parcours politique, raconte-t-elle. Le développement de la deuxième gare de Suisse fut un des projets les plus importants de mon travail à la Municipalité de Berne en lien avec le climat. Il y a huit ans, lorsque j’ai décidé de m’engager dans la politique nationale, de nombreuses personnes souhaitaient que je poursuive mon travail au niveau local. Aujourd’hui, elles me demandent de me porter candidate pour le Conseil fédéral.»


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Regula Rytz l’affirme, elle a longuement réfléchi avant de prendre sa décision, et elle sait les obstacles nombreux. «Mais je suis prête, lâche-t-elle. Prête à prendre cette responsabilité pour les humains et l’environnement.» Et de rappeler que le monde se transforme à une vitesse qui n’a jamais été aussi rapide. «Les écosystèmes sont sous pression en raison du réchauffement climatique et de la disparition des espèces. On ne peut plus continuer ainsi. De nombreuses personnes ont envoyé ce signal lors des élections fédérales, et c’est pour cela que les Verts sont devenus le quatrième parti du pays. Nous jouons désormais dans la même ligue que le PDC ou le PLR.»

Un nouvel équilibre

L’annonce de ce jour n’est pas vraiment une surprise. Après avoir gagné vingt sièges lors des élections fédérales, Regula Rytz avait déjà revendiqué un siège écologiste au Conseil fédéral. Puis elle avait temporisé, mettant en avant sa course au Conseil des États, qu’elle a perdue dimanche dernier. Ne pas se lancer aurait été perçu comme une capitulation face aux partis bourgeois qui refusent de laisser une place au petit nouveau.

À la base de cette candidature, il y a donc un constat qui reste le même: la formule magique ne correspond plus, selon les Verts, aux équilibres actuels du parlement. Après un changement en 2003 pour y intégrer un deuxième UDC, Regula Rytz exige une nouvelle adaptation. «Les forces écologistes composées des Verts et des Vert’libéraux ont gagné 9 point. Elles représentent 21% des suffrages. Ces voix ne sont actuellement pas représentées au Conseil fédéral. Avec un tel tournant, on ne peut pas faire comme si de rien n’était. Pour la Bernoise, la composition du Conseil fédéral doit donc être la suivante: 2 sièges pour l’UDC, 2 pour le PS, 1 pour le PLR, 1 pour le PDC et 1 pour Les Verts. Le siège à attaquer le 11 décembre étant celui d’Ignazio Cassis.

«Nous jouons désormais dans la même ligue que le PDC ou le PLR»

Si le discours de Regula Rytz est bien rodé, on la sent toutefois tendue. Elle qui s’exprime normalement avec aisance en français croche sur certains mots. Notamment lorsque les questions deviennent incisives. Est-elle prête à retirer aux italophones le seul siège qu’ils ont au Conseil fédéral? Pourquoi refuser d’attaquer l’autre PLR, Karin Keller-Sutter? «C’est une situation spéciale, car il n’y a pas de poste vacant, et en ce sens c’est problématique que le PLR ait fait remplacer ses deux ministres en cours de législature, car ça bloque tout. Il sera donc difficile que toutes les minorités soient représentées au Conseil fédéral. Mais je crois aussi que la vague du 20 octobre n’est pas que verte, mais aussi violette.» Pas question, en somme, pour un parti qui défend la promotion des femmes d’attaquer une conseillère fédérale, fût-elle de droite.

Si stratégiquement la tâche des Verts s’annonce ardue, sur le papier, la candidature de Regula Rytz a de quoi séduire. La Bernoise remplit plusieurs des critères que l’on exige d’une conseillère fédérale. Après avoir fait ses armes au Grand Conseil bernois, elle accède en 2005 au Conseil municipal de la ville de Berne. Durant huit ans, elle dirigera les Travaux publics, les Transports et les Espaces verts de la cinquième ville du pays. «Comme Karin Keller-Sutter, j’ai été membre d’un Exécutif et j’y ai montré que je savais gouverner et construire des compromis», lâche-telle.

Expérience sous la Coupole

Sous la Coupole, elle n’est pas non plus une novice, elle connaît les rouages du parlement, qu’elle arpente depuis huit ans. Comme conseillère nationale, elle a d’abord œuvré au sein de la Commission des finances, puis de celle des transports et des télécommunications. Elle siège désormais dans la puissante Commission de l’économie et des redevances. Ses liens d’intérêts recoupent grandement ses engagements politiques. Elle préside notamment la Commission cantonale pour l’égalité, et est membre du comité directeur de l’initiative des Alpes, de l’ATE et du comité Lötschberg.

Sa renommée au niveau national, elle la doit toutefois à sa présidence des Verts, qu’elle partage d’abord pendant quatre ans avec Adèle Thorens (VD), avant de reprendre seule le flambeau jusqu’au résultat historique de son parti le 20 octobre. «Comme Ueli Maurer ou Doris Leuthard, j’ai dirigé un parti avec succès», glisse-t-elle, comme pour amadouer les PDC et les UDC, qui seront les faiseurs de rois du 11 décembre.


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A-t-elle obtenu des promesses ou des garanties de la part de ces deux formations politiques avant de se lancer? «Nous avons mené d’intenses discussions, et je dois dire que j’ai été surprise en bien de certains retours, mais il s’agit de discussions confidentielles», botte-t-elle en touche.

Aujourd’hui, Regula Rytz se met donc à disposition de son parti. Le groupe décidera officiellement ce vendredi de la stratégie à mettre en place pour conquérir un fauteuil au gouvernement. Toutefois, on imagine mal les membres retoquer les envies de pouvoir de leur présidence.

Créé: 21.11.2019, 21h14

Deux retraits et une inconnue du côté des Verts

Céline Amaudruz: «Faire tomber quelqu’un de droite»



«Ce n’est pas parce que les Verts ont réussi un beau score aux élections qu’ils ont tout de suite droit à un siège au Conseil fédéral. Il faut qu’ils confirment leur percée, comme le veut le système suisse qui mise sur la stabilité. Je relève que les Verts ont tout de suite visé le siège d’Ignazio Cassis. Cela montre qu’ils veulent faire tomber quelqu’un de la droite. Il serait bien évidemment mal vu de s’attaquer à une femme. S’ils veulent vraiment un siège, ils n’ont qu’à s’arranger avec le PS et demander à Alain Berset ou à Simonetta Sommaruga de leur en laisser un.»

Roger Nordmann: «Le PLR est surreprésenté.»



«La candidature de Regula Rytz est un pas logique qui clarifie les choses. On va pouvoir engager des discussions entre partis. Il faut examiner en effet comment il est possible de réadapter la formule magique. Car rien ne justifie plus la composition actuelle du Conseil fédéral. Le PLR est clairement surreprésenté.» Le PS ne craint-il pas un retour de flamme à l’encontre de sa conseillère fédérale Simonetta Sommaruga, comme l’a menacé le conseiller national Andreas Glarner? «Le fait que cela vienne de Glarner montre que ce n’est pas sérieux. Et la formule Blocher, où il nous resterait un seul siège comme les Vert’libéraux absents des États, ne vaut guère mieux.»

Isabelle Chevalley: «Rytz est une ultragauche.»



«Je ne peux pas voter pour Regula Rytz au Conseil fédéral car elle est ultragauche et très dogmatique. Cela ne va pas. L’UDC aussi avait droit à un 2e siège mais nous nous sommes toujours opposés à une personne comme Blocher. Avec Parmelin, il n’y avait pas de problème. Les Verts doivent donc présenter quelqu’un de modéré au Conseil fédéral comme le conseiller national Bastien Girod ou la conseillère d’État bernoise Christine Häsler. Je voterais alors pour eux, d’autant plus que le Conseil fédéral n’en fait pas assez au niveau de l’écologie. Il est anormal que les Verts, qui sont désormais un grand parti, aient zéro représentant au gouvernement alors que le PLR en a deux.

Christian Lüscher: «Nous ne sommes pas des enfants de choeur.»



«Contrairement à ce que disent les Verts, ils ne sont pas le 4e parti mais le 5e. Et la formule magique du gouvernement n’est donc pas morte. De plus les gens ont voté en faveur des Verts pour que ces derniers fassent des propositions concrètes au parlement. Or leur première mesure consiste à s’attaquer aux institutions en remettant en cause la stabilité gouvernementale. Ne pas réélire un conseiller fédéral doit survenir uniquement dans des circonstances exceptionnelles. Elles ne sont pas réunies. Quant au petit jeu qui consiste à tenter de diviser le PLR en s’attaquant à Cassis et pas à Keller-Sutter, c’est nous prendre pour des enfants de chœur».

Charles Juillard: «Y aura-t-il un ticket?»



«Il est trop tôt pour avoir un avis définitif sur cette candidature verte. Nous allons attendre la décision des Verts ce vendredi pour voir s’ils présentent Regula Rytz et si celle-ci sera accompagnée d’un autre candidat. L’usage veut en effet que les partis présentent un ticket pour le Conseil fédéral.» Mais le PDC considère-t-il que la formule magique doit être changée? «Nous aborderons cette question quand les derniers résultats des élections au Conseil des États seront tombés.

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