Les Alémaniques s’accaparent le pouvoir

Partis politiquesAprès la présidence des partis, les Latins risquent aussi de voir la direction des groupes parlementaires leur échapper.

Les présidents de partis Gerhard Pfister (PDC; à dr.), Petra Gössi (PLR) et Albert Rösti (UDC) avant l’«Elefantenrunde» de la Télévision suisse, lors des élections fédérales du 20 octobre dernier.

Les présidents de partis Gerhard Pfister (PDC; à dr.), Petra Gössi (PLR) et Albert Rösti (UDC) avant l’«Elefantenrunde» de la Télévision suisse, lors des élections fédérales du 20 octobre dernier. Image: Keystone

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Les Latins influents sous la Coupole seront bientôt une espèce en voie de disparition. Christian Levrat (FR), qui a annoncé son retrait, devrait être remplacé par une Alémanique à la tête du PS. La situation est similaire pour la présidence du groupe PDC, après la non-réélection de Filippo Lombardi (TI). Le constat est sans appel: le seul Latin qui occupe aujourd’hui encore une des deux plus hautes fonctions des partis au parlement, c’est Roger Nordmann. Mais le Vaudois est lui aussi menacé, puisque des voix s’élèvent au sein du PS pour qu’il cède sa présidence du groupe à une femme. Et compte tenu du profil des élues, ce serait là aussi une Alémanique.

Que les Romands, Tessinois, et Romanches soient totalement absents des postes à responsabilité de la politique suisse, voilà qui fait bondir Marco Romano (PDC/TI). «C’est un vrai problème, qui nécessiterait une fois pour toute une discussion nationale. On oublie totalement que l’histoire à succès de notre pays vient d’un subtil respect des équilibres entre villes et régions périphériques, mais aussi entre les différentes langues. C’est à la majorité de respecter, mettre en évidence, et promouvoir les minorités linguistiques.»


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Avec plus de 64% de germanophones – contre 24% de francophones, 8% d’italophones et moins de 1% de romanches –, la Suisse est d’abord un pays peuplé d’Alémaniques, mais ces dernières années les Latins se sont plutôt bien démarqués. Il y a dix ans, trois Romands et un Tessinois étaient à la barre de quatre des cinq plus grands partis du pays. Outre Christian Levrat, on comptait aussi le PDC Christophe Darbellay (VS), le PLR Fulvio Pelli (TI) et le Vert Ueli Leuenberger (GE). En 2015, on parlait même de consécration des Latins à la tête des groupes parlementaires avec les élections de Roger Nordmann au PS, Filippo Lombardi au PDC et Ignazio Cassis au PLR.

Comparée à cette époque dorée, la situation actuelle interpelle Laurent Wehrli (PLR), qui a repris la présidence d’Helvetia Latina. «Il y a des éléments conjoncturel comme la non-réélection surprise de Filippo Lombardi, mais il y a aussi des problèmes structurels. Les Alémaniques – majoritaires – pensent que c’est à eux de diriger, mais en même temps, il n’y a pas beaucoup de Latins qui se bousculent au portillon.» Va-t-il s’engager pour changer la donne? «C’est un débat qu’il faut porter sur la scène publique. Il faut rappeler aux Alémaniques qu’il est important de trouver un équilibre, mais il faut aussi que l’on motive les Latins et qu’on les forme pour qu’ils puissent accéder à ces fonctions. Regardez au PLR, Olivier Feller (VD) devrait accéder à la vice-présidence du groupe. Ça deviendra un potentiel successeur lorsque la présidence se libérera.»

Si les Latins s'inquiètent de cette situation, les Alémaniques semblent la découvrir. «Je ne m’en étais pas rendu compte, confesse Roland Büchel (UDC/SG). Et je pense que c’est le cas pour la majorité des élus qui viennent de Saint-Gall ou de Zurich. C’est préoccupant et c’est important de le relayer.» Pour le président des Vert’libéraux, Jürg Grossen (BE), ce n’est effectivement pas idéal. «Et si ça devait arriver, j’espère qu’on réussira rapidement à corriger la donne.» Le président de l’UDC, Albert Rösti (BE), est du même avis. «Mais je ne peux pas dire aux autres partis ce qu’il faut faire, rétorque-t-il. Comme l’UDC est très forte en Suisse alémanique, il est logique que la présidence soit alémanique, mais j’ai toujours insisté pour qu’il y ait un Romand ? Céline Amaudruz ? et un Tessinois ? Marco Chiesa ? comme vice-président. Le parti a tout intérêt à mettre des Latins en avant. Regardez Chiesa, il a été élu sénateur.» Et de rappeler que lors de l’élection de Guy Parmelin, l’UDC avait présenté un ticket avec un Alémanique, un Romand et un Tessinois.

Que les Alémaniques trustent tous les postes clés du parlement, «serait un problème, reconnaît Fabian Molina (PS/ZH). Car cela ne correspond pas à la Suisse.» Et pourtant, c’est bien lui qui a dit dans une interview ce qui semble se tramer entre certains membres du PS, à savoir qu’on pouvait remplacer le chef de groupe PS par une femme. «Ce n’était pas une attaque contre Roger Nordmann, qui fait un excellent travail, rétorque-t-il. C’était pour dire qu’il ne fallait s’interdire aucun scénario, si nous voulons laisser plus de places aux femmes.»

Pour Marco Romano, c’est bien là que le bât blesse. «Le débat politique tourne uniquement autour de l'équilibre gauche-droite et de l'égalité homme-femme, et on oublie la question centrale des minorités linguistiques. «Et Roland Büchel de faire la comparaison avec le Conseil fédéral, dont le siège d’Ignazio Cassis est menacé par les Verts. «Certains sont prêts à sacrifier le seul italophone du gouvernement pour y mettre une femme.»


Le chant du cygne des Latins

Celui qui décide de partir

Christian Levrat a décidé de laisser sa place à d’autres à la tête du Parti socialiste. Pour succéder au Fribourgeois, le candidat idéal est une candidate, alémanique de surcroît, ce qui semble logique après douze années de présidence romande. Des noms sont déjà évoqués, dont celui de Flavia Wasserfallen (BE), qui passe pour la favorite. Après que Marina Carobbio (TI) a déclaré qu’elle n’était pas intéressée, l’unique chance des Latins réside dans une coprésidence, où Mathias Reynard (VS) serait favori.

Celui qui serait bien resté

Il se voyait bien rester quatre ans de plus comme président du groupe PDC, mais les électeurs en ont décidé autrement dimanche. Filippo Lombardi (TI) était un animal politique à Berne; sa sortie précipitée plonge son parti dans l’embarras. Qui pour le remplacer? Plusieurs noms sont évoqués, uniquement des élus alémaniques. Il faut dire que – côté romand – il y a beaucoup de nouveaux. Or pour un tel poste, il faut de l’expérience et une connaissance fine des élus et des rouages du parlement.

Celui qui résiste encore

C’est le dernier des Mohicans. Le PS Roger Nordmann est le seul Latin encore à la tête d’un groupe parlementaire. Un poste stratégique, puisque c’est lui qui élabore – avec le président – la ligne du parti sur les différents objets. Son siège est-il un siège éjectable? Certains avancent l’idée de le remplacer par une femme. Un scénario auquel le Vaudois ne croit pas. «Personne n’a fait acte de candidature, explique-t-il. Et si le parti a une nouvelle présidence, le chef de groupe doit être le garant d’une certaine continuité.»

Créé: 20.11.2019, 19h28

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