Céline Vara mène une carrière de femme pressée, convaincue et convaincante

Les VertsQui est la jeune Neuchâteloise qui a créé la surprise en accédant au Conseil des États? En mai 2018, nous lui consacrions ce portrait.

À 33 ans, la nouvelle vice-présidente du Parti écologiste suisse parle beaucoup.

À 33 ans, la nouvelle vice-présidente du Parti écologiste suisse parle beaucoup. Image: Keystone

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Une énergique poignée de main, un large sourire et plusieurs phrases pour les salutations d’usage. «Je parle beaucoup, vous verrez.» Nul besoin d’attendre longtemps pour vérifier le premier aveu de Céline Vara, la Verte qui monte. À 35 ans, la nouvelle vice-présidente du Parti écologiste suisse parle donc beaucoup. Et vite. Dans ses carnets scolaires, ses enseignants notaient déjà que la petite Céline parlait trop. Avec les années, elle a entretenu son bagout. Mieux, elle en a fait ses deux métiers: avocate et politicienne.

Au débat, elle a ajouté le sourire, inspirée par une figure féminine. «Nous avons besoin de femmes qui illuminent la Suisse romande. Très jeune, j’ai eu le plaisir de rencontrer Micheline Calmy-Rey. La conseillère fédérale nous avait expliqué l’épineux dossier libyen avec le sourire. Je crois en cette façon de faire: avec le sourire, on peut tout dire.»

Céline Vara sait manier cette arme redoutable. Elle ne renie pas son passé de Miss Fête des vendanges, à Neuchâtel. Elle avait 16 ans et, du haut de son mètre septante, n’aurait «jamais pensé une seconde à la victoire». Cette expérience lui vaut de développer son réseau à travers tout le canton. Naturellement, avec l’ambition idéaliste propre aux reines de beauté, elle pose les bases d’un engagement durable. Chez les Verts.

Un caractère bien trempé

Aujourd’hui, la jeune trentenaire, mère d’une petite Mathilde de 16 mois, a déjà quinze années de politique dans son sac à dos. Elle a gravi les échelons à la vitesse de la détermination. En quelques années, elle passe du Législatif à l’Exécutif de Cortaillod (NE) et enchaîne avec le Grand Conseil neuchâtelois. On lui reconnaît un caractère bien trempé à la présidence des Verts de Neuchâtel.

Elle s’offre même le luxe, à la surprise générale, de remporter cinq sièges supplémentaires lors des dernières élections cantonales en 2017. Auréolée de ce record, rien ne semble arrêter la locomotive Vara. «Très vite, j’ai compris que je ne voulais pas qu’on décide à ma place. Je veux participer. La politique est le seul moyen que j’ai trouvé pour apporter ma pierre à l’édifice. Quand on évoque les émissions de CO2, nos détracteurs ne proposent rien. Ils ne veulent pas taxer les billets d’avion mais n’ont aucune proposition concrète pour compenser. J’ai une vision idéale de l’être humain et de l’environnement. Je me sens responsable de ce que nous laisserons aux générations futures. Quand ma fille aura 50 ans, dans quel état sera le monde? Cette question me fiche la trouille.»

«Besoin de rigueur»

Dans un café branché de la vieille ville de Neuchâtel, au moment de vanter ses réussites concrètes, elle prend le temps de réfléchir tout en sirotant son sirop aux fruits de la passion. Elle cite la réalisation d’une crèche de 70 places et le développement des transports publics dans le Littoral Ouest.

Pas évident d’imposer une vision écolo dans une petite commune viticole à majorité libérale-radicale. «Au début, mes collègues ont dû se dire que j’étais la petite Verte qui rêve un peu. Mais je suis efficace dans le travail de persuasion. J’aime être la personne qui crée la motivation en étant extrêmement exigeante avec l’argumentaire.» Trop exigeante? Elle baisse les yeux. «Parfois trop, oui. J’aimerais bien lâcher un peu, mais j’ai besoin de rigueur. Je ne supporte pas de perdre du temps et j’ai beaucoup de peine avec les gens qui hésitent.»

À l’autre bout de l’échiquier politique, la députée PLR Isabelle Weber salue avec respect la détermination de sa collègue. «Elle va vite, elle est ambitieuse et se donne les moyens de cette ambition. Céline s’engage sans compter pour les énergies renouvelables. Nous nous retrouvons sur ce point. Elle est compétente et ira loin en politique, c’est sûr.»

En route vers Berne

Ira-t-elle encore plus loin, Céline Vara? «Ce serait prétentieux de ma part. Les politiciens qui bossent pour leurs propres intérêts, je trouve ça honteux. Les places sont trop rares et trop chères. Le jour où je constaterai que je pratique la politique au nom d’un lobby, j’arrêterai net.»

Ce caractère rigoriste et tranchant ne passe pas inaperçu. Et ce n’est pas pour rien qu’elle a été choisie pour occuper des responsabilités au niveau suisse. «Avec Lisa Mazzone (Verts/GE), nous représentons la Suisse romande. Nous avons un gros travail de terrain à faire en rassemblant les idées différentes de toutes les sections. Cela va renforcer mon réseau.» Quant à savoir si les six (!) postes de vice-président ne sont pas honorifiques, Céline Vara en fait une marque de fabrique. «Le travail d’équipe, c’est la manière de fonctionner des Verts. Les vice-présidents travaillent sur le fond. Il s’agit aussi d’accentuer les contacts entre les sections et le parti national.»

De fait, cette vice-présidence s’apparente à un tremplin pour le Palais fédéral, dans un canton où de nombreuses cartes seront remises en jeu à la fin de la législature. «C’est un rêve. D’autant qu’avec l’actuelle délégation neuchâteloise, on arrive à la fin d’un cycle. Mais les places sont chères. Pour déloger Denis de la Reussille (ndlr: popiste et maire du Locle), qui jouit d’un énorme capital sympathie, il faudra se lever tôt. Je suis une stratège et je ne suis pas certaine que c’est le bon moment pour les Verts neuchâtelois. On fera tout pour récupérer ce siège, mais on sait que ce sera difficile. Si j’ai la chance d’être élue, tant mieux. Sinon, je ferai autre chose.»

Quoi d’autre? «Je suis consciente que je n’aurai pas assez d’une vie pour vivre tous mes rêves. J’aurais voulu être astronaute, journaliste, ingénieure agronome, jouer de la guggenmusik, faire de la permaculture. Mais, bon, je suis réaliste. Je n’aurai pas le temps.»

Créé: 21.10.2019, 08h42

Bio express

1984 Naissance à La Béroche (NE) le 4 octobre, «d’une maman suisse fleuriste et d’un papa sicilien ouvrier».

2001
Elle est couronnée Miss Fête des vendanges.

2008 Premier mandat politique au Législatif de Cortaillod.

2012 Élection au Conseil communal.

2015 Candidate malheureuse au Conseil national: «Je n’avais rien à perdre, mais j’ai fait un score canon. Dans plusieurs communes, je suis même arrivée à la première place, alors qu’au niveau suisse les scores des Verts étaient très mauvais.»

2016 Présidence des Verts neuchâtelois. Élection au Grand Conseil.

2017 Naissance de sa fille Mathilde.

2018 Élection à la vice-présidence des Verts suisses.

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