Filippo Lombardi victime du coup de sac tessinois

Conseil des ÉtatsL’UDC Marco Chiesa et la socialiste Marina Carobbio ont été élus à la Chambre haute.

Est-ce la fin de la carrière politique du démocrate-chrétien Filippo Lombardi? «C’est trop tôt pour le demander».

Est-ce la fin de la carrière politique du démocrate-chrétien Filippo Lombardi? «C’est trop tôt pour le demander». Image: Keystone

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Le changement est énorme. Inattendu aussi. Sénateur tessinois depuis vingt ans, Filippo Lombardi n’a pas été réélu au Conseil des États ce dimanche. Le président du groupe PDC aux Chambres fédérales partait favori. Mais il a échoué. Le canton du sud des Alpes sera désormais représenté à la Chambre haute par la socialiste Marina Carobbio et l’UDC Marco Chiesa, qui a obtenu le meilleur score du jour.

«Je l’avais dit après le résultat du premier tour: l’avantage acquis sur les autres candidats ne donnait aucune garantie. Il fallait insister. Mais à la fin, nous ne pouvons pas forcer les électeurs», a réagi Filippo Lombardi, interrogé par le «Corriere del Ticino». Le démocrate-chrétien semblait insubmersible, lui qui avait même résisté aux ennuis judiciaires, notamment pour avoir conduit en état d’ébriété. Au premier tour, ce poids lourd de la politique, qui a dirigé la Chambre des cantons en 2013, avait fini en tête.


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Mais le ballottage était général et la chute de cette figure de la politique helvétique s’est jouée dans un mouchoir de poche, puisqu’il n’a été devancé par Marina Carobbio que de 45 voix. Est-ce la fin de la carrière politique du démocrate-chrétien? «C’est trop tôt pour le demander», a-t-il répondu à la RTS, avant de mentionner qu’il va exercer ses fonctions jusqu’au 2 décembre puis se laisser le temps de la réflexion. Et d’assurer: «Il y a heureusement une vie après la politique!»

Première femme

Comment expliquer la chute de Filippo Lombardi? Le conseiller national Fabio Regazzi (PDC/TI) met surtout en avant la victoire de ses opposants. Selon lui, Marina Carobbio a bénéficié de la poussée à gauche, même si elle est socialiste et non Verte. «Le fait d’être la seule femme dans cette course a aussi été un avantage et la présidence du Conseil national (ndlr: elle l’a présidé cette année), lui a donné une plus grande visibilité. Et Marco Chiesa a su catalyser le vote des opposants à l’Europe.»

«Je n’arrive pas encore à y croire, je dédie cette victoire à toutes les femmes», s’est exclamée de son côté Marina Carobbio. Pour la première fois de son histoire, le Tessin élit une femme socialiste au Conseil des Etats. Interviewée par le «Corriere del Ticino», la médecin voit dans l’élection de représentants des deux pôles politiques le signe «qu’il y a des problèmes majeurs au Tessin sur le marché du travail avec une classe moyenne et moyenne inférieure qui a vraiment du mal à arriver à la fin du mois».

Echec historique du PLR

Au Tessin, le coup de sac ne s’arrête pas là. Ce dimanche, le PLR Giovanni Merlini n’a pas non plus réussi à reprendre le siège laissé par son camarade Fabio Abate. Comme il ne s’était pas représenté au Conseil national, on ne verra plus Giovanni Merlini à Berne. Et le PLR tessinois disparaît de la Chambre haute, où il occupait un siège depuis 1848.

«Aux élections cantonales d’avril dernier, on a déjà constaté que les deux partis du centre droit étaient en perte de vitesse, relève le politologue Oscar Mazzoleni. Et même si les campagnes aux Etats se focalisent sur des personnalités, leurs formations doivent être derrière eux pour mobiliser l’électorat.» L’UDC tessinoise n’a recueilli que 11,7% des voix lors de l’élection au Conseil national, mais elle a pu compter sur la Lega. «Cette formation est en partie affaiblie et divisée, mais elle a donné un appui clair à la candidature Chiesa», confirme Oscar Mazzoleni.

Polarisation politique

L’apparentement des PDC et des PLR, lui, a fonctionné dans la course au National. Mais pas pour les États. Ce dimanche, le PLR tessinois se divisait déjà et certains demandaient la démission du président. Quoi qu’il en soit, les deux formations déploraient que ce résultat révèle la polarisation politique «toujours plus présente en Suisse», selon les termes du président du PDC cantonal Fiorenzo Dadò.

Certes, mais Oscar Mazzoleni relève aussi le profil des deux vainqueurs. Si Marco Chiesa suit la ligne blochérienne de l’UDC, il montre un style personnel modéré. «Il n’attaque pas les gens et se montre respectueux des règles. Ainsi, il a certainement pu obtenir des voix du centre droit.» Le politologue fait un constat similaire pour Marina Carobbio: «Elle représente l’aile gauche du PS, mais son rôle «au-dessus de la mêlée» de présidente du National a certainement joué en sa faveur.


TESSIN


Les sortants s'imposent

Suspense et surprises n’ont concerné que Berne et le Tessin dimanche. Dans les quatre autres cantons où les citoyens étaient appelés aux urnes, les sortants se sont imposés. À Zurich, Ruedi Noser (PLR) reste conseiller aux États zurichois. Il a largement devancé la candidate Verte Marionna Schlatter. Le socialiste Daniel Jositsch, lui, avait été réélu dès le premier tour le 20 octobre.

À Saint-Gall, les sortants Paul Rechsteiner (PS) et Benedikt Würth (PDC) ont clairement battu le candidat de l’UDC Roland Rino Büchel. Ministre saint-gallois très populaire, Benedikt Würth avait succédé au printemps dernier à Karin Keller-Sutter (PLR) à la Chambre des cantons. Quant à l’ancien président de l’Union syndicale suisse, soutenu par les Verts, il a obtenu un troisième mandat au Conseil des États.

À Soleure, le socialiste Roberto Zanetti rejoint l’autre sortant, Pirmin Bischof (PDC), réélu au premier tour.

Zoug, enfin, restera représenté par un duo formé du PDC et du PLR, une formule installée depuis cinquante ans. L’ancien ministre libéral-radical Matthias Michel rejoint le sénateur sortant Peter Hegglin (PDC), réélu au premier tour.

Les quatre derniers sièges du Conseil des États seront attribués dimanche prochain à l’issue des seconds tours organisés en Argovie, à Schwytz et à Bâle-Campagne. Un demi-canton où les Verts espèrent l’emporter grâce à Maya Graf, ce qui vaudrait aux écologistes un 5e fauteuil aux États.

Créé: 17.11.2019, 22h38

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