Marina Carobbio redonne le sourire au PS

SurpriseEn accédant au Conseil des Etats, la Tessinoise clôt en beauté une année de présidence du National marquée par son féminisme rassembleur.

Marina Carobbio a signé la sensation du 2ème tour au Tessin en décrochant un siège au Conseil des Etats.

Marina Carobbio a signé la sensation du 2ème tour au Tessin en décrochant un siège au Conseil des Etats. Image: Keystone

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«Il y a eu soudain une grande acclamation. Je n’ai pas compris ce qui se passait. Puis j’ai vu le visage de ma sœur. Elle pleurait. C’est là que je me suis rendu compte que j’étais élue.» Au lendemain de son exploit, Marina Carobbio raconte le fol après-midi qu’elle a passé dimanche à la Casa del Popolo, restaurant mythique de la gauche à Bellinzone. La socialiste devient la première sénatrice du Tessin. Pour 45 voix, elle brûle la politesse au PDC Filippo Lombardi. «Je suis encore émue, mais aussi très fatiguée.»

Cette victoire surprise redonne du baume au cœur au PS, qui a enregistré, le 20 octobre, son plus mauvais score depuis 1919 et perdu des sièges historiques de sénateur dans les cantons de Vaud et de Neuchâtel. L’élection de Marina Carobbio est le double résultat de l’effet femmes et d’une alliance rose-vert qui a parfaitement fonctionné au Tessin. Mais elle couronne aussi sa formidable année de présidence du National, où elle a fait rayonner deux combats qui lui sont chers: la défense de la minorité italophone et l’égalité hommes-femmes.

L'humilité en cape

Sur ce dernier thème, son bilan impressionne. C’est grâce à elle que les noms des pionnières du parlement sont désormais gravés sur leurs anciens pupitres. C’est grâce à elle aussi qu’une page internet sur les femmes en politique a été créée. Marina Carobbio a aussi dédié une salle pour l’allaitement et s’est engagée pour la mise sur pied d’une cellule contre le harcèlement. «Ce n’est pas un travail que je fais seule, mais en réseau avec les femmes des services du parlement», précise-t-elle.

L’humilité, c’est la marque de fabrique de Marina Carobbio. Si elle n’a pas l’éloquence d’autres figures du PS, la trilingue touche par son accessibilité et sa gentillesse. «C’est quelqu’un de très compétent, et en même temps de disponible, reconnaît Greta Gysin. Elle ne se met jamais au centre de l’attention, mais au service des autres.» La nouvelle conseillère nationale écologiste salue aussi son intégrité. «Elle ne transige jamais sur ses valeurs.»

À ces qualités, le nouveau sénateur Carlo Sommaruga (GE) ajoute son ancrage terrien. «Elle a le sens de la communauté. Elle connaît toutes les chansons traditionnelles tessinoises et se rend volontiers aux fêtes typiques de son canton. En même temps, c’est l’une des femmes qui a le plus porté le combat féministe, que ce soit dans ses discours, ses prises de position ou ses actes. Mais elle réussit à le faire de façon chaleureuse et inclusive.»

Le 14 juin, Marina Carobbio était logiquement une des stars de la grève des femmes. Alors qu’elle imposait une interruption des travaux du National durant quinze minutes — une première —, elle débarquait sur la place Fédérale avec la conseillère fédérale Viola Amherd (PDC) et la vice-présidente du National Isabelle Moret (PLR). L’image a fait le tour des médias. «En fait, c’était très spontané, se souvient-elle. Suivant le mouvement, nous avons décidé de sortir. Cette foule, ça reste un souvenir incroyable.»

Soutien familial

Durant son année de présidence, Marina Carobbio a mis de côté son travail de médecin, et elle ne sait pas encore comment elle réussira à jongler avec son nouveau mandat. «Jusqu’à maintenant, j’ai toujours travaillé en parallèle de la politique. Ça me permet de rester en contact avec les gens.» Elle souligne aussi que, si la conciliation entre vie familiale, professionnelle et politique a été possible, c’est grâce à la souplesse de ses collègues au cabinet et à l’investissement de son mari. «Il m’a énormément soutenue. Mes deux enfants sont grands, mais lorsque je suis arrivée à Berne la plus petite avait 3ans. Ce n’est pas évident d’être absente plusieurs semaines par année, sans compter les soirées et les week-ends.»

Il y a dans la voix de Marina Carobbio une fraîcheur qui surprend quand on regarde son parcours. «Je suis et je reste une passionnée de la politique. Aujourd’hui encore, je pense qu’on peut changer les choses.» Enfant, elle discutait déjà politique à la table familiale à Lumino, à deux pas des Grisons, là où elle vit encore. Son père, Werner Carobbio, a été conseiller national pendant vingt-quatre ans et a connu son heure de gloire lorsqu'il enquêtait sur l’affaire des fiches et de la police secrète P-26. Quand elle suit ses études à Bâle, elle s’arrête souvent à Berne pour le voir œuvrer au parlement. Le virus de la politique ne la quitte plus. À 24 ans, elle entre au Grand Conseil tessinois. Elle y restera seize ans, avant de rejoindre le National en 2007. De par sa profession, elle se spécialise sur les questions de santé. «Au début, j’étais la fille de. J’ai dû travailler pour montrer que j’avais mes propres idées.»

Marina Carobbio gravit ensuite les échelons. Elle prend la vice-présidence du PS suisse en 2008 et la tête de l’Asloca en 2010. En 2011, elle se lance dans la course au Conseil fédéral, mais c’est Alain Berset qui est élu. «Je n’étais à Berne que depuis quatre ans, c’était sans doute un peu tôt, mais j’ai appris de cet échec.» Comme de tous les autres, car au Tessin, canton où la gauche est minoritaire, elle a souvent perdu ses combats, dont la construction d’un deuxième tube sous le Gothard, qu’elle combattait en tant que vice-présidente de l’Initiative des Alpes. Pas de quoi entamer ni sa réputation ni sa légitimité à accéder aux plus hautes fonctions. L’an dernier, elle figurait encore dans le dernier carré pour reprendre la tête de l’Union syndicale suisse, même si Pierre-Yves Maillard s’est imposé au final.

À 53 ans, la fille de est désormais conseillère aux États. Et ça la touche: «J’ai rarement vu autant de gens motivés à faire campagne. Cette victoire, c’est celle de toutes les femmes tessinoises.» Dimanche, son père aussi était très ému. «Lui non plus n’en revenait pas.»



Trente-deux élus sortants ont échoué

Un élu sortant a-t-il davantage de chances d’être réélu? En règle générale, la réponse est oui. D’après nos calculs, en moyenne 84% des élus candidats à leur réélection retrouvent leur siège au National. Cette année, 29 conseillers nationaux se sont pris les pieds dans le tapis, sur 171 candidats à leur propre réélection. Parmi eux, l’UDC fribourgeois Jean-François Rime, le Grison Heinz Brand (UDC) ou l’indépendant Luzi Stamm, tous «victimes» de la vague verte.

En 2015, le rebrassage des cartes n’était guère différent: ils étaient 24 sur 174 candidats à leur réélection en 2015 à devoir ranger leur pupitre, soit un échec pour 15% d’entre eux. En remontant le fil du temps, le résultat s’avère plus ou moins similaire lors des précédentes élections fédérales.

Au Conseil des États, la claque est plus violente pour qui ne parvient pas à reconquérir son siège. En moyenne, seuls 5,5% des candidats sortants échouent, ce qui rend ces élections généralement «pliées d’avance». En 2015, seul le Vert vaudois Luc Recordon avait perdu son siège, évincé par le PLR Olivier Français.

Cette année, les surprises ont été plus nombreuses. Avant l’échec du sénateur Filippo Lombardi au Tessin, l’éjection de Werner Hösli (UDC) à Glaris au profit du Vert Mathias Zopfi a surpris tout le monde le 20 octobre. Même résultat inattendu à Fribourg, avec l’échec de Beat Vonlanthen (PDC), contraint de céder sa place à la libérale-radicale Johanna Gapany. Dans ces trois cas, soit la vague verte, soit l’effet femme a eu raison d’élus plus traditionnels.

Restent Argovie, Schwytz et Bâle-Campagne pour que la nouvelle répartition du Conseil des États soit définitivement connue. Aucun sortant ne paraît toutefois menacé dans ces cantons dimanche prochain.

Enfin, le Conseil national ne représente pas forcément un tremplin décisif pour les États. Cette année, huit des 19 élus à la Chambre des cantons viennent du National.

Lucie Monnat

Créé: 18.11.2019, 20h36

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