Le peuple dirait non à un conseiller fédéral Vert

SurpriseSelon notre sondage réalisé à la sortie des urnes, une majorité de Suisses ne veut pas changer la composition du collège pour y intégrer un écologiste.

La présidente des Verts, Regula Rytz (BE), aimerait rediscuter la formule magique; le peuple n'est pas du même avis.

La présidente des Verts, Regula Rytz (BE), aimerait rediscuter la formule magique; le peuple n'est pas du même avis. Image: Keystone

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Ils sont les grands vainqueurs du scrutin de dimanche. Les Verts ont séduit les Suisses comme jamais auparavant. Une progression spectaculaire que les instances dirigeantes du parti aimeraient traduire par une présence au Conseil fédéral. Or, cette perspective, le peuple semble ne pas en vouloir. Selon un sondage de Tamedia (éditeur de «24heures» et de la «Tribune de Genève»), seuls 40% des personnes interrogées estiment que l'heure est venue pour un conseiller fédéral écologiste, contre 51% qui n'en veulent pas.

«Cette présence des Verts au gouvernement serait inédite, et les gens ont sans doute du mal encore à imaginer cette hypothèse, analyse Céline Vara, vice-présidente des Verts et future sénatrice du canton de Neuchâtel. D'autant que la situation actuelle est compliquée avec les partis bourgeois, qui ont verrouillé le Conseil fédéral avec l'élection de deux nouvelles ministres l'an dernier.»

La concordance en question

L'autre vice-présidente du parti, Lisa Mazzone (GE), rappelle que ce sondage a été réalisé à la sortie des urnes. «Les gens ne savaient pas encore l'ampleur de la vague verte. Ce qui est sûr aujourd'hui, c'est qu'il y a un mandat démocratique du peuple qui demande de revoir la formule magique pour y intégrer de nouveaux équilibres. On ne peut pas avoir une majorité PLR-UDC au Conseil fédéral qui n'existe pas au Parlement.»

Un avis que partage en partie Isabelle Chevalley (VD), vice-présidente du Parti Vert'libéral. «Avant de connaître les résultats, moi aussi j'aurais peut-être hésité à répondre oui à cette question. Désormais, je pense vraiment qu'il faut questionner le terme de concordance. L'élection au Conseil fédéral est une affaire de personnes. En fonction de la personnalité et du positionnement du candidat, je pourrais soutenir un écologiste.»

Lüscher tacle la gauche

Dans le détail, ce sont, sans surprise - et dans l'ordre -, l'électorat des Verts (93% de oui), des Vert'libéraux (79%) puis du PS (75%) qui militent pour un fauteuil écologiste. Les partis bourgeois, eux, n'en veulent pas. À commencer par l'UDC (92% de non), le PLR (76%) et le PDC (64%).

Que la majorité des Suisses ne semble pas vouloir de conseiller fédéral Vert ne surprend pas Christian Lüscher (GE), vice-président du PLR. «Les gens ont voulu donner une impulsion écologiste tant au Parlement qu'au Conseil fédéral, mais ils n'ont en aucun cas voulu remettre en cause les institutions.» Et de tacler la gauche, puisque l'électorat socialiste appelle à un ministre Vert, «il n'a qu'à leur offrir un de ses deux fauteuils, car le PS fait partie des grands perdants de dimanche».

La réaction du PLR n'est pas vraiment étonnante, car c'est un de leurs deux sièges que visent les écologistes. Or, selon le sondage, la majorité des personnes interrogées préféreraient piquer ce fauteuil à l'UDC. «Je peux entendre les revendications des Verts, mais attendons les résultats au Conseil des États pour voir s'ils dépassent le PDC en nombre de mandats pour rediscuter de la formule magique, réagit Céline Amaudruz (GE), vice-présidente de l'UDC. Par contre, en étant le premier parti du pays, ce serait de la pure science-fiction de vouloir nous prendre un siège.»

Le PDC serein

À ce petit jeu-là, c'est le PDC, désormais cinquième force du pays, qui semble le plus serein. «La population connaît le fonctionnement des institutions, explique Charles Juillard, nouveau sénateur jurassien et vice-président du parti. Elle sait qu'une forte progression au parlement ne se traduit pas tout de suite par une progression au gouvernement. Il y a un rythme à respecter, et les Verts devront confirmer leurs bons résultats dans quatre ans. Mais, de façon générale, les écologistes savent aussi que le PDC est essentiel pour construire des majorités, et qu'ils n'auraient aucun intérêt à entrer au sein du collège à notre détriment.»

Ce sondage a été réalisé en ligne sur les sites des différents titres de Tamedia entre le 17 et le 20 octobre 2019. Il se fonde sur les réponses de 33'474 personnes de toute la Suisse. La marge d'erreur et de plus ou moins 1%.

Créé: 21.10.2019, 12h00

Qui a voté quoi?

Les Verts ont fait le plein chez les femmes (16% des électrices ont soutenu ce parti, contre 10% des électeurs), chez les jeunes (17% des 18-34 ans, contre 9% des plus de 65 ans), chez les personnes qui ont fait des études supérieures (18% des personnes ayant un diplôme universitaire ou d'une haute école, contre 12% des électeurs ayant suivi l'école obligatoire). On a clairement assisté à un report de voix provenant du Parti socialiste: 20% de ceux qui ont voté PS en 2015 ont cette fois choisi les Verts, ce qui représente le déplacement le plus important de cette élection. Ajoutons que 19% de celles et ceux qui ne s'étaient pas rendus aux urnes en 2015 ont cette fois déposé un bulletin vert. Sans surprise, le débat climatique a pesé de tout son poids puisque 45% de celles et ceux qui ont choisi les Verts estiment que ce parti a des solutions pour un problème urgent, et 28% des Vert'libéraux - deux pourcentages plus élevés que ceux des autres partis sur ce point.

Les Vert'libéraux, eux, ont surtout attiré les salaires les plus élevés (13% de ceux qui gagnent plus de 11'000 francs, contre 6% pour ceux qui gagnent moins de 3000 francs), ainsi que les personnes avec un diplôme universitaire ou d'une haute école (14%). Les Vert'libéraux ont aussi bénéficié d'un report de voix provenant du PBD (14% des électeurs qui avaient choisi ce parti en 2015 ont cette fois voté PVL).

Pour les sondés, le problème le plus urgent n'est toutefois pas le dérèglement climatique. Leurs principaux soucis? Les coûts de la santé (62%), les retraites (59%) puis le climat (52%). La relation à l'Union européenne (42%) et la migration (41%) apparaissent plus bas.

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