«Seul, en politique, on ne fait rien»

GenèveRobert Cramer fait le bilan des années passées sous la coupole fédérale.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Entré au Conseil des États en 2007, Robert Cramer a assumé en parallèle ce mandat et celui de conseiller d’État pendant deux ans. Bête de travail, farouchement attaché à son indépendance d’esprit, il cultive l’idée qu’il faut tout lire, et «surtout ce qui provient de sources qui ne sont pas vos amies», pour voter en étant un peu plus intelligent.


1

La renaturation des cours d’eau

Nous sommes en 2007 et Robert Cramer vient d’arriver à Berne. Avec Filippo Lombardi (PDC/TI), il s’attelle à élaborer un contre-projet indirect à l’initiative populaire «Eaux vivantes» déposée par la Fédération suisse de pêche. Très actif sur la renaturation des cours d’eau à Genève, Robert Cramer estime avoir su faire profiter le débat fédéral de son expérience de terrain. Un compromis est en effet trouvé et l’initiative finit par être retirée. C’est rare. «Cela a confirmé l’utilité d’avoir au Conseil des États des anciens magistrats cantonaux», affirme le Genevois.


2

Pionnier sur le nucléaire et l’économie verte

Ces quatre dernières années, Robert Cramer était le seul Vert au Conseil des États. «Lors de débats sur certaines initiatives populaires, si je n’avais pas été là, personne ne se serait fait le porte-parole des plus de 100 000 personnes qui ont signé le texte», relève-t-il. Seul ou presque, le Genevois l’a aussi longtemps été sur les questions énergétiques et climatiques. «J’ai vécu de très près l’évolution du débat avant et après Fukushima. La Stratégie énergétique 2050 adoptée en Suisse est un contre-projet indirect à notre initiative pour une sortie programmée du nucléaire. Si je fais le bilan, je tiens à rendre hommage à Doris Leuthard, une politicienne hors pair, et à son indépendance d’esprit.» Il cite encore «l’engagement formidable» de l’ancienne ministre sur l’économie verte. Adèle Thorens (VD) salue, elle, une démarche inspirée par Robert Cramer: «Sur l’économie verte, il a été un vrai pionnier, à Genève tout d’abord, puis avec notre initiative populaire.»


Lire aussi: Deux piliers du Palais fédéral s'effacent


3

La non-réélection de Blocher

Le 12 décembre 2007, Christoph Blocher n’est pas réélu au Conseil fédéral. «Ce qui m’a marqué est de l’ordre de l’anecdote. Mais c’est le rituel de cette nuit des longs couteaux. La veille de l’élection, à 22 heures, dans le groupe des Verts, on a été informés que Christoph Blocher ne serait pas réélu. J’ai trouvé fascinant d’entendre malgré tout des spéculations jusqu’au matin même de l’élection, pour quelque chose que je tenais moi-même pour acquis. Et Blocher lui-même semblait surpris de ne pas être réélu!» Robert Cramer en est encore ébahi: «Ce qui m’a le plus frappé, c’est de voir l’étanchéité entre les mondes.»


4

L’écologiste rassembleur

Tout n’a pas toujours souri aux Verts. À la présidence du parti en même temps que Robert Cramer, Adèle Thorens se souvient. «Après les mauvais résultats de 2011, nous avons connu des tensions internes. Avec son recul, sa sérénité et sa force intérieure, Robert a été précieux. Il est rassembleur et a contribué, malgré une période difficile pour nous, au lancement de nos trois initiatives populaires, sur l’économie verte, la sortie du nucléaire et les aliments équitables, qui ont redonné un élan salvateur au parti.» Rassembleur. L’adjectif fait mouche auprès de nombreux collègues de Robert Cramer, tous partis confondus. «La seule grande différence culturelle qui reste entre nous, c’est qu’il est plutôt chasselas et chardonnay, glisse Filippo Lombardi (PDC/TI). Mais grâce à moi, il commence à apprécier le sauvignon.» Parler avec tout le monde. Pour Robert Cramer, cela reste la manière la plus efficace de faire de la politique. «J’ai commencé en ayant la conviction qu’on fait les choses ensemble et je la termine en voyant cette conviction renforcée. Seul, on ne fait rien. Plus profondément, c’est une traduction sociale de la contradiction de l’être humain et de cette complexité que nous portons tous en nous.»


Le portrait de Liliane Maury Pasquier: «J’ai eu une chance incroyable»

Créé: 06.10.2019, 20h02

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.