Les trois dénouements possibles du second tour

Conseil des ÉtatsDimanche, les Vaudoises et les Vaudois ont le choix entre la Verte Adèle Thorens, la socialiste Ada Marra et le PLR Olivier Français. Voici les ingrédients des scénarios.

En lice pour le Conseil des États, Olivier Français (PLR), Ada Marra (PS) et Adèle Thorens (Les Verts).

En lice pour le Conseil des États, Olivier Français (PLR), Ada Marra (PS) et Adèle Thorens (Les Verts). Image: ODILE MEYLAN

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Thorens & Marra, la gauche sort le sortant

Sur le papier, c’est le scénario le plus vraisemblable. Les deux femmes de gauche sont sorties devant au premier tour, avec 19'000 voix d’avance sur leur poursuivant Olivier Français. La dynamique écologique et femme du 20 octobre se confirmerait alors dans le canton de Vaud, pour le Conseil des États. Dans cette hypothèse, l’homme de droite n’arriverait pas à rééditer son exploit de 2015, où il avait arraché le siège au Vert Luc Recordon à la surprise générale. Il faut dire que, cette fois, l’écart de voix à combler est plus important. Il n’y avait «que» 14'000 suffrages de différence entre Olivier Français et le Vert en 2015, après le premier tour.

Si l’électorat de droite ne se mobilise pas fortement, ce scénario se concrétisera. Comme le rappelle l’ancien secrétaire général du PLR Vaud, Philippe Miauton: «La gauche a déjà mobilisé au premier tour, donc plus la participation au second tour sera élevée, plus cela favorisera la candidature d’Olivier Français.»

Cette année, l’UDC appelle franchement à voter pour le candidat PLR. Elle ne l’avait pas fait en 2015, mais depuis, les candidatures UDC au Conseil d’État vaudois en 2017 et 2019 ont mordu la poussière par manque de soutien de l’électorat PLR. Cela a pu laisser des traces.

Jusqu’à maintenant, la gauche a réussi à éviter l’écueil des coups de crayon au sein de l’alliance rose-verte. «Il y a très peu de différence entre les deux candidates après le premier tour, note le député Vert’libéral Régis Courdesse. Le vote est très compact, c’est frappant. Je ne pense pas que cela va beaucoup se détériorer au deuxième tour.» Sur ce point, les bulletins socialistes du 10 novembre seront à surveiller. Le PS est peu habitué à être relégué derrière les Verts. Les camarades se sont montrés particulièrement tendus après les résultats du premier tour. Même victorieux ensemble, les deux partis devront faire évoluer leur relation.

En cas d’élection d’Adèle Thorens et Ada Marra, la droite vaudoise se verra une nouvelle fois mise à la porte de la Chambre des cantons. Elle n’aura retrouvé un fauteuil de sénateur que l’espace d’une législature. Olivier Français a, lui, déjà indiqué qu’il ne siégerait pas au Conseil national s’il n’est pas élu au Conseil des États ce dimanche. La perte de son siège de sénateur pourrait signifier une fin de carrière pour cette figure de la politique vaudoise, âgée de 64 ans.


Lire aussi: Le Vert vaudois est encore à moitié vide


Marra & Français, un équilibre bien vaudois

La «vague verte» du 20 octobre ne serait donc pas aussi forte que les Verts l’ont espéré. Elle se heurterait à une volonté de rééquilibrage. En pionnier, Luc Recordon avait siégé de 2007 à 2015, en tandem avec la socialiste Géraldine Savary.

Dans ce scénario, Adèle Thorens, première du premier tour, finit donc à la troisième place au deuxième tour. En 2015, Géraldine Savary n’était pas parvenue à hisser le Vert Luc Recordon à son niveau.

Retour au bon vieux tandem PLR-PS qui a occupé les deux sièges vaudois pendant cinq législatures depuis 1975. Cet équilibre entre les deux principaux partis cantonaux semble plaire au gros de l’électorat vaudois. Cette collaboration est à l’œuvre au sein des autorités cantonales depuis le début de la décennie. La minorité gouvernementale de droite s’appuie sur une courte majorité de droite au parlement, tandis que le PS domine le gouvernement. Les Vaudois préféreraient une nouvelle fois cette forme de cohérence.

À un gouvernement structuré par l’équilibre entre le PS et le PLR, il faut faire correspondre un duo de sénateurs caractérisé par le même équilibre. Autrement dit, on se comprend mieux si on est des mêmes partis.

À sa façon, Olivier Français lui-même en a parlé, de cette entente. À lematin.ch, avant le premier tour, il dit sa préférence pour siéger avec Ada Marra. Cette déclaration est suivie d’un rétropédalage de son parti qui affirme que les propos ont été sortis de leur contexte. Le danger, pour lui, serait que l’électorat UDC ne pardonne pas à Olivier Français d’ouvrir ses bras à Ada Marra.

Interrogé à ce sujet à l’occasion du grand débat organisé par votre quotidien, Olivier Français corrige le tir: «En réalité, j’ai parlé des partis politiques de Mme Thorens et de Mme Marra, et de mon histoire personnelle avec ces partis, pas des personnes». Voilà donc Olivier Français qui préférerait œuvrer avec les socialistes à la défense des intérêts vaudois plutôt qu’avec les Verts. La parole du sénateur sortant ne vient pas de nulle part. Il semble avoir apprécié de travailler avec la socialiste Géraldine Savary durant une législature, comme auparavant en tant que seul homme de droite dans une Municipalité comptant trois socialistes et deux Verts. Bref, le libéral-radical a fait un tout petit peu la campagne d’Ada Marra.


Thorens & Français, la revanche de la droite

La perte du siège socialiste au Conseil des États, acquis en 1999, serait un vrai coup dur pour les camarades. Il a été occupé par Michel Béguelin de 1999 à 2007, puis par Géraldine Savary jusqu’à aujourd’hui. Le renoncement de cette dernière à rempiler a obligé le PS à désigner un nouveau candidat. Roger Nordmann a été écarté au profit d’Ada Marra pour seulement sept voix lors d’un congrès. Même soutenue par Pierre-Yves Maillard, elle était la plus clivante des deux, disaient ses adversaires. Son éventuelle défaite dimanche leur donnerait raison.

Ada Marra siège au Conseil national depuis 2007, comme Adèle Thorens. Avec sa victoire, la Verte laverait l’affront fait à Luc Recordon en 2015. Le Parti socialiste aurait de quoi entamer une autocritique.

Le 20 octobre, en perdant près de 4% des suffrages, les socialistes ont déjà frisé la perte d’un siège au profit de la gauche de la gauche. En suffrages (y compris avec leurs listes jeunes), socialistes et Verts se retrouvaient à quasi-égalité pour l’élection au Conseil national. C’est dire que les socialistes tomberaient vraiment du piédestal depuis lequel ils regardaient leur allié Vert, jusqu’à aujourd’hui.

L’événement aurait des conséquences sur les prochaines élections. À Lausanne, les Verts ont légèrement dépassé les socialistes. Les premiers pourraient viser un rééquilibrage des forces à la Municipalité en réclamant trois sièges en 2021. Sans compter qu’une candidature Verte pour succéder à Jacqueline de Quattro pourrait trouver des partisans, au risque de fâcher les socialistes.

Le vote de l’électorat UDC sera déterminant pour réaliser ce scénario. «L’électorat UDC s’était mobilisé contre Luc Recordon car personne n’avait oublié sa vantardise au moment de l’éviction de Blocher du Conseil fédéral et avait donc voté Olivier Français», souligne Kevin Grangier, candidat à la présidence du parti. Aujourd’hui c’est Ada Marra que les électeurs UDC rejetteraient, car ils la jugeraient trop xénophile et pas assez patriote: «Mon sentiment est que nous serons de nombreux UDC à utiliser nos deux voix pour faire barrage à l’extrême gauche (sic) en votant pour Français et Thorens.»


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Le PLR Olivier Français ne récolte que très peu de voix sur les bulletins UDC au premier tour. Cela s’explique par le fait que l’électorat UDC devait biffer l’un de ses deux candidats s’il voulait ajouter le nom du sénateur sortant. Sans candidat UDC au deuxième tour, les suffrages de cet électorat devraient se reporter sur le PLR. Reste à savoir dans quelle ampleur. Un phénomène symétrique devrait se produire à gauche entre Ada Marra et la gauche de la gauche. Mais le réservoir de voix est moindre.

Pour le second tour, les Vert’libéraux appellent à voter Adèle Thorens et Olivier Français. Au premier tour, on constate que l’électorat vert’lib était plus enclin à donner sa voix au PLR plutôt qu’à la Verte. Mais il n’y a pas que l’électorat partisan. Philippe Miauton, l’ancien secrétaire du PLR Vaud, remarque que «sur les bulletins sans dénomination du premier tour, Olivier Français fait largement plus de suffrages qu’Ada Marra et Adèle Thorens. C’est sur ces bulletins que le deuxième tour va se jouer.»

Créé: 07.11.2019, 06h41

Qui restera sur le carreau?

Suspense garanti. Observateurs et stratèges sont plutôt d’accord sur un point: les résultats risquent d’être serrés, ce dimanche.

Qui restera sur le carreau? Adèle Thorens, Ada Marra ou Olivier Français? Vont-ils tous chercher des suffrages au centre? Ou alors tentent-ils plutôt d’exploiter à fond les stocks de voix de leur propre famille politique? Olivier Français bénéficiera-t-il de la prime au sortant? L’alliance rose-verte résistera-t-elle?

À l’image du libéral-radical Philippe Miauton, personne ne se risque à faire un pronostic complet. «Selon les projections, il est clair qu’Adèle Thorens arrivera devant, affirme cet ancien secrétaire général du PLR vaudois. Après, le libéral-radical et la socialiste seront dans un mouchoir de poche.»

Le conseiller aux États est arrivé troisième avec 29,2% des voix, lors du premier tour le 20 octobre. Il s’est classé derrière le ticket vert et rose composé d’Adèle Thorens (39,9%) et d’Ada Marra (39,7%). En 2015, Olivier Français avait évincé Luc Recordon en remontant son retard, qui était de quelque 14'000 voix. Aujourd’hui, il doit trouver 19'000 voix.

Mobiliser, remobiliser, lutter contre l’abstention, dont le taux est plus haut au second tour qu’au premier tour. Voilà à quoi s’emploient les candidats et leurs équipes. Le libéral-radical est soutenu par l’UDC et le PDC. Les Vert’libéraux appellent aussi à voter pour lui, mais en ajoutant le nom d’Adèle Thorens. Celle-ci est la seule candidate préconisée par les Jeunes Vert’libéraux. Le ticket Adèle Thorens-Ada Marra est aussi soutenu explicitement par le POP, implicitement par SolidaritéS.

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