Une femme dirigera l’armée, cette mal-aimée

Conseil fédéral Viola Amherd remplace Guy Parmelin. Une première historique accouchée au forceps.

Viola Amherd succédera à Guy Parmelin à la tête du Département fédéral de la défense.

Viola Amherd succédera à Guy Parmelin à la tête du Département fédéral de la défense. Image: Keystone

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Révolution dans l’armée suisse. Pour la première fois, la grande muette sera dirigée par une femme. C’est la nouvelle élue PDC, la Valaisanne Viola Amherd, qui hérite du Département fédéral de la défense. Le titulaire actuel, Guy Parmelin, rejoindra dès janvier celui de l’Économie, laissé vacant par Johann Schneider-Ammann. Quant à Simonetta Sommaruga, elle reprend le Département mammouth des transports, de l’énergie et de la communication laissé libre par Doris Leuthard. Karin Keller-Sutter (PLR) échappe à l’armée mais devra se contenter de jouer la dame de fer sur l’asile au Département de justice et police (lire l’encadré).

Ce jeu de chaises musicales s’est révélé tout sauf harmonieux. Le Conseil fédéral a dû se réunir deux fois avant de devoir trancher. Les anciens, comme Simonetta Sommaruga et Guy Parmelin, ont pu choisir de changer de poste. Restait à attribuer notamment le dicastère militaire, mal-aimé car considéré depuis longtemps comme étant de seconde zone. Ni Keller-Sutter ni Amherd ne souhaitaient le reprendre. Les sept Sages ont dû voter. À la majorité, ils ont attribué le «Pierre noir» à Viola Amherd.

«Un acte irresponsable»

Dans ce grand bazar, le PDC a souffert d’être le plus petit parti gouvernemental. Les mastodontes UDC et PS se sont attribué les meilleurs morceaux. «Cette répartition est un acte irresponsable du Conseil fédéral, tempête Marco Romano (PDC/TI). La majorité des départements change de direction et il faudra plusieurs mois pour que les ministres se familiarisent à leur nouvel environnement.» Un avis toutefois minoritaire au PDC, où l’on fait plutôt contre mauvaise fortune bon cœur. «Ce n’est pas ce que nous désirions, mais ça nous pendait au nez, admet Christine Bulliard Marbach (PDC/FR). Même si ce n’est pas son département de prédilection, je fais confiance à Viola, compétente et flexible, pour relever le défi.»

Pour l’armée, c’est aussi un grand changement. Après avoir dû se coltiner un Romand, voilà qu’elle va devoir obéir à une femme. «Connaissant Viola Amherd, il y aura moins de notes de frais à l’armée, rigole Benjamin Roduit (PDC/VS). Sa capacité de persuasion permettra aussi de remporter les votations difficiles qui s’annoncent, notamment l’achat de nouveaux avions de combat.» Le président du PDC, Gerhard Pfister, ne peut s’empêcher de lancer une pique à Parmelin et à ses prédécesseurs UDC: «J’espère que maintenant le département de la sécurité va passer au XXIe siècle.» On attend de Viola Amherd un coup d’accélérateur à la cyberdéfense, elle qui pendant sa campagne s’était fixé comme priorité la digitalisation.

«Passionnée par son travail»

S’il y a une personne qui peut comprendre ce que la Valaisanne ressent, c’est Simonetta Sommaruga. Le Conseil fédéral lui avait imposé par un vote de reprendre le Département de justice et police (DFJP) en 2010. Le président du PS, Christian Levrat, était alors fou furieux. Aujourd’hui, changement complet de décor. Sommaruga avoue avoir «été passionnée par son travail et par les dossiers au DFJP». Elle a énuméré lundi avec gourmandise toutes ses réalisations au cours des huit dernières années. A posteriori, le Conseil fédéral a-t-il donc eu raison de lui avoir forcé la main? Rire de la socialiste bernoise: «Le résultat montre que l’on peut travailler si on en a l’envie.» Du côté PS en tout cas, le chef de groupe Roger Nordmann s’avoue «très content» de cette répartition. Normal: avec l’Intérieur qui reste dans les mains d’Alain Berset, son parti contrôlera deux départements clés de la Confédération.


L’agriculteur Parmelin pilotera le dossier agricole

Guy Parmelin le voulait-il vraiment ou a-t-il été forcé par son parti? Les deux théories s’affrontent à Berne et le Vaudois est le seul à savoir laquelle est juste. Reste qu’il abandonne la tête de la Défense pour reprendre les rênes de l’Économie. «Je ne lâche pas les troupes, mais cela fait vingt ans que la Défense est en mains UDC, il est sain qu’une autre formation reprenne les dossiers pour les faire avancer», explique le principal intéressé.

Son parti se félicite de ce changement. «Il garantit la poursuite d’une politique clairement de droite à l’Économie. Le département bénéficiera aussi de l’expérience de Guy Parmelin en tant qu’agriculteur.» Le DEFR comporte en effet la formation, la recherche, mais aussi le dossier agricole.

Cette position n’est pas partagée par tous les membres du groupe UDC. «Je n’aurais pas changé, affirme Raymond Clottu (NE). Guy Parmelin porte des projets cruciaux, comme l’acquisition de jets et d’un système de défense sol-air. Il aurait dû aller jusqu’au bout.»

Sans oublier les risques de le voir reprendre l’Économie. «En tant qu’agriculteur, il risque d’être pris en otage dans ce dossier, reconnaît Jean-Pierre Grin (VD). J’aurais préféré qu’il aille au Detec.» Jean-François Rime (FR) ne voit pas les choses ainsi. «Au moins, il sait de quoi il parle. Et comme président de l’Union suisse des arts et métiers, je sais aussi que j’aurai une écoute attentive de sa part.»

Autre embûche pour le Vaudois: régler la question des mesures d’accompagnement dans le dossier européen. Sa position partisane pourrait être un handicap face au refus des syndicats de faire des concessions face à l’UE. «Tout le contraire de Karin Keller-Sutter, qui a l’habitude de travailler avec eux, regrette une PLR. Elle s’est toujours entendue avec Paul Rechsteiner, président de l’USS. Et elle maîtrise l’anglais, ce qui est indispensable à l’Économie.» Confronté à ses propres lacunes, Guy Parmelin répond qu’il maîtrise un «anglais passif» et met en avant l’usage de traducteurs.

Créé: 10.12.2018, 20h11

Justice et Police: le grand retour de la dame de fer

Karin Keller-Sutter redeviendra-t-elle la «Blocher en jupon»? Lorsqu’elle était à la tête du dicastère de la sécurité dans son canton, la Saint-Galloise avait acquis la réputation d’être une dame de fer. Depuis son arrivée à Berne, elle avait changé cette image pour devenir une grande dame de l’économie. Sept ans plus tard, son passé la rattrape: elle prendra la tête de Justice et Police. «Un département central», se réjouit le PLR. Mais déjà, on sent bien qu’il s’agit d’un deuxième choix. Quelques lignes plus loin, le parti précise que Karin Keller-Sutter «aurait été prédestinée» à poursuivre la politique de son prédécesseur au DEFR. Isabelle Moret (PLR/VD) dit d’ailleurs tout haut ce que ses collègues pensent tout bas. «Je suis déçue. L’Économie est un département phare pour le PLR. Avec ses connaissances linguistiques, Karin Keller-Sutter était taillée pour le poste. Reste qu’elle sera parfaite aussi au DFJP étant donné son expérience cantonale. C’est l’avantage d’avoir une conseillère fédérale multicompétente.»

Pour expliquer ce manque d’enthousiasme, un influent élu socialiste rappelle que le PLR vient «d’abandonner l’Économie à l’UDC après lui avoir déjà laissé les Finances». «Je suis malheureusement d’accord avec cette analyse», confie une source PLR, qui craint «le protectionnisme agricole» sous l’ère Parmelin.

À l’autre bout de l’échiquier politique, l’arrivée de Karin Keller-Sutter à la tête de ce dicastère responsable de l’asile provoque aussi quelques sueurs froides. «J’ai été surprise par sa position très dure sur le pacte de l’ONU sur les migrations, admet Valérie Piller Carrard (PS/FR). Par contre, je pense qu’avoir une personnalité telle que Karin Keller-Sutter sera bienvenue lorsqu’il faudra combattre l’initiative UDC qui veut la fin de la libre circulation ou celle qui vise l’interdiction de la burqa. Ça va recadrer les fronts à droite.»

Une de ses collègues craint le repositionnement de certains dossiers chers à la gauche, comme la transparence ou l’égalité homme-femme. «Elle-même a reconnu qu’elle se serait abstenue lors du vote de la loi sur l’égalité. Ça ne va pas faire avancer la cause des femmes.»

Florent Quiquerez

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