Les femmes discriminées par une complémentaire populaire

Assurance-maladie Selon Comparis, les primes pour la couverture «Division commune Suisse entière» seraient bien moins chères pour les hommes.

Les frais découlant de la maternité contribueraient à expliquer, chez certains assureurs, l’écart des primes entre hommes et femmes.

Les frais découlant de la maternité contribueraient à expliquer, chez certains assureurs, l’écart des primes entre hommes et femmes. Image: KEYSTONE/ENNIO LEANZA

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«Dans le cas de la couverture hospitalière «Division commune Suisse entière», la prime est en moyenne 25% plus chère pour une trentenaire que pour un homme du même âge.» Venant de Comparis au sujet de la complémentaire la plus répandue en Suisse (2,7 millions d’assurés), cette révélation risque d’en indigner plus d’un. Surtout à une époque où les inégalités de traitement basés sur le sexe sont de plus en plus dénoncés. «Ces différences de tarifs tiennent notamment au fait que la maternité est incluse chez certains assureurs», explique Felix Schneuwly, l’expert de Comparis dans le domaine des assurances-maladie, en précisant que ces surcoûts concernent principalement les trentenaires.

Dans certains cas extrêmes, le fossé se creuse même encore plus puisque l’écart des primes pour cette couverture particulière peut aller jusqu’à 80% pour un assuré ayant signé un contrat avec EGK et étant né avec deux chromosomes sexuels X. «Notre produit inclut en plus des prestations de médecine alternative particulièrement prisée par les femmes», détaille Ursula Vogt, responsable de la communication de l’assureur.

Si les différences de prix semblent moins grandes chez Visana (38%), CSS (26%) ou encore Sanagate (25%), un autre écart non négligeable apparaît avec le Groupe Mutuel, dont la prime pour une femme née en 1988 est supérieure de 62% à celle d’un homme du même âge. «Nous calculons nos primes en fonction des risques maladie et accidents pour les deux sexes et, pour les femmes, en y incluant celui de la maternité. Or, statistiquement, la probabilité d’une hospitalisation est plus élevée pour une femme de 30 ans que pour un homme du même âge», explique Christian Feldhausen, chef de presse de l’assureur valaisan. À noter encore que parmi les quelques villes analysées par le comparateur en ligne, Genève est celle dont les habitants paient les primes les plus élevées.

Opacité dénoncée

Au-delà de ces différences en réalité modestes (de quelques dizaines de francs), le comparateur suisse en ligne tente une nouvelle fois de dénoncer le manque de transparence qui règne autour de ces assurances hospitalières, jugées par certains comme étant en plus obsolètes. Les experts de Comparis rappellent en effet que ce type de couverture est devenu beaucoup moins utile depuis 2012, année où le libre choix de l’hôpital a commencé à s’appliquer à l’ensemble de la Suisse. «Pour contourner habilement cette nouvelle donne, onze des treize principales caisses de Suisse groupent les prestations dans des packs», explique Felix Schneuwly.

Un avis partagé par la Fédération romande des consommateurs (FRC), qui estime que l’opacité actuelle du calcul des primes ne permet ni de savoir si cette couverture correspond à un besoin réel de l’assuré ni d’en comprendre les différences d’une caisse à l’autre.

Des primes unisexes?

Valérie Muster, juriste à la FRC, rappelle à ce propos que le contrôle des primes des complémentaires est du ressort de l’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (FINMA). «Malheureusement, cet organisme n’interviendra, dans le sens d’une baisse, que si le prix imposé par la caisse maladie résulte d’un abus avéré dans la fixation des primes», explique-t-elle, en précisant que ceci ne concerne pas les fortes augmentations si elles arrivent à être justifiées par une caisse maladie.

L’étude de Comparis a également l’avantage de relancer un autre débat: faut-il des primes unisexes dans le domaine des assurances (complémentaires et autres)? Depuis que l’Union européenne a interdit, le 21 décembre 2012, toute forme de discrimination entre hommes et femmes (imposant ainsi des tarifs unisexes pour tout type d’assurances), la question se pose en Suisse, où seules les primes de l’assurance de base (LAMal) sont identiques pour les assurés des deux sexes.

Au moment où l’Europe adoptait ce nouveau principe, l’Association suisse d’assurances (ASA) s’était en tout cas formellement opposée à ce qu’un tel procédé soit adopté en Suisse. Dans une chronique publiée dans le quotidien «Le Temps», Aurea Fernandes, actuaire à La Mobilière, arrivait notamment à la conclusion qu’avec un système de primes unisexes, il n’y aurait pas de gagnant.

Concernant la fameuse complémentaire «Division commune Suisse entière», Valérie Muster rappelle avec regret que «l’assuré suisse n’a pour seul choix, une fois de plus, que celui de comparer les offres et de choisir celle d’une caisse plus adaptée à ses besoins et son budget». (24 heures)

Créé: 12.07.2018, 21h45

Des primes moins salées

Petite lueur à l’horizon pour les assurés: les primes maladie devraient augmenter moins fortement en 2019 (+3%) que les années précédentes. Le principal facteur est un recul des coûts hospitaliers. En 2017, les prestations de l’assurance obligatoire de soins ont augmenté de 1,7% par personne, soit de 3788 à 3851 francs, a communiqué jeudi SantéSuisse. La moyenne pluriannuelle se situe à 3,2%.
Pour 2018, la faîtière des caisses maladie s’attend à une croissance par assuré d’environ 3%. Elle s’élevait à 4% durant les dernières années.

Une bonne nouvelle se profile en particulier pour les familles. Suite à l’explosion des primes ces dernières années, le parlement a décidé en 2017 de réduire celles pour les jeunes adultes de 19 à 25 ans. Pour cette catégorie d’âge, le versement dans la compensation des risques diminue. Les caisses maladie pourront offrir des rabais dès 2019. Les primes pourraient baisser de 100 francs par mois. ATS

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