Un festival déchaîne la polémique en refoulant des handicapés

ValaisDes personnes en fauteuil roulant ont été privées de concert à Sion sous les étoiles ce week-end. L’organisateur assume son choix.

Une manifestation a rassemblé une douzaine de festivaliers refoulés et de proches scandalisés. La sécurité les a accueillis.

Une manifestation a rassemblé une douzaine de festivaliers refoulés et de proches scandalisés. La sécurité les a accueillis. Image: DR

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«Cela fait des années que je voulais voir Patrick Bruel, mais je n’ai pas pu entrer dans le festival. J’ai dû suivre le concert depuis le parking.» Thuy Essellier, qui se déplace en fauteuil roulant, n’a pu pénétrer sur le site de Sion sous les étoiles, vendredi. La quadragénaire était pourtant munie d’un billet à 95 francs pour la soirée. Une mésaventure vécue par des dizaines de personnes à mobilité réduite ce week-end. L’organisateur a refusé qu’elles se mêlent à la foule des festivaliers, une plate-forme leur étant réservée. Vingt handicapés en fauteuil et leurs accompagnateurs peuvent y prendre place. «J’ai appelé il y a quatre mois et on m’a dit qu’il n’y avait plus de places. J’ai donc acheté un billet normal», relate Thuy Essellier.

«Vision rétrograde»

L’impossibilité d’entrer et d’aller sur la pelouse a été signifiée à la Valaisanne et à bien d’autres pour des raisons de sécurité. Mais cette décision a suscité un torrent de témoignages et de réactions indignées sur les réseaux sociaux durant tout le week-end. Nombre de personnes en fauteuil, de parents d’enfants en situation de handicap ou de festivaliers cloués temporairement dans une chaise roulante par un récent accident ont rapporté avoir été refoulés. Une manifestation a réuni samedi une douzaine de personnes à mobilité réduite en colère devant l’entrée du festival. Les participants ont demandé en vain à parler à l’organisateur. Ils ont été bloqués par un cordon d’agents de sécurité.

La question de l’autonomie de chacun est au cœur de la polémique. Le fait d’être obligé d’aller sur une plate-forme spéciale est vertement critiqué. «Vouloir nous parquer derrière des barrières est une vision rétrograde du handicap. Cela ne devrait plus exister en 2019, estime Thuy Essellier. Nous voulons pouvoir participer à des activités comme tout le monde et profiter des concerts avec notre famille.» Membre du comité du Club en fauteuil roulant du Valais romand, elle explique que l’association va étudier la légalité de l’accueil et des restrictions subies par les personnes concernées.

Fauteuils jugés dangereux

Elle ne comprend pas le manque de souplesse de l’organisateur. «Certains ont besoin d’un accompagnant, d’être encadrés et d’aller dans un espace réservé. Mais nous sommes nombreux à pouvoir nous débrouiller seuls, juge la quadragénaire. C’est ridicule de nous empêcher d’aller sur la pelouse avec les autres.» Thuy Essellier assure n’avoir pas eu de problème à entrer et à se déplacer librement dans les autres grands festivals romands (lire encadré).

Contacté, l’organisateur Michael Drieberg dit avoir «bonne conscience» face à l’avalanche de critiques. Il assume sa politique et justifie ces restrictions par la sécurité du festival, dont la 6e édition s’est achevée dimanche soir. Elle a attiré quelque 52'000 spectateurs venus de toute la Suisse romande. «Je ne comprends pas qu’il y ait des discussions. Lorsqu’il y a 15'000 participants sur un terrain, avoir quelques personnes en fauteuil roulant au milieu est dangereux. Elles constituent des obstacles en cas de mouvement de foule, assure le dirigeant de Live Music Production. Quand un problème survient, tout le monde se met à courir. C’est dramatique si quelqu’un percute un fauteuil, tombe et se fait piétiner.»

«Je ne céderai pas»

Selon Michael Drieberg, les plates-formes représentent l’unique solution pour assister à des concerts dans un fauteuil roulant. Il en vante les atouts et critique ceux qui ne sont pas entrés ce week-end. «Ces espaces sont les mieux situés du festival, tout près de la scène, relève-t-il. Cette polémique est due à des gens qui ne voulaient juste pas y aller.»

L’organisateur de Sion sous les étoiles précise qu’un agrandissement des espaces réservés est à l’étude. Sa politique ne sera toutefois pas remise en question. «Nous réfléchissons à adapter les plates-formes pour en augmenter la capacité, mais je ne céderai pas sur la question de l’interdiction d’aller sur la pelouse en fauteuil roulant. C’est hors de question, martèle Michael Drieberg. Le jour où il y a un accident, ce n’est pas la personne à mobilité réduite ou l’association de défense qui va en prison, mais l’organisateur.»



Accès libre dans les deux grands festivals romands

Pour se justifier, Michael Drieberg assure notamment qu’aucun organisateur de festival n’accepterait que des personnes en fauteuil se placent au milieu de la foule des fêtards. «Ils respectent tous la même procédure et ont des plates-formes réservées pour des raisons de sécurité», dit le Genevois à la tête de Sion sous les étoiles. Or, vérification faite, cela n’est pas le cas chez les deux mastodontes romands.

Au Paléo, on informe qu’il n’y a aucune règle de ce genre. «Les personnes en fauteuil roulant vont où elles veulent, où elles le peuvent, assure l’organisateur Daniel Rossellat. Elles peuvent avoir envie de bouger, de participer à tout comme n’importe quel autre festivalier.» Il précise que des plates-formes sont mises en place devant chaque scène du festival pour celles et ceux qui le désirent. «Nous avons également des WC adaptés et des espaces de détente et de soin. Cela peut arriver que ce soit plein, mais les retours sont généralement positifs», précise Daniel Rossellat. Les personnes en situation de handicap peuvent venir avec un accompagnateur, qui ne paiera pas son billet. «Cela pour remercier les proches aidants», précise-t-il.

Le Montreux Jazz Festival a adopté une politique similaire. Des podiums assurant une bonne visibilité aux personnes à mobilité réduite sont installés dans chaque salle, mais il n’est pas obligatoire d’y prendre place. L’ensemble du festival est libre d’accès, souligne l’organisation. Un accueil handicap est disponible à l’entrée, mais il est facultatif.

Il y est notamment possible de demander à être accompagné par un membre du staff pour accéder aux différents lieux et ascenseurs mis à disposition.

Créé: 14.07.2019, 21h52

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