Le feu «No Billag» s'étend en Suisse alémanique

Redevance radio-TVDes sénateurs inquiets interpellent le Conseil fédéral sur la SSR. Cette dernière est passée au lance-flammes dans la NZZ.

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«Un champ de ruines.» Voilà ce que craint Beat Vonlanthen le 4 mars quand les Suisses se prononceront sur l’initiative «No Billag». Le conseiller aux États (PDC/FR) est un opposant résolu à ce texte qui veut supprimer la redevance obligatoire en faveur des radios-TV publiques (SSR) et de stations privées. Mais il juge la situation actuelle explosive. Il vient de déposer une interpellation, cosignée avec des sénateurs de tous bords politiques, où il tire la sonnette d’alarme. «Il faut que le Conseil fédéral agisse maintenant, sinon on court à la catastrophe. Il n’y a pas de plan B si l’initiative passe.» Quel est le problème selon lui? Il voit trois foyers d’opposition principaux en Suisse alémanique: les jeunes qui ne veulent pas d’une redevance obligatoire et forfaitaire, l’USAM qui relaie le mécontentement des entreprises, dont certaines seront davantage taxées, et les éditeurs qui critiquent fortement l’emprise de la SSR sur Internet et sur le marché publicitaire.

Selon le Fribourgeois, il faut tranquilliser les entreprises en réexaminant celles qui seront frappées le plus lourdement par la redevance. Il faut surtout rassurer les éditeurs en restreignant le champ de la SSR. Il cite plusieurs possibilités: plus grande part de la redevance en faveur des radios-TV privées, limitation de la publicité et même abandon de la régie Admeira, éviter des journaux élaborés sur les plates-formes Internet SSR pour ne pas concurrencer de façon déloyale les privés, etc. «Il faut répondre de façon convaincante sur ces points pour empêcher un Waterloo», conclut Beat Vonlanthen. Cette interpellation n’est pas anodine. Car le PDC est d’ordinaire le bastion politique de la SSR. Ses membres peuplent depuis longtemps les organes dirigeants, à l’instar de Jean-Michel Cina, le président du conseil d’administration. Le chef de groupe parlementaire PDC, Filippo Lombardi, a aussi cosigné le texte. «Je suis inquiet. Des questions sur la place des médias auraient dû être traitées depuis longtemps.» Il attend un geste du Conseil fédéral avant la votation sur la SSR, sans vouloir dire lequel. Mais il s’empresse de préciser. «Ce n’est pas parce que la Suisse médiatique provoque des maux de tête en raison de la proéminence de la SSR qu’il faut la décapiter.»

Le conseiller aux États Josef Dittli (PLR/UR), également signataire, ne croit pas trop à des mesures de dernière minute. Il plaide plutôt pour que le Conseil fédéral présente avant le vote un plan B, C et D en cas d’acceptation de l’initiative. «Il faut prévoir plusieurs variantes. Cela dit, je ne vois heureusement pas comment l’initiative pourrait passer la barrière du vote des cantons.»

À propos des cantons, les gouvernements de la Suisse occidentale ont publié un communiqué lundi qui condamne et rejette «No Billag». Et d’expliquer: «La SSR assure une mission fondamentale. Elle reflète la réalité suisse sur le plan national, régional et local. Aucun média privé ne peut remplir une telle mission nationale dans un petit pays multiculturel.» La Conférence y voit donc une attaque contre la cohésion nationale. De l’autre côté de la Sarine, pourtant, l’incendie «No Billag» s’étend. Samedi dernier, c’est le rédacteur en chef de la NZZ, Eric Gujer, qui passait au lance-flammes la SSR. Le titre de son édito claque à la une: «La Suisse n’a pas besoin de médias d’État.» Il dépeint la SSR en «dinosaure» de la guerre froide, qui essaie de nous persuader que l’évolution n’existe pas. Il s’en prend ensuite à la gauche et à Doris Leuthard qui veulent prendre le contrôle des médias privés en les subventionnant, tout en assurant une place disproportionnée à la SSR et à ses satellites.

L’article a provoqué une déflagration sur les réseaux sociaux. Et ce n’est pas tout. Le directeur de la SSR, Gilles Marchand, avait été épargné jusque-là. Or Kurt Zimmermann, le rédacteur en chef de Schweizer Journalist, vient de le qualifier de «capitaine par beau temps», en raison de son refus d’élaborer un plan B si l’initiative passe.

Créé: 19.12.2017, 07h19

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