Pourquoi la filière du lait suisse est en ébullition

DécryptageLe Conseil fédéral s’apprête à publier un rapport de l’Office fédéral de l’agriculture sur les conséquences de l’ouverture du marché laitier dans l’UE. Les paysans en seraient les grands perdants. Explications.

La libéralisation du marché du lait aurait de graves conséquences pour les producteurs suisses.

La libéralisation du marché du lait aurait de graves conséquences pour les producteurs suisses. Image: Keystone

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Le monde paysan suisse est en ébullition. En cause: un rapport à paraître mercredi normalement, sous l'égide du Conseil fédéral. Il brosse les conséquences de la libéralisation du marché du lait avec les pays de l'Union européenne. Les producteurs suisses en seraient les grands perdants. Décryptage.

De quoi parle-t-on?

En été 2012, la commission de l’économie et des redevances du Conseil national déposait une motion demandant au Conseil fédéral un rapport analysant de manière approfondie l’ouverture sectorielle du marché des produits laitiers avec l’Union européenne, ainsi que sa faisabilité dans le contexte des relations bilatérales entre la Suisse et l’UE. La motion a été acceptée par les deux Chambres, la dernière en mars 2013. C’est aujourd’hui ce rapport qui met le feu aux poudres et que le Conseil fédéral va vraisemblablement présenter ce mercredi.

Que dit ce rapport?

Le rapport a étudié les avantages et les inconvénients de la libéralisation du 2e secteur laitier, dit la «ligne blanche». Celui-ci concerne le lait, le beurre, la crème, le yaourt et les fromages frais. L'étude proposerait différents scénarios, selon des informations qui ont filtré dans la presse ces derniers jours. Quel que soit le modèle choisi, les producteurs laitiers suisses en subiraient les principales conséquences. Celles-ci mettraient même en péril la majeure partie des exploitations laitières en Suisse.

Quid des fromages à pâte dure?

Ils ne sont pas concernés par le rapport puisque le marché est déjà ouvert depuis 2007 sans avoir engendré de séisme majeur dans la branche. Certes les importations européennes ont augmenté, mais la Suisse a aussi davantage exporté ses spécialités. Cette «ligne jaune» représente 45% du secteur laitier. La «ligne blanche» en discussion aujourd’hui représente les 55% restants.

Quels sont les scénarios envisagés par l’OFAG?

Il y en aurait plusieurs, selon des sources proches du dossier citées par la presse. Deux variantes sortiraient du lot. Il s'agirait de reverser les 310 millions de francs attribués aujourd'hui par Berne aux producteurs laitiers à titre de supplément pour la transformation du lait en fromage. Et d'y ajouter 100 à 150 millions de francs d'aide, soit via un supplément de 9 centimes par litre de lait, soit par une contribution à la surface herbagère à 800 francs l'hectare. Mais dans les deux cas, la conséquence serait une baisse du prix du lait de 17 centimes au minimum pour les producteurs laitiers. Une pilule difficile à avaler. Pour rappel, ils touchent aujourd'hui 65 centimes par litre.

Qui seront les perdants de cette libéralisation?

Les grands perdants seraient donc les producteurs suisses. Quel que soit le scénario retenu, ils perdraient des plumes dans l’aventure, à moins que la Confédération les soutienne drastiquement sur le plan financier, avec les risques de dépendance que cela comporte. Certes, ils auraient davantage accès au marché international et pourraient vendre leur lait à des producteurs transfrontaliers par exemple. Mais ils devraient aligner leur prix sur ceux de l’UE, ce qui entraînera une baisse du produit des ventes. Sans parler des fluctuations du marché européen et aux variations du cours des changes auxquels ils seraient soumis.

Et les gagnants?

Ce sont les transformateurs du lait et l’industrie alimentaire. Pour les premiers, de nouveaux marchés pourraient s’ouvrir et une meilleure compétitivité pourra s’installer grâce à la pression de la concurrence. Les prix devraient descendre pour le beurre et la matière grasse en Europe. En outre, cela devrait faire baisser le tourisme d’achat des produits laitiers, selon les informations qui ont filtré.

Et les consommateurs dans tout ça?

Ils devraient faire aussi partie des gagnants puisque la baisse du prix du lait devrait se répercuter pleinement sur le prix des yaourts ou de la crème. Pourtant beaucoup en doutent déjà. En effet, les consommateurs risquent de se retrouver avec davantage de produits laitiers étrangers sur les étals ou dans les produits transformés vu qu'ils seront moins chers que les suisses. En outre l’introduction du Cassis de Dijon pour nombre de produits alimentaires a montré que les prix ne baissaient pas, contrairement à la qualité.

Que va-t-il se passer maintenant?

Le rapport que devrait présenter le Conseil fédéral n'est qu'un rapport justement. Le gouvernement devrait en prendre acte, sans forcément prendre position sur les variantes dudit texte, et le renvoyer à son mandataire, la commission du National qui l'étudiera, selon des sources proches du dossier. En fonction de ses conclusions, le monde paysan, qui est bien parti pour rejeter en bloc toute idée de libéralisation de ce 2e secteur laitier, montera peut-être au front. Mais rien ne presse et Berne, tout comme l'Union européenne, ont d'autres dossiers bien plus urgents à régler, à commencer par les bilatérales suite au vote du 9 février. Corollaire: cette libéralisation pourrait bien rester lettre morte ou dormir simplement au fond d'un tiroir.

Créé: 14.05.2014, 06h31

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