Passer au contenu principal

«Les filières augmentent les inégalités»

Deux chercheurs montrent que séparer les élèves réduit l’égalité des chances, sans augmenter les performances.

Georges Felouzis, professeur à la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation à l’Université de Genève
Georges Felouzis, professeur à la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation à l’Université de Genève
DR

L’école ne comble pas forcément les inégalités sociales. Parfois, elle peut même les favoriser. Comment faire pour qu’un maximum d’élèves réussissent? Certains cantons séparent les écoliers dans des filières en fonction de leurs compétences; d’autres privilégient un «système intégré» où ils sont mélangés. «Il y a beaucoup de débats sur l’organisation de l’enseignement obligatoire», note Georges Felouzis, professeur à la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation à l’Université de Genève. Avec un collègue, Samuel Charmillot, il vient de publier un article dans la revue Social Change in Switzerland, éditée par FORS, le Pôle de recherche national LIVES et l’Université de Lausanne.

Les deux chercheurs ont décortiqué les résultats des enquêtes PISA, menées en 2003 et en 2012 dans quinze cantons. Ces données montrent que le Jura obtient les meilleurs résultats en matière d’égalité des chances. Le statut socioéconomique des parents n’y explique que 4% des différences des résultats des enfants en maths, en 2012. Ce pourcentage est de 6% dans le Valais romand et au Tessin, 10% à Genève et 14% dans le canton de Vaud. Les plus grandes inégalités sont enregistrées à Zurich (19%, chiffre 2009).

«Nous ne pouvons pas expliquer toutes ces différences, commente Georges Felouzis. Mais nous constatons que si on oriente très tôt les élèves dans des filières différentes, cela les sépare en fonction de leurs caractéristiques sociales et produit beaucoup d’inégalités.» Cela se voit aussi dans le temps: les cantons qui, entre 2003 et 2012, ont choisi de réduire la sélectivité ont en général vu augmenter la part de bons élèves issus de milieux modestes.

Si les filières différenciées ne garantissent pas l’équité, leurs partisans soulignent que les élèves y obtiennent de meilleurs résultats. Les chercheurs, eux, concluent qu’aucun canton n’est à la fois plus efficace (concept mesuré par le score moyen des élèves en maths) et moins égalitaire que la moyenne. Cette sélection n’aide-t-elle pas quelques-uns à atteindre l’excellence? «Les pays connaissant des systèmes de filières ne produisent pas une excellence scolaire supérieure aux autres», répond Georges Felouzis. Un élève n’est pas forcément bon partout ou durant toute sa scolarité, explique-t-il en substance: un système souple permet de s’adapter à sa progression.

«Un nombre croissant de cantons optent aujourd’hui pour des systèmes moins segmentés, voire totalement intégrés», soulignent les chercheurs. Leurs conclusions sont partagées par de nombreux spécialistes et le Syndicat des enseignants romands prône depuis 2011 une école sans filières. «Nos autorités vont dans ce sens, résume son président Samuel Rohrbach. Mais nos écoles ne sont pas encore complètement hétérogènes.»

La conseillère d’Etat genevoise Anne Emery-Torracinta, en charge de l’Instruction publique, voit elle aussi dans cette étude la confirmation que «séparer les élèves n’est pas forcément efficace pour ceux qui ont des difficultés d’apprentissage, les mélanger ne prétérite pas ceux qui ont de la facilité». A Genève, le débat n’est toutefois pas clos: Laurent Vité, président de la société pédagogique genevoise, note que les élèves sont encore divisés en trois filières. «Cela reste assez sélectif. L’idéal serait d’employer une méthode finlandaise sans aucune filière jusqu’à quinze ans.»

Le canton de Vaud connaît deux filières, avec des options dans la voie prégymnasiale et deux niveaux dans la voie générale pour certaines disciplines. «Cela garantit plus de souplesse que par le passé, mais ce système est difficile à mettre en œuvre», commente Yves Froidevaux, secrétaire général de la Société pédagogique vaudoise. Au départ, son association préconisait une filière unique. «Aujourd’hui, la priorité est surtout d’améliorer le système actuel», conclut-il.

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.