Le film qui dévoile les dessous de l’échec du Gripen en votation

CinémaPourquoi le peuple a-t-il refusé l’achat d’un nouveau jet? Frédéric Gonseth donne sa version dans un docu aux allures de thriller.

Jo Lang, figure du Groupe pour une Suisse sans armée (à g.) et Christophe Keckeis, ancien chef de l'armée, sont deux des protagonistes du film.

Jo Lang, figure du Groupe pour une Suisse sans armée (à g.) et Christophe Keckeis, ancien chef de l'armée, sont deux des protagonistes du film. Image: FABIAN UNTERNAEHRER

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

C’est un film dont on connaît déjà la fin: le 18 mai 2014, 53% des votants disent non à un nouvel avion de combat. Une défaite rarissime pour l’armée, que Frédéric Gonseth décortique dans un documentaire intitulé La bataille du Gripen. Durant neuf mois, le réalisateur vaudois suit les tactiques et scandales qui émaillent la campagne. Une histoire passionnante qui plonge le spectateur à l’intérieur d’une des votations les plus disputées des dernières années.

L'opinion publique

Présenté hier lors des Journées de Soleure, ce film prend des allures de thriller politique. On y retrouve la même tension que dans Le génie helvétique. A une différence près. Alors que Jean-Stéphane Bron s’intéressait au processus démocratique entourant l’élaboration d’une loi, La bataille du Gripen s’interroge sur l’évolution de l’opinion publique.

«A part quelques sondages, on a peu de moyens de savoir comment elle se fabrique, raconte Frédéric Gonseth. Pour comprendre ce que pensent les gens, il faut aussi comprendre quelles sont en parallèle les stratégies des partis.» Des stratégies que certains coups de théâtre mettent à mal. Le film relate les couacs d’Ueli Maurer, l’ingérence de la Suède ou le début des hostilités en Ukraine.

Est-ce un film ou un documentaire? «Dès qu’il y a du montage, il y a une forme de subjectivité, répond le réalisateur. La mienne s’est construite dans ce que j’ai perçu des deux camps et de la population.»

Travail de paparazzi

Deux camps adverses, à qui il a fallu donner des garanties de neutralité. Celui des partisans est incarné par Christophe Keckeis, ancien chef de l’armée. «Comme Frédéric Gonseth était plutôt proche du Groupe pour une Suisse sans armée, le Département de la défense ne souhaitait pas intervenir dans le film, explique-t-il. J’ai donc accepté de prendre ce rôle, tout en informant l’équipe du film des principaux événements prévus par le camp du oui. Elle a fait un travail de «paparazzi» pour pouvoir montrer les arguments des uns et des autres.» Pour lui, le but est atteint. «Le film dévoile bien l’envergure prise par cette campagne. Il questionne aussi les limites de la démocratie directe, quand on pose des questions complexes.»

On sent toutefois chez l’ancien pilote l’amertume de la défaite. «Le peuple s’est trompé, il va falloir tout recommencer. Nos adversaires politiques ont répété des mensonges. Ma seule satisfaction est que certains n’ont pas été réélus.» Christophe Keckeis en veut aussi à Ueli Maurer, dont la responsabilité ressort largement dans le film. «Il n’est jamais devenu un Homme d’Etat. C’est pour cela que l’armée est dans une situation difficile.»

Combat d’idées

Face à lui, deux visages illustrent le camp des opposants. Deux élus écologistes qui ne siègent plus sous la Coupole: le Bernois Jo Lang et Christian van Singer. «Ce documentaire rend compte de la richesse du débat démocratique et met en scène toute la stratégie qu’il y a derrière, explique le Vaudois. En ce sens, c’est un beau travail de mémoire, qui n’a rien à voir avec de la propagande. A la fin, les adversaires sont capables de discuter ensemble, cela montre un combat d’idées et pas de personnes. C’est ça la richesse de notre démocratie.» Un regret? «Je trouve que le refus des Romands n’est pas assez mis en avant, explique Christian van Singer. Il y avait en Romandie un rejet plus fort, car de nombreux élus de droite, à côté des Verts et de la gauche, étaient opposés au Gripen.»

Outre la tension palpable du film et le sérieux du sujet, certaines scènes déclenchent de beaux éclats de rire. «La démocratie est sérieuse, voire ennuyeuse. Pour la rendre intéressante, il faut aussi pouvoir en rire», souligne Frédéric Gonseth. Que retiendra-t-il de cette expérience? «Je me suis rendu compte à quel point les gens ne sont pas les clichés qu’on pense qu’ils sont.»

Créé: 22.01.2017, 20h00

Infos

«La bataille du Gripen»

Sur les écrans romands dès le 1er mars.

Articles en relation

Que faire après la débâcle de la votation sur les Gripen?

L’invité Pour l'ancien commandant des Forces aériennes Fernand Carrel, il faut prolonger la durée de vie des FA/18 jusqu'en 2030 en les améliorant. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 7

Paru le 19 septembre 2019
(Image: Bénédicte) Plus...