Finies les réserves de café en cas de guerre

AlimentationLe Conseil fédéral a annoncé mercredi son projet de mettre fin au stockage obligatoire de kilos de café en cas de crise dans le pays.

À La Chaux-de-Fonds, l’entreprise La Semeuse est chargée de stocker 100 tonnes de café par année pour prévenir les pénuries.

À La Chaux-de-Fonds, l’entreprise La Semeuse est chargée de stocker 100 tonnes de café par année pour prévenir les pénuries. Image: Keystone

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Terminées, les réserves de café exigées par la Confédération! Les quelque 15'000 tonnes de café, vert ou torréfié, qui patientent sagement dans des entrepôts du secteur privé au cas où une crise majeure frappait la Suisse pourront être écoulées. Tel est le projet du Conseil fédéral, qui souhaite mettre un terme au stockage obligatoire d’une partie du café disponible en Suisse.

«Un impact psychologique»

Après une analyse, l’Approvisionnement économique du pays (AEP) a estimé que le café n’était plus un bien indispensable à la survie. Cet organe privé, qui examine le bien-fondé des stocks alimentaires pour la Confédération, souligne que la boisson n’apporte pratiquement pas de calories et ne contribue pas à l’apport énergétique nécessaire quotidiennement à un être humain. Il n’y aurait donc aucune raison d’en conserver de grandes quantités à des fins sécuritaires.

Du côté de Réservesuisse, l’organisation chargée de la surveillance des stocks alimentaires, c’est l’incompréhension. Son président, Hans Häfliger, émet quelques réserves face aux arguments avancés par l’AEP: «Nous savons depuis longtemps que le café n’a pas de valeur nutritive essentielle. Par contre, il a un impact psychologique et peut faire du bien en temps de crise. On le voit un peu partout: les premiers éléments qui se négocient au marché noir en temps de guerre sont la nicotine et le café.»

Sans réserves, les Suisses devront-ils donc se battre ou avoir recours à la contrebande pour obtenir leur dose de café si une guerre éclate? Pour l’AEP, le risque de sous-approvisionnement durable en café reste très faible. Les plantations sont réparties sur trois continents et sa récolte est possible tout au long de l’année, rendant une pénurie en Suisse peu probable. «De mauvaises récoltes à l’échelle locale feraient, certes, grimper les prix sur les marchés, mais elles pourraient être compensées par d’autres zones de plantation», écrit l’AEP dans son rapport, estimant que le secteur privé peut garantir à lui seul les provisions de café.

Certains s’y opposent

Ce besoin de conserver des réserves remonte aux années 40. Après la Seconde Guerre mondiale, la Suisse s’est dotée d’un système de réserves d’aliments et de fourrages visant à mettre sa population à l’abri de la pénurie en cas de crise comme un conflit armé, une épidémie ou une catastrophe naturelle.

Pour ce faire, la loi impose aux entreprises de l’industrie agroalimentaire, aux producteurs et aux négociants de constituer des stocks de vivres. Parmi les denrées de première nécessité qui doivent être stockées, on trouve le riz, le sucre, les céréales panifiables, le blé dur, les huiles et graisses comestibles ainsi que les denrées fourragères et… le café. Ce dernier pourrait donc bientôt disparaître de la liste.

Actuellement, quinze entreprises, dont le géant Nestlé, détiennent des réserves obligatoires de café. «Sur nos quinze membres qui stockent du café, douze souhaitent continuer à le faire», explique Hans Häfliger. C’est le cas de La Semeuse, à La Chaux-de-Fonds. «Nous conservons constamment 100 tonnes de café pour les besoins de notre production, nous continuerons à le faire quoi qu’il arrive», commente Vincent Moesch, responsable marketing de l’entreprise.

Le système s’avère profitable pour ces firmes, puisque les coûts de stockage sont financés grâce à un fonds de garantie géré par Réservesuisse. Ce fonds est alimenté par un prélèvement à raison de 3,75 fr. pour 100 kilos de café importé en Suisse. Les entreprises concernées se répartissent ainsi des indemnités d’un montant de 2,3 millions de francs par an. «Si le principe de réserve est supprimé, nous aurons effectivement une petite perte financière», concède Vincent Moesch.

Au total, les réserves obligatoires suisses avoisinent 15'300 tonnes de café vert en sacs. Ce qui couvrirait les besoins normaux de café durant trois mois, les Suisses s’avérant être particulièrement friands de la boisson caféinée. Ils en consomment en moyenne 9 kilos par an, soit le double du montant ingurgité par les Américains.

Créé: 11.04.2019, 22h21

Stocker à tout prix au cas où

Le secteur agroalimentaire n’est pas le seul concerné par une obligation de stockage.
La Suisse étant tributaire des importations, la Confédération impose des réserves stratégiques dans tous les secteurs de biens et services vitaux. Ces réserves contiennent aussi bien des aliments que des produits thérapeutiques et des ressources énergétiques, comme l’essence, le diesel, le mazout ou le kérosène. Dans le secteur industriel, des stocks de divers plastiques et additifs ont été constitués afin de pouvoir fabriquer des emballages.

Même si les rayons des supermarchés sont toujours bien remplis et que les Suisses sont réputés pour consommer plus que de raison, la Confédération invite ses citoyens à constituer leur propre réserve afin de subvenir à leurs besoins durant au moins sept jours en cas de catastrophe. Comptez au moins 9 litres d’eau par personne et de quoi manger pour une semaine. Des articles d’hygiène et des consommables tels que des piles, des bougies, un briquet ou un réchaud à gaz peuvent également s’avérer utiles.

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