Les fonctions cachées du rire sur WhatsApp

TextosUne étude montre que les «hahaha» permettent aussi de gérer la conversation via Smartphone.

Les «hahaha» sont parmi les locutions les plus utilisées dans les textos.

Les «hahaha» sont parmi les locutions les plus utilisées dans les textos.

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On rit beaucoup dans nos textos! Deux linguistes de l’Université de Neuchâtel, Cécile Petitjean et Etienne Morel, ont décortiqué 43 conversations WhatsApp, pour un total de 4259 messages. A l’origine, leur thème de recherche n’était pas fixé. C’est en découvrant à quel point les rires étaient présents qu’ils ont décidé d’approfondir la question. Résultat? Malgré toutes les émoticônes et les acronymes «mdr» ou «lol», de nombreuses personnes prennent le temps de transcrire des sons comme «hahaha» ou «héhé». Au point que ces locutions sont parmi les plus utilisées lors d’échanges de messages sur les smartphones. Pourquoi agir ainsi? Dans sa réponse, Cécile Petitjean utilise l’analogie avec les échanges en face-à-face. Là aussi, le rire est beaucoup employé, en moyenne six fois durant dix minutes de conversation. Fait étonnant, nous ne réagissons pas toujours à quelque chose de drôle. La majorité du temps, le rire a une autre utilité, comme cacher un malaise. Eh bien, dans nos messages écrits également, les «hahaha» ou les «héhé» ne sont pas toujours uniquement liés à l’humour.

«Ces rires transcrits permettent de gérer le déroulement de la conversation», étaie Cécile Petitjean. Faut-il répondre maintenant ou attendre? En face-à-face, votre interlocuteur vous fournira toute une palette d’indications, notamment visuelles. A l’écrit, le «hahaha» joue aussi un rôle d’indice.

Lorsqu’il apparaît seul dans un message, le locuteur montre qu’il s’apprête à écrire un autre texto. Son partenaire sait qu’il doit attendre avant de répondre. Autre information: ainsi isolé, il annonce en général qu’on va changer de thème de conversation. «Ces fonctionnalités du rire apparaissent également dans les conversations en face à face, note Cécile Petitjean. Nous sommes donc en mesure d’adapter nos pratiques à un nouveau média.»

Par contre, si le même «hahaha» est suivi d’autres indications dans le même texto, c’est un indice, pour l’interlocuteur, qu’il peut répondre et poursuivre avec le sujet de conversation. Et s’il apparaît en fin de message? En fait, c’est plutôt rare. «Nous supposons que dans ce cas, les émoticônes sont davantage employées. C’est notre prochain objectif: comprendre à quel moment nous utilisons une solution plutôt que l’autre.»

Une évolution constante

Cette étude est menée dans le cadre d’une enquête plus large, nommée «What’s up, Switzerland?» Ce projet, financé par le Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS), a débuté en 2016 et se poursuit jusqu’à fin 2018. Dans ce contexte, d’autres chercheurs s’intéressent à l’utilisation des émojis et cherchent à savoir si celle-ci varie selon les caractéristiques sociologiques des utilisateurs, comme l’âge ou le sexe. Etienne Morel, lui, se penche sur les corrections que nous apportons aux messages déjà envoyés et les raisons qui nous poussent à le faire.

Comme les premiers textos sont apparus il y a une trentaine d’années, il reste beaucoup à explorer. Et puis, les choses changent rapidement, au gré de l’innovation technologique. Souvenez-vous: à l’origine, votre écran de téléphone n’affichait pas l’ensemble de la conversation mais seulement le dernier message. Il fut aussi un temps où chaque SMS était payant, ce qui pouvait nous amener à condenser nos propos.

Aujourd’hui, la plupart des gens ont des forfaits avec une utilisation illimitée des SMS. Conséquence: «Nous nous adaptons aux évolutions techniques et à l'assouplissement des contraintes économiques. Les premiers SMS étaient caractérisés par une grande créativité graphique. Aujourd'hui, nous utilisons aussi une orthographe plus «standard», en fonction de nos interlocuteurs et du contexte.»

«C’est fascinant de voir avec quelle rapidité nous développons de nouvelles habilités pour communiquer à l’ère numérique!» s’émerveille la chercheuse. Et ce n’est pas terminé. WhatsApp prévoirait une fonctionnalité permettant de modifier ou supprimer un message après son envoi. «Si c’est mis en place, cela va représenter un défi de taille pour les analyses que nous menons, mais cela permettra des échanges toujours plus riches et complexes», réagit-elle, avant de tordre le cou à une dernière idée reçue. Non, les textos ne consacrent pas la mort de l’écriture: ils l’enrichissent et la diversifient. La preuve? «Une adolescente n’écrit pas ses textos de la même façon suivant qu’elle les envoie à sa maman ou à une copine.» (24 heures)

Créé: 14.03.2017, 06h54

La linguiste Cécile Petitjean a mené cette recherche avec un collègue de l'Université de Neuchâtel, Etienne Morel. (Image: Université de Neuchâtel)

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