«Je suis en forme et je ne pense pas à ma retraite»

InterviewJohann Schneider-Ammann achève son année présidentielle. Il dit sa satisfaction de voir la crise européenne s’apaiser. Et son espoir d’une visite officielle chinoise l’an prochain.

«Pascal Couchepin m’a appris qu’il fallait travailler jusqu’à 67 ans.»

«Pascal Couchepin m’a appris qu’il fallait travailler jusqu’à 67 ans.» Image: Jean-Paul Guinnard

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Un mois encore avant de passer le témoin à Doris Leuthard. Johann Schneider-Ammann termine une année présidentielle tout entière tournée vers la scène internationale. Le libéral-radical bernois avait promis de sortir la Suisse de l’impasse avec l’Europe. Un objectif qui devrait être atteint dans quelques jours. Interview.

Monsieur le Président, comment allez-vous?
Je vais très bien, je suis en pleine forme et toujours très motivé. Cette année présidentielle a été extrêmement intéressante pour moi, très exigeante aussi, et il est vrai que j’ai quelquefois souffert du jet-lag.

Vous vous êtes énervé que l’on s’inquiète, dans la presse et au parlement, de votre état de santé. N’est-ce pas légitime d’en parler?
Bien sûr que c’est légitime. Le public a le droit de savoir si je suis apte à remplir ma fonction. Mais de là à publier un bulletin de santé… non. Il y a une certaine sphère privée à respecter. Si je me suis un peu énervé, c’est parce qu’il s’agissait de supputations sans fondement et malintentionnées.

Vous aurez 65 ans l’an prochain. L’âge officiel de la retraite en Suisse. Qu’allez-vous faire?
Pascal Couchepin m’a appris qu’il fallait travailler jusqu’à 67 ans (rires). Pour ma part, je sais que je travaillerai jusqu’à mon dernier souffle, mais pas forcément en politique. J’ai besoin d’être actif. Je ne peux pas rester à lire des heures dans un fauteuil.

Vous irez donc jusqu’au terme de la législature?
Lors des élections fédérales de 2011, la direction de mon parti m’a demandé si je comptais aller jusqu’à la fin de la législature. J’ai dit oui. Et j’ai répondu la même chose en 2015. Mais j’ai toujours pris les décisions importantes moi-même. Et je choisirai moi-même le moment de mon départ. Mais je n’y pense pas encore. J’ai toujours du plaisir et des projets.

Durant votre année présidentielle, vous avez multiplié les rencontres internationales. Quelle visite a été la plus importante?
J’ai rencontré quatre fois Mme Merkel cette année, et nous avons pu prendre beaucoup de temps pour discuter. Et je crois pouvoir dire qu’après ma dernière visite à Berlin, début novembre, Mme Merkel a influencé la position de Bruxelles à l’égard de la Suisse. Elle a insisté sur la nécessité de trouver une solution avec notre pays. C’est un des points forts de mon année présidentielle.

Sur le dossier européen, vous aviez pris des engagements. Au final, c’est le parlement qui a fait tout le travail.
C’est faux d’opposer le parlement, le gouvernement et le peuple. Nous sommes une équipe et nous cherchons des solutions ensemble. Le parlement va présenter un résultat compatible avec la libre circulation des personnes. Nous n’avons plus besoin de négocier avec l’UE, notamment sur les questions institutionnelles. Nous pourrons ratifier le protocole avec la Croatie. Et nous serons de nouveau pleinement associés au programme de recherche Horizon 2020. C’est un succès.

Un succès où la Suisse a fait toutes les concessions et l’Europe aucune.
Les deux parties autour de la table ont un intérêt commun à trouver une solution. Nous sommes un partenaire important et respecté. Il y a eu trois étapes cette année. D’abord, l’avant-Brexit, où nous avons préparé la suite des discussions. Puis le Brexit, qui a mis les Européens dans une situation délicate. On nous a fait comprendre qu’on n’avait pas de temps à consacrer à la Suisse. Et troisième moment, cet automne, quand le parlement a fait ses propositions pour trouver une solution.

Une solution très critiquée par les patrons qui la jugent beaucoup trop bureaucratique. Qu’en pensez-vous?
Même si le modèle du Conseil des Etats a d’importants avantages, il demanderait aux entrepreneurs beaucoup de travail administratif. Je connais bien les entreprises et j’ai peur qu’elles se contentent de remplir les formulaires, sans vraiment s’engager. Et cela ne sera bon pour personne. J’espère que le parlement trouvera une solution qui incitera davantage les patrons à embaucher de la main-d’œuvre locale. Ils sont prêts à le faire, mais ils doivent pouvoir conserver leur marge dans un marché concurrentiel.

Et quid des attentes de la population, qui a voté en faveur d’un meilleur contrôle de l’immigration?
Je suis heureux que vous posiez la question. Selon le dernier baromètre des préoccupations du CS, le premier souci des Suisses, c’est de garder leur emploi. Cela arrive loin devant toutes les autres questions. L’initiative «Contre l’immigration de masse» précise bien que nous devons prendre des mesures qui préservent l’emploi. Cela veut dire que nous devons chercher une solution raisonnable, qui ne freine pas l’économie avec des quotas tout en offrant des possibilités de pilotage de l’immigration.

On parle d’une visite officielle du président chinois, en janvier. Que pouvez-vous nous dire?
Cette visite sera confirmée en temps voulu. Le WEF réunira des personnalités du monde entier à Davos. Et si le président chinois, Xi Jinping, devait venir en visite officielle en Suisse, et non seulement à Davos, ce serait un événement diplomatique majeur, un signal fort donné au monde. Grâce à notre accord de libre-échange, grâce aussi à nos collaborations scientifiques et dans le domaine de l’innovation, nous avons un accès privilégié à un marché de tout premier plan – une opportunité que l’UE n’a pas.

Vous parlez de libre-échange. Le futur président américain, Donald Trump, y semble très opposé.
Oui, et cela m’inquiète vraiment. Donald Trump sait pourtant que le bien-être du monde croît avec l’ouverture des marchés. Aux Etats-Unis, les PME peuvent sans doute survivre sur le seul marché intérieur. Mais ce n’est pas le cas pour la Suisse. Le coup d’arrêt au traité transpacifique est une mauvaise nouvelle. Mais je crois que tout n’est pas encore perdu.

Le populisme monte partout – aux Etats-Unis et en Europe. La Suisse est-elle protégée?
La Suisse est un exemple pour le monde. Nous sommes très proches de notre peuple. Il n’y a qu’en Suisse qu’on peut aborder un conseiller fédéral sur la place Fédérale et discuter avec lui sans garde du corps. Plus les dirigeants sont éloignés de la population, plus grand est le risque de voir le populisme prendre racine.

Vous-même, vous êtes le chantre de l’apprentissage contre les études longues. Vous participez de l’opposition entre le peuple et les élites.
Non, pas du tout. Nous avons besoin des deux filières. La voie académique est soutenue par tout le monde, la famille, les enseignants. Pour l’apprentissage, cela ne va plus de soi. Ce secteur est orphelin et a besoin d’être défendu. Et j’ai choisi d’être en quelque sorte le parrain de la filière professionnelle. Nous avons besoin de deux tiers d’apprentis dans notre pays. Des personnes comme Sergio Ermotti sont la preuve que notre système est flexible et qu’un apprentissage ouvre tout autant de portes que des études.

Votre année présidentielle, cela a aussi été un certain discours sur les bienfaits du rire. Aujourd’hui, comment vous voyez cet épisode qui vous a rendu célèbre?
Sur le moment, cela m’a vraiment beaucoup énervé. J’avais peur que l’on m’accuse d’être cynique à l’égard des malades. Mais quelques semaines après ce discours, je suis allé à la Maison-Blanche, pour une réunion avec 80 chefs d’Etat sur la question de la sécurité nucléaire. Quand mon tour est venu de saluer le président Obama, il m’a dit: «Vous, je vous connais!» Et je lui ai répondu: «Moi aussi, je vous connais, Monsieur le Président!» (Rires.) Ce discours, c’est devenu en quelque sorte ma marque de fabrique, mon label.

Créé: 02.12.2016, 06h34

«N’oublions pas les régions périphériques»

Derrière le président de la Confédération, le ministre de l’Economie n’est jamais bien loin. Un ministre qui se félicite des succès de la Suisse en 2016, une année qu’il voit comme «une année de progrès et de succès. Nous avons tenu le choc au sein de l’économie européenne, malgré les tentations protectionnistes, et malgré le franc fort. Notre taux de chômage reste modeste en comparaison avec nos voisins. Nous avons un taux d’emploi très élevé, 13% au-dessus de la moyenne de l’OCDE. Notre pays est au travail, nos jeunes ont des perspectives. Et je me félicite en toute modestie d’avoir pu contribuer à ce succès.»

Malgré certains signes de ralentissement dans l’industrie, Johann Schneider-Ammann l’affirme: la Suisse n’est pas en crise et a tous les atouts pour résister: main-d’œuvre bien formée, innovation, marché du travail très libéral et partenariat social. «Il y a toujours eu des cycles économiques. C’est ce qui se passe dans l’horlogerie. Après une phase de croissance très importante, le secteur traverse une phase de consolidation, voire de repli. Mais tant qu’il y a une capacité à innover, ce n’est qu’une question de temps que le secteur se redresse.»

Aussi, la décision de Generali de délocaliser les emplois de Nyon à Zurich ne le choque pas. Et d’appeler les Vaudois à garder confiance. «Il faut accepter une certaine compétition entre les régions. C’est ce qui nous permet de rester dans la course sur le plan international. Le canton de Vaud a de bons atouts. En acceptant le projet cantonal de mise en œuvre de la réforme des entreprises (RIE III), la population a donné un signal fort en faveur de la place économique vaudoise. Les patrons en ont pris note. J’espère que les Suisses auront la même sagesse le 12 février prochain.»

Les nuages noirs, le ministre de l’Economie les voit plutôt pour les régions périphériques. «C’est vrai qu’il y a un risque de voir certaines régions rester en marge du développement. Nous devons nous battre là-contre. Nous consacrons 250 millions sur quatre ans au titre de la politique régionale, pour investir dans les régions périphériques et leur permettre de créer des emplois et de garder leurs jeunes. Prenez l’Arc jurassien. On critique les frontaliers, mais c’est grâce à eux que l’on a pu développer une industrie horlogère reconnue dans le monde entier. Les emplois restent dans la région. Les entreprises profitent des coûts plus bas pour les produits qui viennent de l’autre côté de la frontière. Et tout cela permet de fabriquer des produits d’excellence.»

Articles en relation

Ammann: «La saison à venir sera ni plus ni moins que celle de vérité»

Saut à skis Simon Ammann pourrait raccrocher ses skis dès ce printemps. A moins de boucler un exercice concluant. Il s’explique. Plus...

Le trône de Schneider-Ammann suscite de grandes convoitises

Succession Le ministre de l’Economie serait fatigué. La Suisse orientale espère le remplacer par l’un des siens. Le point sur les papables Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.