Franz Weber a lutté avec ténacité pour l’écologie

HommageVaudois d’adoption et infatigable défenseur de la nature et du patrimoine, il s’est éteint à l’âge de 91 ans. Malgré ses méthodes controversées, il laisse un héritage durable.

Le 12 mars 2012 à Clarens, Franz Weber jubile après le oui à l’initiative contre les résidences secondaires.

Le 12 mars 2012 à Clarens, Franz Weber jubile après le oui à l’initiative contre les résidences secondaires. Image: PATRICK MARTIN

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«J’espère que, dans une prochaine vie, s’il y en a une, je pourrai rêver, écrire des poèmes. Et ne plus être obligé de mener cette vie de combattant.» Ainsi parlait Franz Weber le 12 mars 2012 au lendemain du vote historique des Suisses sur la limitation des résidences secondaires. À son côté, son épouse, Judith, le regardait, les yeux brillants d’admiration. Et savourait le nouveau succès de son «vieux lion» à la santé de fer.

Sept ans plus tard, l’infatigable défenseur de l’environnement a fini par rendre les armes. Il est décédé mardi soir à Berne, à l’âge de 91 ans. Peut-être a-t-il déjà commencé à exaucer ses vœux dans l’au-delà. Peut-être même y a-t-il retrouvé sa mère, disparue alors qu’il n’avait que 10 ans. Une mort prématurée qui serait à l’origine du sentiment de révolte de Franz Weber contre l’injustice, selon son biographe René Langel. «Il n’avait jamais peur de rien», témoigne sa fille unique, Vera, aujour­d’hui à la tête de sa fondation.

Né à Bâle dans une famille de sept enfants, Franz Weber a suivi une formation commerciale, avant de s’installer dans le Paris d’après-guerre pour y étudier les lettres. Devenu journaliste, il dirige une revue et parcourt le monde. Mais c’est chez lui, en Suisse, qu’il attrapera le virus de l’écologie. De passage dans les Grisons, il découvre avec effroi les plans d’un énorme complexe immobilier qui menace un hameau en Engadine, près du lac de Silvaplana. Écœuré, il fonde une association vouée à la protection du site. Elle récolte des fonds loin à la ronde, acquiert des terrains stratégiques et parvient ainsi non seulement à bloquer le projet, mais à faire interdire toute construction à cet endroit.

Pas moins de 150 autres combats suivront, en Suisse et dans le monde, en faveur de la nature, des animaux et du patrimoine. Dès le début des années 1970, Franz Weber mène ses croisades depuis Clarens, au bord du Léman. En un demi-siècle, il luttera pour la sauvegarde des jardins de Lausanne-Ouchy, du lac de Sempach, du val d’Anniviers, des maisons des Baux-de-Provence, du site grec de Delphes ou de la forêt alluviale du Danube, en Autriche. Des victoires très nombreuses, mais aussi quelques défaites, à l’image de son initiative contre le bruit des avions de combat, balayée par le peuple suisse en 2008.

Ses efforts pour sauver les éléphants du Togo et les bébés phoques au Canada lui vaudront une réputation internationale. En 1977, le mélomane au look de dandy emmène Brigitte Bardot sur la banquise. «Sans lui, je ne serais pas devenue celle que je suis», dira plus tard l’actrice française devenue militante de la cause animale.

Sans Franz Weber, Lavaux n’aurait jamais été inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco. Afin de protéger le vignoble vaudois, il a lancé trois initiatives populaires. Les deux premières ont été acceptées en 1977 et 2005. Mais en 2014 le troisième texte a échoué. Affaibli, le Vaudois d’adoption s’était tenu en retrait durant cette ultime campagne. Dans la région, l’homme ne s’est pas fait que des amis, comme le rappelle Philippe Leuba. «Je reconnais ce que le pays lui doit, même si j’étais rarement d’accord avec lui, confie le ministre PLR vaudois. Sur Lavaux, où je vis, il avait une vision figée. Pour lui, ce terroir était un musée et les vignerons en étaient les gardiens… Nous nous sommes battus contre cette vision.» Le magistrat se dit néanmoins ému par la disparition de cet adversaire politique «aux convictions fortes».

En Valais aussi, Franz Weber laisse un souvenir nuancé. C’est là qu’il a rencontré le plus d’hostilité, comme ce jour où il fut arrosé de purin sur un alpage. «Quand je vois le paysage de Lavaux, j’ai envie de dire bravo et merci, réagit le conseiller d’État PDC Christophe Darbellay. Quand je pense aux complications que nous avons pour rénover des mayens, je me dis que ses idées étaient bonnes mais sans doute trop extrêmes.»

Le politicien valaisan fait allusion à la limite de 20% de logements secondaires que connaissent aujourd’hui toutes les communes de Suisse. Un rêve auquel l’écologiste lui-même osait à peine croire avant le verdict des urnes. L’avocat Pierre Chiffelle, allié de la famille Weber dans ce combat-là, fait part «d’une grande tristesse qui se transforme très vite en reconnaissance». Une cérémonie publique aura lieu au début de l’été à Brienz (BE), au Grandhotel Giessbach, que Franz Weber a jadis sauvé de la démolition.


«Une âme de poète… et des colères sacrées»

Fille unique de Franz et Judith Weber, Vera, 44 ans, intègre la fondation en 1999, juste après l’obtention de son diplôme de l’École hôtelière de Lucerne. Elle succède en 2014 à son père, qu’elle a installé l’été dernier dans une maison de retraite à Berne, près de chez elle.

Quels ont été les derniers moments passés avec celui que vous qualifiez de «père chéri et de guide dans la lutte pour un monde digne d’y vivre»?

Ils ont été forts et intenses. Il était très bien, très lucide, jusqu’à ces derniers jours, durant lesquels il a développé une infection. Mais je ne pensais pas qu’il partirait si vite. Je l’ai laissé à 20 heures. À 21 h 25, j’ai reçu un coup de téléphone pour me dire qu’il s’en était allé. C’est très dur, on ne peut pas se préparer à la perte d’un être cher.

Comment le décririez-vous en quelques mots?

Mon père avait une âme de poète animée par des colères sacrées… et assez constantes. Ce sont elles qui lui ont permis, tout au long de sa vie, de combattre ce qu’il considérait comme des injustices. Avec au premier plan les atteintes, même les plus petites, au paysage, aux espèces, au patrimoine. Sauver un arbre, un bâtiment ou un troupeau d’éléphants menacés, tout cela avait la même valeur à ses yeux.

De quels combats était-il le plus fier?

Incontestablement, au premier plan, la sauvegarde de Lavaux dès 1972. C’était son plus grand bonheur. Sans doute aussi car il a passé la moitié de sa vie près de ce patrimoine unique. Il avait la beauté de la Suisse chevillée au corps. C’est pour ça qu’il s’est tant battu pour la préserver.

Il a aussi connu des échecs, quelquefois cuisants. Quel était à ses yeux le plus amer

La destruction de nuit et en catimini de l’église de Villarepos dans le canton de Fribourg (ndlr: en 1984). J’étais petite, mais je me souviens qu’il en fut anéanti. Il en parlait très souvent. Il répétait qu’on aurait pu la sauver.

On connaît le lutteur infatigable, mais qui était le papa dans l’intimité?

Aimant, mais pas forcément protecteur. Je ne peux pas dire que j’ai eu une enfance insouciante, car toujours au milieu des combats de mes parents. Il n’y avait pas de séparation entre travail et famille. J’étais un peu à fleur de peau et j’ai voulu m’échapper. Mais la vocation était depuis l’enfance trop bien ancrée.

Que vous a-t-il légué?

Il m’a transmis de belles et bonnes choses. Avant tout ses combats, que je poursuis, pour la défense du patrimoine et des espèces. Et les moyens d’y parvenir. Il m’a appris qu’il faut être tenace, dur et ferme pour faire aboutir ses convictions, qu’on n’arrive à rien si l’on renonce au milieu du chemin.

Créé: 04.04.2019, 22h45

L’essentiel

Militant L’homme s’est battu dans le monde entier en faveur des sites commes des êtres vivants.

Luttes Franz Weber a mené quelque 150 combats, dés les annes 1970.

Descendance Vera Weber a repris ses combats. Elle se souvient de l’homme engagé et du père qu’il fut.

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