Les frères Kouachi n’étaient pas connus de FedPol

TerrorismeSur liste noire aux États-Unis, les meurtriers de Charlie Hebdo n’étaient pas dans le radar de nos polices avant mercredi.

Le Service de renseignement de la Confédération (SRC), «pour des raisons de sécurité et de confidentialité», se refuse à indiquer si les frères Kouachi étaient connus ou surveillés avant la tragique attaque de l’hebdomadaire satirique parisien.

Le Service de renseignement de la Confédération (SRC), «pour des raisons de sécurité et de confidentialité», se refuse à indiquer si les frères Kouachi étaient connus ou surveillés avant la tragique attaque de l’hebdomadaire satirique parisien. Image: Keystone

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Le parcours des frères Chérif et Saïd Kouachi, auteurs de la fusillade dans la rédaction de Charlie Hebdo, se précise jour après jour. Chérif, le cadet, n’était pas un inconnu des services antiterroristes français. Lui et son aîné figuraient par ailleurs «depuis des années» sur la liste noire du terrorisme des Etats-Unis, selon les autorités américaines. Ils étaient d’ailleurs interdits de vol au départ ou à destination de ce pays.

Inconnus des polices
Et en Suisse? Les deux frères Kouachi étaient-ils dans le radar des autorités avant mercredi? Pas à l’Office fédéral de la police en tout cas. FedPol nous indique que les deux frères Kouachi n’étaient pas connus de ses services. Mais, «en ce qui concerne l’attaque à Paris, il n’y a aucun indice d’un lien avec la Suisse», assure Alexander Rechsteiner, chargé d’information à FedPol. Quant au Service de renseignement de la Confédération (SRC), «pour des raisons de sécurité et de confidentialité», il se refuse à indiquer si les frères Kouachi étaient connus ou surveillés avant la tragique attaque de l’hebdomadaire satirique parisien.

Est-ce à dire que les deux hommes auraient pu entrer sans autre en Suisse? «Les autorités françaises ont inscrit déjà au soir du 7 janvier les personnes suspectées dans le système d’information Schengen», explique Alexander Rechsteiner. Dans la foulée, ces informations ont été transmises à toutes les polices et aux corps de gardes-frontière. Mais avant mercredi? Impossible de le savoir. La liste des personnes interdites d’entrée en Suisse, basée sur les connaissances du SRC, reste secrète.

Trop d'informations?
Les frères Kouachi étaient inconnus des polices de Suisse, à trois heures de Paris, mais interdits aux Etats-Unis. Comment l’expliquer? N’y a-t-il pas d’échanges d’informations entre pays? «Des échanges d’informations ont lieu de manière très régulière entre nos services de renseignement et des services étrangers. Mais il y a une quantité énorme d’informations, tandis que les effectifs et les moyens sont limités», explique Alexandre Vautravers, directeur du Département de relations internationales à l’Université Webster à Genève et spécialiste de la sécurité.

Les autorités suisses font donc le tri en fixant des priorités. «En Suisse, la criminalité organisée, financière, le trafic de personnes et de stupéfiants ont été définis comme des priorités, poursuit Alexandre Vautravers. Quant à FedPol, elle est un instrument policier et recherche avant tout des informations sur des personnes qui ont commis des délits ou intéressent la justice.»

Une collaboration européenne à améliorer
Au niveau européen, Europol est l’organe de lutte contre le terrorisme. La Suisse y coopère depuis 2006. Elle y a même deux collaborateurs permanents. Cet organe-là aurait-il dû ou pu surveiller les deux frères, comme l’ont fait les Etats-Unis? «Ce n’est pas sa tâche non plus, estime notre interlocuteur. La signature des Accords de Schengen et Dublin n’auraient pas de sens s’il s’agissait uniquement d’échanger des données tous azimuts. L’idée est davantage de répartir les responsabilités et de définir entre partenaires qui va suivre quelle information.» En France, le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, a indiqué que les frères Kouachi avaient fait l’objet d’une surveillance, mais qu’aucun élément ne présageait d’un passage à l’acte imminent.

Mais l’Union européenne, inquiète, va se saisir du débat. La lutte contre le terrorisme fera l’objet d’un sommet le 12 février à Bruxelles. Pour Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, «la lutte contre le terrorisme relève d’abord de la compétence de chaque Etat, mais il est évident que des interconnexions doivent être mises en place». La Commission entend notamment renforcer la coopération avec Europol – donc aussi la Suisse – et les autres agences européennes de sécurité pour fluidifier l’échange d’informations.

Créé: 10.01.2015, 11h36

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