La frilosité pour les JO 2026 relève surtout d’une histoire de gros sous

Jeux olympiquesLe parlement du sport dira ce mardi s’il soutient la candidature suisse occidentale aux Jeux d’hiver 2026. Alors que la population semble enthousiaste, les pouvoirs publics le sont un peu moins. Explications.

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Le grand jour est arrivé pour la candidature suisse occidentale aux Jeux Olympiques d’hiver 2026. C’est en effet ce mardi, sur le coup de 18 heures, à Ittigen, dans la banlieue bernoise, que le Parlement du sport décidera s’il soutient ou non le projet Sion 2026. Porté par la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie (CVCI) et par Christian Constantin, l’événement bicéphale prévoit des épreuves disséminées entre les cantons de Vaud, du Valais, de Berne et de Fribourg. Le conseil exécutif de Swiss Olympic ayant déjà annoncé son soutien à cette candidature, accessoirement la dernière en lice après le refus de la population grisonne de se lancer dans la course, le vote de mardi soir s’annonce comme une simple formalité. Il y aurait donc toutes les raisons d’être optimiste.

Pourtant, il se dégage de cette affaire une légère crispation, notamment du politique, où l’enthousiasme pour le sujet est relativement discret, pour ne pas dire un peu froid. Un contexte que les élections cantonales imminentes et la crainte de se mouiller sur un sujet clivant expliquent peut-être en partie. A l’inverse, la population, elle, serait favorable à l’organisation des Jeux d’hiver dans moins de dix ans. C’est en tout cas ce qui ressort d’un sondage de l’institut MIS Trend pour L’Illustré paru le mois dernier, auquel 824 personnes ont participé.

Dans le détail, on y apprend que deux Romands sur trois soutiennent le projet. Mieux: avec 68% de convaincus, le canton de Vaud serait même le plus enthousiaste. Des chiffres qui n’émeuvent pas Grégoire Junod, syndic de Lausanne, qui reste dubitatif. «Si plus de 800 personnes ont voté à l’échelle romande, cela doit faire à peine 400 Vaudois. Difficile d’en tirer une conclusion dans un sens ou dans l’autre», glisse le syndic de la capitale olympique, ajoutant qu’au sein de la population et des milieux sportifs lausannois, on parle surtout des Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) que Lausanne accueillera en 2020. «En termes de développement urbain ou d’infrastructures sportives, ce projet est cohérent.»

L’élu socialiste le répète à l’envi: la priorité de Lausanne ne se situe donc pas à l’horizon 2026. «Lausanne ne souhaite pas courir deux lièvres à la fois mais a toujours indiqué qu’elle pourrait être partenaire d’un projet à l’échelle romande autour de Sion», poursuit Grégoire Junod, bien conscient que l’éventualité de voir la torche olympique enflammer la vasque à Sion relève toujours de l’hypothèse, tant la route est encore longue avant d’en arriver là.

Rappelant que Lausanne a accepté de mettre la patinoire de Malley à disposition pour Sion 2026, a priori pour les épreuves de patinage artistique, le syndic n’en oublie pas l’un des points les plus délicats du dossier: les finances.

L’inévitable nerf de la guerre

Il faut dire qu’avec la certitude d’accueillir les JOJ, Lausanne aurait du mal à remettre la main à la poche six ans plus tard pour d’autres joutes sportives, fussent-elles à taille humaine, comme on l’entend souvent. «Ce ne serait financièrement pas responsable.»

Pour comprendre cette histoire de gros sous, il faut savoir que l’aventure coûterait entre 1,6 et 2 milliards. Une enveloppe dans laquelle le Comité international olympique glisserait 600 millions et où les droits de retransmission télé rapporteraient quelque 250 millions. Il manquerait donc environ 1 milliard de francs. Charge désormais aux porteurs du projet de ficeler toutes leurs modalités, de façon à définir clairement qui paie quoi. A l’image de l’anneau de vitesse de glace, l’une des infrastructures de taille qui reste à construire. Estimé à 40 millions, il est prévu à Aigle et devrait être financé par le Canton de Vaud. Mais deviendrait-il un centre d’entraînement national qu’il pourrait être financé par la Confédération, voire par le CIO.

Dans ce dossier, les acteurs, dont certains craignent une votation populaire (une menace encore brandie par certains députés vaudois et qui regarde tous les cantons concernés), tournent donc leurs regards vers Berne, espérant que la Confédération mette le solde sur la table. «Il est en effet beaucoup question de finances dans ce projet. Malgré les sondages, les votations populaires sur la question montrent bien que c’est ce qui fait peur aux gens», reconnaît le conseiller d’Etat Pierre-Yves Maillard, qui verrait évidemment d’un bon œil la Confédération régler l’addition. «Un tel projet doit être soutenu au plan national. Si c’est le cas et si on utilise des infrastructures existantes, je serai le plus enthousiaste de tous», sourit le président du Conseil d’Etat. Son collègue Philippe Leuba, ministre en charge de l’Economie et du Sport, est peut-être le plus motivé: «Avec le soutien de toute la Suisse romande, de taille raisonnable et pouvant compter sur des infrastructures qui existent déjà à 90%, notre projet est très enthousiasmant.»

A Berne, Renato Kalbermatten, porte-parole du Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports, confirme l’intérêt du Conseil fédéral, ainsi que sa volonté de mettre la main au portefeuille, mais se garde bien d’articuler un montant. Pas même une fourchette. «La décision du Conseil fédéral, qui a mis sur pied un groupe de travail interdépartemental pour l’occasion, dépendra de la faisabilité financière du projet et du soutien de la population. Le Conseil fédéral est prêt à participer financièrement, mais les montants seront décidés ultérieurement. C’est une décision que Guy Parmelin prendra en concertation avec ses collègues.» Celle-ci est attendue à l’automne .

Créé: 11.04.2017, 07h01

«Cela ferait du bien à tout le pays»

Les sportifs suisses attendent évidemment cette décision du Parlement du sport avec beaucoup d’intérêt. «C’est un chouette projet et j’espère vivement qu’il sera soutenu», souligne Charlotte Chable. En 2026, la skieuse vaudoise aura 31 ans. S’il est difficile pour un athlète de se projeter aussi loin, le fait de terminer peut-être sa carrière sur un tel événement, qui plus est à domicile, est très stimulant. «Je n’ai pas encore participé aux Jeux. Et il est compliqué pour un sportif de voir au-delà des six prochains mois. Mais j’imagine volontiers la fête que cela pourrait représenter pour tout le monde. Cette candidature peut amener quelque chose de nouveau, de plus nature. On a la chance, en Suisse, d’avoir à peu près tout ce qu’il faut pour organiser des Jeux d’hiver. Il faut donc profiter de cette occasion.»

Jovian Hediger se montre lui aussi enthousiaste à l’idée d’une telle compétition organisée dans notre pays. «Les Jeux, c’est un moment exceptionnel. J’ai pu y participer une fois et c’était un réel honneur. A Sotchi, en 2014, on a vécu quelque chose d’incroyable, avec un site olympique construit à partir de rien. Là, chez nous, ce serait un événement qu’on n’aurait aucune raison de critiquer. Il s’agit d’un énorme challenge, mais cela ferait beaucoup de bien à tout le pays.»

Hediger aura 35 ans en 2026. «Le ski nordique pourrait permettre d’être encore actif à cet âge, constate-t-il. Mais ce ne sera sans doute pas mon cas. Peut-être serai-je là dans un rôle différent de celui de sportif, mais ces Jeux, je veux les vivre. Je veux m’investir pour qu’ils puissent avoir lieu. Des JO, c’est un événement pour toute la population. J’avais pu assister à ceux de Turin en tant que spectateur, en famille. Et ça m’avait donné des idées, des images, des envies. Un tel projet s’inscrit bien au-delà du sport. Des investissements sont faits dans différents secteurs, notamment celui des installations, qui restent ensuite à disposition du grand public.»


François Ruffieux

Les fédérations olympiques du pays seules à voter

L’assemblée extraordinaire du Parlement du sport débutera à 17 heures ce mardi après-midi. Après des présentations des Jeux olympiques de la jeunesse Lausanne 2020, de l’Universiade Lucerne 2021 et, bien sûr, de la candidature Sion 2026 - Les Jeux au cœur de la Suisse, l’assemblée passera au vote.
«Il ne s’agira pas d’un vote à bulletins secrets, à moins que cinq fédérations en fassent la demande. Mais seules les 36 fédérations olympiques, qui possèdent toutes deux voix chacune, pourront se prononcer», explique Alexander Wäfler, porte-parole de Swiss Olympic. Et le responsable d’ajouter que les fédérations de sports «estivaux» (natation, canoë-kayak, tennis…) auront également voix au chapitre, bien que l’on se prononce sur l’opportunité d’accueillir des Jeux d’hiver.

La candidature suisse occidentale, qui a déjà reçu le soutien du comité exécutif de Swiss Olympic, étant a fortiori la seule en lice, Alexander Wäfler concède qu’il ne devrait pas y avoir de grosses surprises quant à l’issue du scrutin.

A noter aussi qu’à l’ordre du jour figure un autre vote: celui concernant une participation financière au budget de la candidature de Sion 2026 à hauteur de 8 millions de francs. «Sur cet objet, les 86 fédérations de Swiss Olympic seront amenées à se prononcer, mais contrairement au premier vote, elles n’auront toutes pas le même poids», poursuit le porte-parole. Ainsi, les plus grosses fédérations, l’Association suisse de football et la Fédération suisse de gymnastique, disposent chacune de 16 voix. A l’autre extrémité de la liste, Swiss Minigolf et la Fédération suisse de tourisme pédestre pèsent chacune une voix.

Si tous les obstacles sont franchis sans encombre, le dépôt de la candidature suisse aura lieu courant 2018. Le CIO se prononcera en 2019.

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