Le gendarme financier fustige la gestion de CarPostal France

Contrôle fédéral des financesLa Poste a trop longtemps sous-estimé les risques financiers de son expansion en France. PubliBike inquiète aussi.

Voilà à quoi ressemblent les véhicules qui roulent pour Carpostal France.

Voilà à quoi ressemblent les véhicules qui roulent pour Carpostal France. Image: CARPOSTAL FRANCE

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La Poste n’a pas fini de manger son pain noir. Après avoir dû allonger plus de 200 millions pour effacer l’ardoise de ses micmacs financiers avec Carpostal Suisse, voilà qu’elle se fait tirer l’oreille par le Contrôle fédéral des finances (CDF). Ce dernier vient de sortir un rapport très critique sur la gestion des risques à La Poste. Il estime qu’ils sont sous-estimés.

Le gendarme financier de la Confédération s’est particulièrement penché sur le développement de Carpostal France, qui comptait 1172 employés et 750 véhicules à la fin de 2017. La Poste a pris pied dans le marché français en ville de Dôle dans les années 2003-2004. L’expansion s’est poursuivie non pas en acquérant petit à petit de nouvelles lignes, mais en absorbant des concurrents.

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Carpostal France grandissant, il devenait difficile de le piloter depuis Berne. Dès 2012, la société mère de Carpostal à Lyon a donc obtenu beaucoup plus de compétences. «Dotée d’environ 60 employés, elle apportait son aide aux filiales françaises pour les finances, la gestion du personnel, les infrastructures, l’exploitation, le marketing et l’informatique», note le rapport.

Lunettes roses

Le problème? Selon le CDF, La Poste a enfilé des lunettes roses pour juger son développement français. «L’engagement en France a trop longtemps été considéré comme une chance et non comme un risque dans les rapports sur la gestion des risques au niveau du groupe.» Trop longtemps, cela veut dire jusqu’en 2017. Pourtant La Poste dispose d’instruments pour évaluer les risques. Mais, selon le CDF, l’analyse est formelle et vague. D’année en année, les mêmes risques sont identifiés et les mesures prises pour les contrecarrer sont toujours en cours et n’ont jamais d’échéance précise. En gros, cela tient de l’exercice de style.

Pourtant, les signaux d’alarme étaient clairs. «La rentabilité de Carpostal France était insatisfaisante depuis des années. Avec 25 millions de francs d’assainissement, 19 millions pour l’augmentation de capital et 57 millions de dettes, un retour sur investissement du business français est devenu de plus en plus irréaliste au fil des ans», relève le CDF.

La Poste a tiré depuis les leçons de son échec sur le marché français. Urs Schwaller, président du conseil d’administration, a annoncé en juin 2018 qu’il était même prêt à vendre Carpostal France. Cette mesure drastique ne rassure pas le gendarme financier de la Confédération. Il redoute désormais «une désintégration» de Carpostal France, jusqu’ici non évaluée.

De plus en plus cher

Que veut-il dire par là? Que Carpostal France risque de perdre ses lignes petit à petit car les commanditaires n’auront plus forcément confiance dans la société au moment de renouveler le contrat. À chaque ligne perdue, la maison mère de Lyon coûtera de plus en plus cher. Le CDF note aussi que les personnes clés de Carpostal France ne sont pas liées par contrat pour assurer la gestion jusqu’à la vente de la société. On en déduit qu’il y a un risque que l’activité française parte en sucette et coûte finalement bonbon à La Poste.

Dans le rapport, il y a un autre enfant terrible qui est mentionné: Publibike. La société de location de vélos, qui appartient à 100% à La Poste, a accumulé des pertes de 11 millions de 2012 à 2017, dont 5 millions rien qu’en 2017. Pourtant, relève le rapport du CDF, «le reporting sur les risques ne parle pas de ces pertes et considère Publibike comme une «Top-Chance.»

La Poste n’a en tout cas pas l’intention de rétropédaler. Elle veut continuer de développer le réseau Publibike (lire l’interview). Son but consiste à atteindre 500 stations et 5500 vélos d’ici à 2020. Le CDF considère que cette expansion est risquée et non identifiée comme telle par La Poste. Il constate que ce marché est très disputé et que la valeur de l’entreprise est encore surestimée.

Dernière pique du rapport: les fameux 205 millions que La Poste a dû rembourser aux Cantons et à la Confédération pour ses astuces comptables. Ils n’ont absolument pas été sur le radar de ceux qui planifient les risques financiers latents. En mai 2018, un rapport de La Poste évaluait le risque à seulement 5 millions.


«Non, ce n’était pas une erreur»

Suite au rapport du Contrôle fédéral des finances, la responsable médias de La Poste Léa Wertheimer a répondu à nos questions.

Pourquoi Carpostal France a-t-il été évalué comme une chance et jamais comme un risque. Était-ce une erreur?
Non. La direction est arrivée à la conclusion que le business en France pouvait se développer de façon positive. Ce qui a été le cas. Les raisons du retrait du marché français ne sont pas économiques. Le conseil d’administration a décidé d’une nouvelle orientation stratégique pour Carpostal et de mettre le focus sur son activité de base en Suisse. D’où la mise en vente de Carpostal France.

Le CDF estime que vos pertes pour Carpostal France pourraient s’accroître en raison d’une «désintégration» du portefeuille. Partagez-vous cette crainte?
Jusqu’à présent, aucune «désintégration du portefeuille» n’a été détectée. Il n’y a pas eu de changement par rapport à la situation initiale. Des discussions sont en cours avec des acheteurs potentiels.

Publibike a accumulé des pertes de 11 millions de 2012 à 2017. Quelle a été la perte en 2018, année noire à cause des vols de vélos?
Publibike a connu des pertes entre 2014 et 2018. Cela s’explique en partie par les coûts initiaux des nouveaux réseaux et de divers recours.

La Poste considère-t-elle que Publibike est une chance ou un risque financier?
La Poste examine tous les projets et filiales de Carpostal. Le conseil d’administration souhaite que la rentabilité de Publibike s’améliore afin d’atteindre l’équilibre. Une task force présentera des solutions qui seront soumises au conseil d’administration de La Poste cet été. (24 heures)

Créé: 22.05.2019, 23h00

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