Cette génération Snowden qui se méfie du fichage

Loi sur le renseignementBien qu’ultraconnectée, la jeune génération est plus encline à rejeter la nouvelle loi sur le renseignement.

Les paroles du clip diffusé par Chaos Computer Club Suisse (CCC-CH), membres du comité référendaire, ciblent un public jeune.

Les paroles du clip diffusé par Chaos Computer Club Suisse (CCC-CH), membres du comité référendaire, ciblent un public jeune. Image: DR

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Des hommes en costard-cravate et lunettes noires, épiant des écrans de caméra de surveillance et fouillant dans des poubelles remplies de bandes de cassettes – vidéo ou audio. Les paroles du clip diffusé par Chaos Computer Club Suisse (CCC-CH), membres du comité référendaire contre la loi sur le renseignement (LRens), sont tout aussi explicites. «Définir nos limites/telle est notre tâche/techniquement faisable/financement gérable/éthique contestable/impact effroyable.» En adoptant un ton humoristique sur un fond sonore hip-hop, le collectif cible un public jeune. Il s’agit pourtant de la génération la moins difficile à convaincre de rejeter la nouvelle loi sur le renseignement: selon le dernier sondage de la SSR, publié hier, les retraités sont clairement favorables au texte (64% de oui contre 23% de non), alors que les 18-39 ans, eux, sont plus mitigés (43% de non contre 46% de oui). La majorité des Jeunesses de parti soutiennent le référendum.

Le danger des réseaux

Pourquoi cette génération ultraconnectée, trop jeune pour avoir connu le scandale des fiches, se montre-t-elle aussi farouche face à cette nouvelle loi? «Je n’y vois pas un grand paradoxe, répond Hernâni Marques, membre de la direction de CCC-CH. Déjà, ce que nous publions sur Facebook ou Twitter est volontaire. Si certains jeunes ne maîtrisent pas assez bien – et c’est problématique – leur vie privée sur les réseaux sociaux, beaucoup disposent d’une bonne conscience des limites. Personne ne donnera publiquement son numéro de compte, ses mots de passe ou le montant de ses revenus sur les réseaux, n’est-ce pas? L’Etat fouineur est un danger pour la maîtrise de l’identité numérique.»

«On peut mettre sous surveillance tout un réseau sur la base d’une simple liste de mots-clés»

Pour le comité référendaire, le danger principal réside dans la possibilité prévue par le nouveau texte de loi d’effectuer des recherches sur le réseau câblé dans les communications entre la Suisse et l’étranger. «On peut mettre sous surveillance tout un réseau sur la base d’une simple liste de mots-clés, explique Hernâni Marques, également informaticien. Cela laisse un champ immense pour surveiller une personne. C’est ce que Snowden a démontré.»

La génération Facebook n’est peut-être pas celle des fiches, mais elle est certainement celle d’Edward Snowden, du nom du lanceur d’alerte ayant dénoncé les dérapages de la NSA. «Edward Snowden a risqué sa liberté et sa vie pour prévenir le monde des dangers de la surveillance de masse indépendante de tout soupçon. Ces dangers menacent aussi la Suisse», a lancé l’ancien président des jeunes socialistes (JS) Cédric Wermuth lors du lancement de la campagne du référendum.

Jeunesses dissidentes

En s’opposant à la nouvelle loi, les JS et les jeunes Verts suivent la position de leur parti mère. Mais la jeunesse UDC se positionne, elle aussi, clairement en porte à faux de son conseiller fédéral Guy Parmelin, grand défenseur de la LRens. Même infidélité du côté de certaines sections des jeunes PLR, dont les Vaudois. Les vieux n’ont-ils décidément rien compris? «Je pense que nous avons une meilleure conscience de ce que représente le partage des données que nos aînés, renchérit le président des jeunes PLR vaudois, Loïc Hautier. Par exemple, ces générations sont plus sensibles à l’installation de caméras dans l’espace public. La surveillance des données représente son équivalent numérique, mais de façon plus abstraite.»

Bien sûr, de nombreux jeunes, à l’instar des jeunes PDC, soutiennent la LRens, notamment dans l’optique de renforcer la sécurité et la lutte antiterroriste. Mais, pour Hernâni Marques, il s’agit surtout de se poser les bonnes questions. «Souhaitons-nous vraiment que chacun puisse être surveillé? s’interroge le Zurichois. C’est une nouvelle forme de guerre froide. Sauf que nous ne sommes plus dans la course à l’armement, mais au renseignement et à la surveillance. Oui, il faut développer de meilleurs moyens de défense, mais il faut explorer d’autres voies.» (24 heures)

Créé: 15.09.2016, 07h08

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