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Genève piège la punaise diabolique

Ce projet lié aux effets des changements climatiques vise à lutter contre les nouveaux ravageurs.

La Haute Ecole du Paysage, d'Ingénierie et d’Architecture de Genève mène des recherches pour comprendre l'impact du réchauffement climatique sur les végétaux.<br> Vidéo: ATS

Elle a la taille d’un ongle et, comme la plupart de ses congénères, elle n’est pas belle à voir. Son nom? La punaise diabolique, ou punaise marbrée. Une vraie saleté qui s’attaque aux cultures de toutes sortes. Dans le cadre des projets pilotes liés aux effets des changements climatiques, Genève a cherché à en savoir davantage sur cette insatiable croqueuse, ainsi que sur l’apparition possible de nouveaux ravageurs qui menaceraient nos cultures.

Rendez-vous à Jussy, à l’HEPIA (Haute Ecole du paysage, d’ingénierie et d’architecture) qui a conduit le projet en collaboration avec l’Etat de Genève et l’école d’ingénieurs de Changins. Plus précisément dans le verger servant de terrain d’expérimentation aux étudiants. Autant le dire tout de suite, les pommes y sont magnifiques. Mais çà et là pendent divers pièges (à voir en photo ci-dessous). «Grâce à eux, nous pouvons capturer des espèces nuisibles pour les observer et mieux connaître leur développement et leur impact sur les cultures, en relation avec les changements climatiques», précise Sophie Rochefort, responsable de la filière agronomie à l’HEPIA et coordinatrice du projet genevois. «Il s’agissait pour nous d’établir un réseau de surveillance des ravageurs émergents, poursuit l’entomologiste. Parmi eux les insectes, bien sûr, mais aussi les maladies ou les mauvaises herbes, telle l’ambroisie.»

La punaise diabolique fait partie de ces fléaux. Officiellement identifiée pour la première fois en Suisse à Zurich en 2007, elle n’a pourtant que peu fait parler d’elle. A Genève, la surveillance de l’insecte au travers du projet pilote a duré trois ans, de 2014 à 2016. Une bonne dizaine de pièges spéciaux, dits pyramidaux, ont été installés en ville comme dans la campagne. Des sortes de roquettes en plastique bourrées de phéromones qui attirent le mâle et le détournent de la femelle. Soit une lutte biologique, par confusion sexuelle.

«Les pièges, que nous avons adaptés au fil de nos recherches, ont été relevés chaque semaine, indique Dominique Fleury, spécialiste en production fruitière et en protection des cultures horticoles. Notre objectif n’étant pas d’éradiquer des espèces, mais de les surveiller et d’intervenir très rapidement en cas de prolifération.» Tout s’est bien passé durant près de deux ans, puis, en 2016, 151 punaises diaboliques ont été piégées en pleine ville, dans le parc Beaulieu (rive droite). «Depuis, nous en avons trouvé dans des cultures de concombres sous abri à Perly, et très récemment dans des exploitations agricoles à Collex-Bossy et à Versoix», relève Sophie Rochefort.

«La punaise diabolique a ravagé le nord-est des Etats-Unis, où elle est considérée comme un fléau»

Dominique Fleury enchaîne: «Cet insecte n’est pas dangereux pour la santé des êtres humains, mais s’attaque aux cultures de telle sorte que les légumes et les fruits sont complètement tachés. Ils restent consommables mais deviennent alors invendables. La punaise diabolique a ainsi ravagé le nord-est des Etats-Unis, où elle est considérée comme un fléau. Et pour ne rien gâcher, elle est très coriace!»

Dans les laboratoires de l’HEPIA, on observe attentivement des dizaines de punaises diaboliques. car la lutte ne fait que commencer. «Nous les soumettons par exemple à des épisodes de sécheresse très sévères, comme nous en avons connu ces derniers étés, afin de voir comment elles s’y adaptent, ou pas, à tous les stades de leur évolution», précise Sophie Rochefort. Ce suivi est aussi entrepris avec d’autres ravageurs tels la mineuse de la tomate (un papillon), la punaise verte (qui raffole des concombres!), la pyrale du maïs ou, au rayon des mauvaises herbes, l’ambroisie. «Nous avons élaboré un système de surveillance à travers le canton, en collaboration avec des spécialistes et des agriculteurs qui nous soumettent leurs observations», ajoute Sophie Rochefort. Par ailleurs, une application sur smartphone devrait voir le jour dès la fin de l’année. Elle permettra aux particuliers de prendre une photo d’une espèce (insecte, plante…) et de la soumettre aux spécialistes. «Plus la détection sera précoce, plus nous pourrons lutter efficacement contre les nouveaux ravageurs, ou adapter nos types de cultures en conséquence», estime Dominique Fleury.

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