Genève s’oppose aux deux nouveaux réacteurs français

NucléaireLe Canton et la Ville tenteront d’empêcher l’expansion de la centrale du Bugey, dans l’Ain. La partie s’annonce difficile.

La centrale du Bugey a été mise en service en 1972.

La centrale du Bugey a été mise en service en 1972. Image: AFP

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Les autorités genevoises vont s’opposer au développement de la centrale nucléaire du Bugey, voulu par le département français de l’Ain. Ce dernier a fait acte de candidature pour l’accueil de deux réacteurs de troisième génération, comme nous le révélions dans «Le Matin Dimanche». Le site se trouve à une soixantaine de kilomètres de Genève. Ville et Canton ont donc décidé de monter au créneau. Le président du Conseil d’Etat, le Vert Antonio Hodgers, affirme avoir appris la nouvelle dans la presse «avec une certaine stupéfaction».

Le Gouvernement va prendre ses dispositions contre ce projet. «Le canton a une obligation constitutionnelle à s'opposer à la construction de ces deux nouveaux réacteurs et il va le faire» affirme le ministre. Les modalités de cette procédure restent encore à déterminer. L’Etat est en effet tenu d’agir par la nouvelle constitution. «Les autorités cantonales s’opposent par tous les moyens à leur disposition et dans la limite de leurs compétences aux installations de centrales nucléaires, de dépôts de déchets radioactifs et d’usines de retraitement sur le territoire et au voisinage du canton», prévoit ainsi l’article 169.

La Ville de Genève devrait emboîter le pas à l’Etat. Le conseiller administratif Rémy Pagani «va faire la proposition de s'opposer à la candidature du choix du site. C'est une procédure légale qui est utilisée régulièrement en France», rapporte sa porte-parole Anaïs Balabazan. L’élu d’Ensemble à Gauche regrette le manque de communication avec le département de l’Ain. «Bien que la Ville le souhaite, nous n'avons jamais pu obtenir un contact avec les autorités françaises, alors que nous avons été admis comme autorités cantonale et municipales au sein de la commission locale d'information au Bugey et que nous avons rencontré officiellement en son temps l'autorité de surveillance du nucléaire français (ASN).»

Elus antinucléaires

Au-delà d’une volonté de respecter les obligations constitutionnelles, les deux élus font aussi part de leur position contre l’atome. «Voir qu'en 2020, à l'heure de la transition écologique, des alternatives au nucléaire ne sont pas sérieusement discutées est intriguant, estime ainsi Antonio Hodgers. De plus, on sait aujourd'hui que ce site est confronté à un risque sismique, à un risque d’inondation voire à une combinaison des deux.»

Rémy Pagani rappelle les difficultés rencontrées par les centrales de troisième génération puisque «les EPR sur les sols anglais comme français, ont accumulés des retards considérables». Ainsi, la France n’est toujours pas parvenue à terminer de bâtir une installation fonctionnelle. La construction de la première, à Flamanville (Normandie), a débuté en 2007. Maintes fois repoussée, la mise en service ne s’effectuera pas avant 2022. Entretemps, les coûts sont passés de 3 milliards à 12 milliards d’euros. «La technologie des EPR est une technologie non-maîtrisée et insécure, qui produira les mêmes impasses au niveau du traitement des déchets que la filière nucléaire actuelle», juge Rémy Pagani.

Peu de chance que la France écoute

Le département de l’Ain reconnaît ne pas avoir encore pu échanger sur ce sujet avec Genève. «Il a fallu décider cet acte de candidature commun avec la région Auvergne-Rhône-Alpes, les communes et la communauté de communes concernées en toute fin d’année. Le calendrier était court car fixé par EDF, qui doit faire remonter les propositions au gouvernement d’ici début 2020», explique François Genest, directeur de cabinet du président du Conseil départemental. L’Etat veut en effet construire six réacteurs EPR répartis en trois sites. Le processus sera long et impliquera une large consultation. L’opposition genevoise n’a toutefois que peu de chance d’être entendue par les Français. «Nous serons évidemment attentifs à la position de nos amis du canton de Genève, avec lequel nous échangeons régulièrement, mais il s’agit d’une décision qui relève de la souveraineté et de l'indépendance énergétique française», prévient François Genest.

Les deux gouvernements genevois, de la Ville et du Canton, sont déjà engagés dans une procédure visant la centrale du Bugey, mise en service en 1972. Ils sont représentés par l’avocate Me Corinne Lepage, ancienne ministre française de l’environnement. Une plainte pénale a en effet été déposée en France il y a un an pour mise en danger délibérée de la vie d’autrui et pollution des eaux. La procédure, pour laquelle les autorités genevoises se sont constituées partie civile, est toujours en instruction. A noter qu’une première plainte, déposée en 2016, avait été classée par le parquet du Tribunal de grande instance de Paris.

Créé: 10.01.2020, 18h18

Une centrale aux incidents réguliers

Age La centrale nucléaire du Bugey, qui pourrait accueillir deux réacteurs de troisième génération, est une des plus anciennes de France. Sa construction a débuté en 1965, pour une mise en service en 1972. Elle est située à Saint-Vulbas, dans l’Ain, à une soixantaine de kilomètres de Genève.

Importance Le site comprenait à l’origine cinq réacteurs. Le démantèlement du numéro un a débuté en 1994. Il sera achevé à l’horizon 2025. Les quatre autres réacteurs fonctionnent depuis 40 ans. Ils assurent la production d’environ 40% de l’énergie consommée par la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Risques Le principal danger identifié est une rupture du barrage de Vouglans sur la rivière Ain. Celui-ci est vieillissant. S’il lâche, il pourrait entraîner une inondation au Bugey, laissant craindre une catastrophe de type Fukushima.

Incidents Le réacteur 2 a dû être arrêté en juillet dernier suite à un problème matériel rencontré au cours d’une maintenance. Il ne s’agit pas du premier incident. Une concentration anormale de radioactivité a ainsi été détectée fin 2017 dans les eaux souterraines à cause d’un problème technique. Enfin, la salle des machines du réacteur 5 a été victime d’un incendie en 2013 nécéssitant un lourd déploiement de sécurité.

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